Sylvia Pinel : «Montrer à la France qu'il existe un parti différent»

Sylvia Pinel défend les couleurs du Parti Radical de gauche à la primaire de la gauche. [JOEL SAGET / AFP]

Présidente du Parti Radical de Gauche, Sylvia Pinel est la seule femme à avoir pris part à la primaire de la gauche. Avant le premier tour prévu ce dimanche, elle revient pour Direct Matin sur les raisons qui l'ont poussée à se lancer dans la campagne présidentielle.   

Quel est le sens de votre candidature à la primaire de la gauche ? 

Je souhaitais participer pour deux raisons. La première était de permettre le rassemblement de la gauche de gouvernement pour éviter un second tour de la présidentielle qui verrait s'affronter la droite et l'extrême droite. Le second objectif était de donner de la visibilité à la singularité du message radical, qui présente des spécificités, tant sur le plan économique, avec une vision moderne de l'entreprise, que sur le plan sociétal, avec la défense du droit à mourir dans la dignité, la PMA, la légalisation du cannabis... Le Parti Radical de gauche est également pro-Européen, avec un message portant sur la relance de l'Union Européenne.

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Vous êtes souvent classée parmi les «petits candidats». Que vous inspire ce qualificatif ? 

Les médias font leurs propres pronostics, considérant qu'il existe des «grands» et des «petits» candidats. On nous enferme dans des clichés, qui ne correspondent pas à la réalité. 

Comment ressentez-vous le fait d'être la seule femme candidate lors de cette primaire ? 

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. La dénonciation de l'inégalité entre les femmes et les hommes reste souvent dans le domaine du discours incantatoire. Il faut agir. On a essayé ce que l'on pourrait appeler la «méthode douce», mais il est nécessaire d'aller plus loin. L'égalité des salaires, notamment, doit être obligatoire, sous peine de sanctions.  

Si un candidat de l'aile gauche du PS, comme Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg, venait à l'emporter, le soutiendrez-vous ou vous tournerez-vous plutôt vers Emmanuel Macron, par exemple ? 

Je vous rappelle que je suis encore en campagne, mon objectif pour l'instant est le premier tour de la primaire. Nous pourrons en reparler après le second tour. Mais nous avons tous signé une charte éthique en vertu de laquelle nous nous sommes engagés à soutenir le vainqueur. Je respecterai mon engagement. 

Vous avez fait partie du gouvernement de Manuel Valls. Pourquoi avoir choisi de vous présenter plutôt que de le soutenir pour cette primaire ? 

Je suis présidente d'un parti de la majorité. Je ne souhaitais pas me présenter contre François Hollande, mais il a décidé de ne pas être candidat. C'est le propre d'un parti politique d'avoir le courage de faire entendre son message, en se frottant à une élection. Il s'agit de montrer à la gauche et à la France qu'il existe un parti différent, singulier, du reste de la gauche.

Vous vous êtes prononcée contre le revenu universel prôné notamment par Benoît Hamon. Pour quelles raisons ? 

Le revenu universel, le PRG le mentionnait dans son programme il y a vingt-cinq ans. Aujourd'hui, c'est une utopie. C'est irresponsable par rapport à nos engagements budgétaires. Je ne peux pas accepter que l'on permette des choses que l'on ne peut pas tenir. C'est ce qui pousse les gens vers les extrêmes. Ce revenu universel, comment le finance-t-on ? Je n'ai toujours pas compris. Dans le meilleur des cas, il faudra procéder à une augmentation très forte de l'impôt sur le revenu, ce qui pénalisera notamment les classes moyennes. Je préfère que l'on soutienne les catégories sociales les plus fragiles, en revalorisant les petites retraites, le minimum vieillesse, les bourses étudiantes... Je crois en la justice sociale. Nos efforts doivent se concentrer sur ceux qui sont le plus en difficulté. 

En revanche, vous partagez la position de Benoît Hamon sur la légalisation du cannabis. Pourquoi ? 

Il s'agit d'améliorer la sécurité des Français. Aujourd'hui, les trafiquants sont présents sur tout le territoire, y compris dans les campagnes. Des actes de violence sont commis, qui polluent la vie des gens. Il faut assécher ces trafics, et éviter que les dealers vendent des produits dangereux, car il s'agit aussi d'un enjeu de santé publique. Je souhaite mettre en place une légalisation encadrée, avec un produit vendu en pharmacie, où des professionnels de la santé seraient à même de conseiller les clients. La légalisation du cannabis représenterait près de 1,8 milliard d'euros de recettes fiscales, dont 500 millions d'euros serviraient à lutter contre le trafic, et une autre part servirait à mettre en place des programmes de prévention auprès des jeunes. Cela permettrait également de redéployer les forces de l'ordre vers d'autres missions de sécurité. 

Vous vous êtes prononcée en faveur de la PMA pour toutes les femmes, y compris les femmes célibataires et les couples homosexuels. Pourquoi est-ce important à vos yeux ? 

Aujourd'hui, la PMA est réservée aux couples hétérosexuels, alors que les adoptions sont permises pour les femmes célibataires et les couples homosexuels. Je ne vois pas pourquoi on interdirait la PMA à ces dernières. Actuellement, nombre de femmes sont obligées de se rendre en Espagne ou en Belgique pour y avoir recours. Il faut mettre fin à cette situation. 

Vous avez rejeté le principe d'une VIe République, proposé par certains candidats. Pour quelle raison ? 

La VIe République, le Parti Radical l'a portée avant bien d'autres. Mais mon projet parle du réel. Je crois qu'aujourd'hui, l'urgence n'est pas de réformer les institutions mais de faire des réformes sur l'emploi, la sécurité, la lutte contre le terrorisme. L'heure n'est pas au grand bouleversement institutionnel. Ce quinquennat ne doit pas être consacré aux institutions. Je ne suis pas, par exemple, favorable à la suppression du 49-3. Cela est inscrit dans notre Constitution, et en tant que ministre j'ai pu constater que le délai entre les propositions de loi et leur adoption était beaucoup trop long. 

Quels sont les retours que vous avez sur votre campagne ? 

Des gens, dans la rue, dans les transports, me disent que le discours pragmatique, de terrain, que je porte, manque à la gauche. Mon discours part du réel, de la vie des Français. Or, on entend beaucoup de mensonges. Contrairement à ce qui a pu être rapporté, j'ai énormément de retours positifs, que ce soit de la part des militants radicaux comme des Français en général.

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