Un nouveau paysage politique, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani[REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

Que se passe-t-il en France ? Quelques semaines seulement après le formidable mouvement d’unité nationale, qui a vu le 11 janvier défiler quatre millions de personnes pour opposer une France unie au terrorisme, voici que la vie politique a repris ses droits de la pire des façons. Elle se déroule exclusivement au rythme de la montée du Front national. Au point de donner l’impression d’une marche irrésistible vers le pouvoir. Cette formation marque des points à l’occasion des élections départementales qui vont encore occuper les esprits pendant les deux prochaines semaines. Il s’agit d’une élection au scrutin majoritaire à deux tours avec un troisième tour qui est celui de l’élection des présidents des départements.

Le Front national est toujours un parti d’extrême droite, même si Marine Le Pen s’emploie, depuis qu’elle en a pris le contrôle, à gommer les aspérités les plus choquantes, à faire oublier les dérapages les plus visibles dont son père Jean-Marie, leader historique, était familier. Mais elle n’a pas, contrairement à ce qu’avait fait en son temps Gianfranco Fini avec l’Alliance nationale en Italie, répudié l’héritage historique de l’extrême droite française, celui de la France de Vichy et de l’Algérie française.

Le scrutin départemental est en tout cas l’occasion de relever les changements importants qui ponctuent la vie politique française. Celle-ci était marquée, depuis François Mitterrand, par une alternance régulière entre droite et gauche de gouvernement, c‘est-à-dire aujourd’hui entre l’UMP de Nicolas Sarkozy et le Parti socialiste qui soutient le président François Hollande. Or, aujourd’hui, cette certitude de voir l’un et l’autre parti se succéder est battue en brèche par la perspective d’un Front national présent dans les seconds tours. Ainsi, la classe politico-médiatique est-elle désormais convaincue de la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle prévue au printemps 2017.

Face à cette perspective, le pouvoir, par la voix du Premier ministre Manuel Valls, crie au loup dans l’espoir de mobiliser l’opinion. Et à droite, Nicolas Sarkozy emprunte davantage aux thèmes et aux promesses du Front national.

Dans un contexte où l’idéologie dominante est le catastrophisme et où la mode est à la nostalgie (il faudra un jour qu’on nous explique en quoi le XXe siècle et ses millions de morts étaient mieux que ce que nous affrontons aujourd’hui), deux facteurs principaux nourrissent le vote d’extrême droite. Le premier est la bataille politique elle-même : les leaders de la droite et de la gau­che de gouvernement passent le plus clair de leur temps à se discréditer. Expliquant au pays que leurs adversaires sont nuls, ils conduisent directement ledit pays à se tourner vers un troisième larron, celui qui précisément n’a jamais exercé le pouvoir. Cette virginité est devenue l’atout principal du Front national.

Le second facteur est la montée de la xénophobie. Il ne s’agit pas seulement du rejet de l’immigration, laquelle est d’ailleurs fortement contenue en France et faible, rapportée aux 66 millions d’habitants ; mais il s’agit aussi de stigmatiser les enfants d’immigrés. Malgré les proclamations, l’amalgame est bel et bien fait entre terrorisme et mosquées.

Pourtant, à y regarder de plus près, le rapport des forces n’est pas en faveur du Front national. Aujourd’hui, les Français se partagent en trois tiers : 35 % favorables à la gauche, un petit peu moins favorables à la droite, et autour de 30 % favorables à l’extrême droite. Dans cet ordre, l’élection présidentielle devrait donc pouvoir se jouer entre les candidats de l’UMP et du PS. À condition qu'à gauche et à droite, les partis de gouvernement parviennent à unir leurs camps. 

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