Bruno Beschizza (LR) : «La police doit avoir des moyens renforcés»

Le secrétaire national des Républicains chargé de la sécurité propose notamment de laisser les policiers municipaux porter une arme 24h/24[A. Gallosi]

Les policiers pourraient mieux agir avant, pendant et après. Ancien commandant de police, le secrétaire national des Républicains chargé de la sécurité, Bruno Beschizza, estime ­aujourd’hui qu’il faut plus de moyens pour les forces de l’ordre.

 
Alors que des renforts de militaires ont été déployés et que des recrutements dans la sécurité ont été annoncés après les ­attentats, le maire d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) pense qu’il faut ­revoir plus largement le rôle et les ­missions des forces de l’ordre.
 
Etes-vous satisfait de l’extension de l’état d’urgence par l’Etat ?
 
J’ai salué l’initiative du chef de l’Etat, car il fallait moderniser ce texte datant de 1955. J’avais aussi salué les mots du ­Premier ministre en janvier, quand il ­disait qu’il y avait une vraie menace. Mais il fallait prendre des mesures à effet immédiat. Car le recrutement de policiers est une bonne chose mais il faut deux ans de formation avant qu’un agent soit opérationnel. Et dans l’état actuel des choses, on ne peut attendre.
 
Il y a des militaires pourtant…
 
Effectivement, mais ce n’est pas une solution, car je pense que nos soldats seraient plus utiles sur les théâtres d’opérations extérieurs plutôt qu’en ­milieu urbain. Il vaut mieux s’occuper des forces en présence ici. Je pense notamment à la possibilité de permettre aux policiers d’effectuer des heures supplémentaires rémunérées. Cela permettrait de dégager immédia­tement l’équivalent de 4 000 temps pleins.
 
Faut-il également ­revoir les missions de la police ?
 
C’est indispensable. On ne peut pas mettre un policier derrière chaque cible potentielle, car ils ne seront jamais assez. Et il faut les libérer de certaines tâches, comme le transfert de détenus ou la sécurisation de certains lieux, pour qu’ils se concentrent sur les ­missions de protection. Je rappelle que nous disposons de 140 000 policiers, mais aussi de 90 000 gendarmes, 20 000 policiers municipaux et de 150 000 agents de sécurité privée.
 
Les policiers peuvent porter leur arme 24h/24. Une mesure à étendre à la police municipale ?
 
Je pense qu’il faut leur laisser cette possibilité, même quand ils ne sont pas en service. Dans ma ville, cela représenterait 67 policiers prêts à intervenir à tout moment. Cela veut dire que la question de l’armement des policiers municipaux ne doit plus se poser. On ne peut pas laisser des personnes en tenues sans armes, car ce sont des cibles vivantes.
 
La vidéoprotection s’est révélée utile dans l’enquête sur les terroristes. Comment la développer ?
 
Le gouvernement doit aider les communes à s’équiper. J’ai proposé qu’on laisse à ma ville les 5 millions d’euros de dotation qui lui ­seront retirés l’an prochain. En échange, je m’engage à tout investir en sécurité, car la vidéoprotection représente un coût très important pour les maires.
 
Cela permettrait-il d’intervenir davantage en amont ?
 
C’est même évident, puisque l’on ­remarque qu’il y a une porosité entre les milieux terroristes et la délinquance de quartier. Non pas que les cités sensibles soient des espaces aux mains des islamistes radicaux, mais ce sont des lieux de recel d’armes, notamment des fusils d’assaut kalachnikov, qui peuvent être utilisées par les terroristes. Toute la ­police doit avoir des moyens renforcés, être mieux armée face à ce problème.
 
Les services de renseignement sont-ils à la hauteur ?
 
Le problème n’est pas leur manière de travailler, car ils font avec les outils qu’on leur donne. Le problème est qu’il y a trop de décrets de la loi sur le renseignement qui n’ont pas été mis en application. C’est la faute à la lenteur de la machine administrative. Or, celle-ci doit être en phase avec l’état d’urgence. Quand on est en guerre, on ne doit pas attendre.
 
D’autant que des terroristes étaient déjà connus de la police…
 
C’est pour cela qu’il faut revoir l’urgence d’incarcérer certains individus. On l’a vu avec le logeur des terroristes, à Saint-Denis, qui a déjà été condamné à plusieurs reprises, mais dont certaines peines n’ont pas été appliquées. Il y a beaucoup trop d’écart entre les peines écrites dans le Code pénal, les peines prononcées et celles appliquées. Aussi faut-il réfléchir à une augmentation du nombre de places dans les prisons.

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