L’exécutif face à la crise

L'article 49-3 de la Constitution a déjà été utilisé à plusieurs reprises dans l'histoire de la politique française. [AFP]

Même si le gouvernement n’est pas menacé par la motion de censure votée ce soir, il devra ensuite faire face aux divisions de sa majorité.

 

Après la bataille, il est l’heure pour la gauche de faire l’état des lieux. La motion de censure déposée par l’UDI et l’UMP, dont le vote est prévu ce soir, n’a certes quasiment aucune chance d’être adoptée. Mais les événements de ces dernières 48 heures, eux, pourraient avoir des conséquences à plus long terme.

Le choix du gouvernement, mardi, de faire passer la loi Macron grâce à l’article 49-3 de la Constitution, plutôt qu’en la soumettant au vote des députés, a révélé qu’il ne pouvait plus compter sur sa majorité parlementaire. Cel­le-ci apparaît plus divisée que jamais.

 

Une fissure latente

Les dissensions au sein de la gauche ne datent pas d’hier. En avril 2014, l’arrivée à Matignon de Manuel Valls, tenant d’une ligne à droite de la gauche, n’avait pas été du goût de certains socialistes. Onze députés frondeurs s’étaient abstenus lors de son premier vote de confiance. Ils avaient été 41 à le faire quelques jours plus tard sur le plan d’économies soutenu par le Premier ministre. 

Par la suite, le remaniement du mois d’août avait acté la division de la gauche : en remplaçant Arnaud Montebourg par Emmanuel Macron à la tête de Bercy, François Hollande et Manuel Valls avaient confirmé le cap social-libéral, en dépit des protestations des frondeurs. Sans surprise, le deuxième vote de confiance du Premier ministre, puis l’adoption du budget 2015, avaient vu la majorité se rétrécir.

Avec la loi Macron, ces frondeurs étaient décidés à aller plus loin, de l’abstention au vote contre. Pour le politologue Thomas Guénolé, "toute cette séquence illustre une fracture politique profonde entre les sociaux-libéraux, comme Manuel Valls, les sociaux-démocrates, proches de Martine Aubry, et les socialistes à l’image de Jean-Luc Mélenchon". Avec une majorité parlementaire trop faible pour voter ses textes, le gouvernement pourrait voir sa marge de manœuvre se rétrécir.

 

En quête d’une nouvelle unité

Mais l’arme du 49-3 ne peut pas être utilisée de manière illimitée et l’exécutif n’a pas laissé entendre qu’il pourrait faire des compromis avec les frondeurs. Manuel Valls a ainsi assuré, hier, qu’il allait "poursuivre les réformes", tandis qu’Emmanuel Macron fustigeait "la gauche qui ne fait rien [et] ne sert à rien". Néanmoins, le gouvernement peut compter sur le consensus qui subsiste à gauche sur des sujets comme l’éducation ou l’insertion, bien moins polémiques que les questions socio-économiques.

"Il devrait laisser passer du temps avant un nouveau texte appeau à frondeurs", résume Thomas Guénolé. Mais ce n’est là qu’une échappatoire de court terme. Pour le politologue, il est donc indispensable que la gauche parvienne à trouver un "compromis programmatique" qui unirait "toutes ses forces, de Valls à Mélenchon", si elle veut survivre à la crise qu’elle traverse. 

Le congrès du PS, prévu en juin à Poitiers, qui s’annonce très tendu, pourrait être l’occasion de le faire. Les départementales, dans un mois, devraient offrir à la gauche un aperçu des conséquences électorales de ses difficultés récentes.

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