Macron et Sapin à Berlin

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron. [ERIC PIERMONT / AFP]

Les ministres français de l'Economie et des Finances rencontrent lundi à Berlin leurs homologues allemands avec une revendication chiffrée - 50 milliards d'euros d'investissement - , au risque de repartir déçus.

 

Emmanuel Macron et Michel Sapin sont reçus par Sigmar Gabriel et Wolfgang Schäuble. Une conférence de presse des quatre ministres est prévue à 13H15 GMT. 

La rencontre arrive à un moment crucial pour Paris, en plein bras de fer avec Bruxelles sur son projet de budget 2015, qui prévoit de nouveaux dérapages. Le magazine allemand Der Spiegel a suggéré que Berlin pourrait venir en aide à la France pour amadouer Bruxelles, en aidant le gouvernement de Manuel Valls à élaborer une feuille de route contraignante de réformes.

Peu probable toutefois que les ministres allemands s'expriment officiellement sur le sujet lundi, eux qui préfèrent s'en référer en la matière à la Commission européenne. 

Angela Merkel et M. Schäuble ont martelé à l'envi ces dernières semaines l'importance du respect des règles budgétaires européennes, mais ils ont également pris soin de ne pas critiquer ouvertement Paris, visiblement soucieux de ne pas enfoncer davantage le partenaire français ou sembler lui faire la leçon.

 

"50 pour eux, 50 pour nous"

Derrière cette apparente clémence toutefois, les positions restent très éloignées sur l'objet officiel du mini-sommet, les moyens de redynamiser les investissements et la croissance dans les deux pays et l'Europe toute entière.

Pour Berlin, la clé de la guérison de la zone euro est la confiance, qui passe par un assainissement des finances publiques et des réformes structurelles. 

Les ministres allemands ne contestent pas que leur pays ait besoin d'investissements, M. Gabriel l'a redit lundi. "Il faut faire quelque chose", a déclaré ce dernier dans les colonnes de Bild, "mais pas au moyen de nouvelles dettes".

L'objectif premier du gouvernement de Mme Merkel est d'atteindre le "zéro pointé", l'équilibre du budget fédéral, l'an prochain pour la première fois depuis 1969. 

L'investissement devra être pour l'essentiel privé, ou alors procéder d'une réallocation de l'argent public. "Nous devons dépenser mieux", a plaidé M. Gabriel.

Paris voudrait que le partenaire allemand utilise ses marges de manoeuvre budgétaires pour investir dans le soutien de l'économie, ce dont, espère la France, tous les Européens profiteraient par ricochet. 

Avant de faire le voyage, M. Macron a chiffré la requête, pour la première fois. "50 milliards d'euros d'économies chez nous, 50 milliards d'investissements chez eux, ce serait un bon équilibre", a jugé le ministre dans une interview conjointe avec M. Sapin au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) lundi. 

La France s'est engagée à réduire de 50 milliards d'euros les dépenses publiques dans les trois ans à venir.

 

Un "deal"?

Pour l'Allemagne, qui affiche depuis 2012 des comptes publics à l'équilibre (tous niveaux confondus, Etat fédéral, Länder et communes), 50 milliards d'euros de dépenses supplémentaires "seraient compatibles avec une politique budgétaire sérieuse", juge M. Macron.

Ce sera la deuxième visite à Berlin du jeune ministre, en poste depuis fin août. Il avait accompagné fin septembre le Premier ministre Manuel Valls, venu présenter son programme de réformes. M. Valls avait alors insisté sur le fait qu'il ne venait "rien demander" à Berlin. 

Mais entre-temps les perspectives économiques se sont assombries, et les marchés financiers ont connu deux semaines très agitées. 

Et M. Macron n'hésite pas à parler d'un "deal", à savoir "que les Allemands rassurés par le travail que nous faisons, puissent investir pour eux-mêmes et (...) qu'ils nous aident à porter un vrai plan d'investissement en Europe", a-t-il détaillé dimanche. 

Lundi matin M. Sapin a semblé le recadrer: "Nous ne faisons pas un accord +tu me donnes ci, je te donne ça+", a-t-il assuré, estimant que l'idée d'un "pacte" avait "le mérite de la simplicité et l'inconvénient du simplisme".

 

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