Fin de vie : le projet de loi PS-UMP divise

(Illustration) Le projet de loi encadrant la fin de vie divise les pro et les anti euthanasie. [AFP]

La proposition de loi PS-UMP sur la fin de vie pour dépasser l'actuelle loi Leonetti se voulait la plus consensuelle possible mais attire au final les foudres des militants favorables à l'euthanasie comme des activistes opposés à toute forme de "suicide assisté".

 

Mécontents pour des raisons diamétralement opposés, les pro et les anti-euthanasie se retrouveront mardi proches les uns des autres, près de l'Assemblée nationale pour protester contre l'examen d'un texte porté par les députés Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP) et dont la principale nouveauté réside en l'instauration d'un droit à une "sédation profonde et continue".

"Cette proposition de loi est inutile et dangereuse" tranche le porte-parole du collectif anti-euthanasie Soulager mais pas tuer, Tugdual Derville, également responsable de l'association "pro-life" Alliance Vita.

"Nous sommes mobilisés et prêts à mobiliser davantage" si le texte prend une tournure "plus explicitement" favorable à l'euthanasie, prévient M. Derville, également porte-parole de l'organisation anti-mariage gay La manif pour tous.

 

Euthanasie déguisée

Soulager mais pas tuer estime que le fait d'introduire un droit à une "sédation profonde et continue" jusqu'à leur décès pour des personnes en fin de vie créera une "confusion" et apparaîtra comme une euthanasie déguisée.

Pour l'association anti-euthanasie une sédation continue jusqu'au décès "risque de devenir un moyen expéditif pour étouffer à bon compte les plaintes au lieu d'aider les personnes qui ont besoin d'écoute, de relations et d'accompagnement".

 

Pas suffisamment loin

De l'autre côté du spectre, le mécontentement est tout aussi palpable, pour des raisons inverses. 

Le texte ne se démarque pas suffisamment de l'actuelle loi Leonetti et ne va pas suffisamment loin sur le chemin de l'euthanasie, jugent les partisans de l'euthanasie.

 

Notion 'hypocrite' 

L'association ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) qui revendique près de 60.000 membres, concentre ses critiques sur ce même futur droit de "sédation profonde et continue".

Il s'agit d'une notion "hypocrite" qui peut conduire à faire mourir dans des "souffrances incroyables" lorsque la sédation s'accompagne de l'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation qui sont considérés comme des traitements.

"Le médecin débranche, arrête l'alimentation, l'hydratation et assomme avec des médicaments. Cela peut être très bien pour certains mais très violent pour d'autres" explique le président de l'ADMD, l'élu régional d'Île-de-France apparenté socialiste Jean-Luc Romero. "Les anti-euthanasie n'ont pas tort, oui c'est une forme d'euthanasie qui peut être violente, on débranche et on meurt à petit feu", estime-t-il, critiquant "l'hypocrisie" du projet.

 

Le terme euthanise jamais employé

L'euthanasie désigne l'acte délibéré d'un médecin voire d'un tiers "qui provoque la mort d'un malade incurable pour abréger ses souffrances ou son agonie" (définition Larousse).

Le terme euthanasie n'a jamais été employé dans la proposition Claeys-Leonetti et ce vocable a toujours été soigneusement évité par François Hollande à l'origine de l'initiative.

 

Loi Leonetti de 2005

Le chef de l’État avait promis durant la campagne présidentielle une nouvelle loi pour dépasser la loi Leonetti. 

Cette loi interdit depuis 2005 l'acharnement thérapeutique, autorise l'arrêt des traitements lorsqu'ils sont jugés "disproportionnés" et admet l'administration de substances anti-douleur apaisantes (des "sédatifs") à des doses qui peuvent avoir comme "effet secondaire d'abréger" la vie.

M. Hollande avait promis de mettre en place "dans des conditions précises et strictes" une "assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité"

 

Aide médicalisée active

Déçu par le texte de compromis élaboré par les deux députés, l'espoir de l'ADMD est aujourd'hui de voir prospérer l'initiative de 85 députés socialistes, devenus déjà 120, en faveur d'une "aide médicalisée active" pour une fin de vie "dans la dignité", qui s'apparenterait à de l'euthanasie véritable.

"On espère que cet amendement sera le plus près possible de la législation belge, néerlandaise ou luxembourgeoise", les trois pays qui en Europe ont autorisé l'euthanasie, commente M. Romero.

Les anti-euthanasie promettent au contraire de sonner la "mobilisation nationale" sur cet amendement, apparu lors de l'examen du texte en commission et qui a été retravaillé pour l'hémicycle.

 

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