Placé (EELV) : "Les écolos sortent de leur repli"

Jean-Vincent Placé, Président du Groupe écologiste au Sénat. [AFP]

Le président du groupe EELV au Sénat souhaite que les Verts sortent de leurs divisions. Son but, reconstruire une unité durable pour la gauche.

 

Cesser les critiques à répétition et remettre l’écologie au cœur des débats, telle est la volonté Jean-Vincent Placé. Partisan d’un retour des Verts au sein du gouvernement en cas de remaniement, le président du Groupe écologiste au Sénat souhaite que des compromis soient trouvés et que la gauche s’unisse. Après la déconvenue des élections départementales, il veut ainsi éviter une nouvelle débâcle dans les urnes.

 

Comment interprétez-vous les résultats des départementales ?

C’est une victoire nette de la droite, une défaite pour la gauche et un renforcement inquiétant de l’implantation territoriale de l’extrême droite. Les divisions, comme celles qu’a connues la gauche, amplifient les défaites mais d’évidence il y a des insatisfactions. Les élections locales sont souvent la manifestation de mécontentent à l’égard du gouvernement en place, qui se traduit ici doublement par une désaffection des électeurs.

 

2015 est une année charnière en terme d'écologie avec la COP21. Comment expliquer que les Verts soient si peu audibles ?

Je le déplore. Nous sommes inaudibles parce que les gens nous attendent sur l’écologie. Or, nous n’en parlons pas assez, nous nous dispersons dans les commentaires sur la politique gouvernementale et dans des combats résiduels. Il faut concentrer le débat sur trois priorités : la bataille pour le climat, la transition énergétique et son impact économique ainsi que la biodiversité.

 

Vous avez parlé de "deux écologies" ... Va-t-on vers une scission d’EELV ?

Il y a quelques mois, il y eu une vraie volonté de s'allier avec le Front de gauche. J'ai l'impression que tous ceux qui s'y sont lancés commencent à en revenir. J'ai également noté une inflexion de la part de Cécile Duflot dans une interview accordée au Monde cette semaine. Je pense que c'est un premier pas qui va dans le bon sens même si elle a eu des propos sévères à l’égard de Manuel Valls.

 

Les Verts doivent-ils réintégrer le gouvernement ?

On ne peut pas être dans la critique permanente et ça, je le reproche à certains de mes amis. Il faut aussi faire des propositions. Il y a des urgences et pour cela il faut exercer des responsabilités. Je suis pour y participer lorsque l’on peut faire des politiques publiques et que l’on a la marge de manœuvre pour y parvenir.

 

Poseriez-vous des conditions ?

Il faut qu'il y ait des discussions. Je pense que durant les deux premières années du quinquennat, les ministres n'ont pas été assez écoutés. Il y eu un défaut de discussion. Il y a un vrai discours de la méthode à mettre en place pour trouver des compromis qui ne soient pas des synthèses molles.

 

Il faut donc qu’un "pacte" soit trouvé avec l’exécutif ?

Notre priorité, c’est l'écologie. Sur l’économie, les questions budgétaires et fiscales, nous avons évidemment des appréciations qui peuvent être différentes de celles du gouvernement. Mais on ne peut pas être en désaccord sur tout. Le poids politique et démocratique qui a été attribué à chacun doit permettre de trouver des compromis. Si les Français voulaient l'application de tout notre programme, ils auraient un peu plus voté pour nous à la présidentielle.

 

Quels ministères les Verts souhaiteraient-ils briguer ?

Nous aurons ce type de discussions en temps voulu avec le président et le Premier ministre.

 

Vous avez participé, lundi 30 mars, à une réunion avec Jean-Christophe Cambadélis (PS). Le dialogue est-il donc renoué ?

C’était une bonne initiative. Nous nous en réjouissons. Nous avons eu des discussions très franches. Il était essentiel de renvoyer un message d’unité. Cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord sur tout.

 

Quelle ligne faut-il adopter pour la suite ?

J’espère qu’on ne recommencera pas la même folie suicidaire pour les élections régionales (en décembre, ndlr) et que nous arriverons à nous unir pour les échéances électorales à venir.

 

Jean-Luc Mélenchon invite les écologistes à une alliance... Y répondrez-vous favorablement ?

Non. Son objectif est de faire battre François Hollande, ce qui n’est pas le nôtre. Il concourt à une fracture profonde de la gauche et nous ne sommes pas dans cette stratégie-là. Nous voulons rassembler, ce qui ne veut pas dire être un vassal du président ou du Premier ministre.

 

Les écologistes "pro-hollande" ont rendez-vous samedi. Quel est l’objectif de cette réunion ?

C’est une réunion du rassemblement où il y aura toute la galaxie des écologistes, avec en premier chef la secrétaire nationale  du parti, Emmanuelle Cosse. Le message de samedi est un message adressé à l'extérieur : les écolos sortent de leur repli, de leurs divisions et seront au rendez-vous de la conférence climat, pour les Français et pour la planète.

 

Que pensez-vous de la politique du gouvernement à l’égard de l’écologie ?

Je le dis et je l'assume, durant les deux premières années du quinquennat, il n'y a eu aucune politique en faveur de l’écologie. Depuis six mois, dans le cadre de l’agenda COP21, les choses se sont améliorées, les outils commencent à se mettre en place, notamment la loi sur la transition énergétique et celle sur la biodiversité.

 

Ne craignez-vous pas que l’écologie ne soit plus une des priorités du gouvernement après la conférence sur le climat en décembre?

Nous n’aurons plus le choix. Je ne suis pas le plus alarmiste mais ça devient trivialement "très chaud".

 

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