«La politique malgré elle», un livre relate la jeunesse de Marine Le Pen

Marine Le Pen a longtemps hésité avant de reprendre l'héritage politique de son père. [PHILIPPE HUGUEN / AFP]

Nombreux sont ceux qui la voient déja au second tour de la présidentielle. Pourtant, Marine Le Pen a longtemps rechigné à suivre les pas de son père en se lançant dans la politique, comme le rapportent les journalistes David Doucet et Mathieu Dejean dans «La politique malgré elle». 

Alors que l'ouvrage sort ce mercredi 1er février en librairie, aux éditions La Tengo, en voici quelques extraits. 

Enfant, Marine Le Pen a échappé à un attentat

«"Reste sur ton lit ! Ne bouge surtout
 pas !" Abasourdie, ses cheveux en pagaille pleins de gravats, Marine Le Pen est cueillie au réveil par l'ordre impérieux de sa soeur aînée. "Elle est sous des bris de verre, mais elle ne bouge pas, tout va bien", lance Marie-Caroline à l'adresse de ses parents, à travers le trou béant qui relie désormais les 4e et 5e étages du 9, villa Poirier. Ce 2 novembre1976, aux alentours de 5 heures du matin, 5 kilos de dynamite viennent d'exploser au seuil de l'appartement des Le Pen. "Durant trois ou quatre minutes, il y a eu un silence  complet, puis j’ai hurlé, relate Pierrette Le Pen (la mère de Marine Le Pen, ndlr). J’ai cru que tous mes enfants étaient morts." (...) Marine, qui n’a alors que 8 ans, rejoint ses deux sœurs après de multiples précautions en claquant des dents. (...) "Il a fallu cette nuit d’horreur pour que je découvre que mon père ‘faisait de la politique”, écrit Marine Le Pen dans son autobiographie.  Ce jour-là, Jean-Marie Le Chevallier
– "Leuch", comme on le surnomme – est bien le seul à leur proposer un toit. "Les gens ne se disputent pas pour 
offrir une place à quelqu’un qui vient de se faire sauter", grommelle Le Pen. (...) Ils passeront chez lui trois mois agités.»

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Jean-Marie Le Pen a failli tuer sa fille

«La famille Le Pen doit se plier 
à un exercice proche du couchsurfing : Marie-Caroline, Yann et Marine occupent deux chambres disponibles, tandis que Pierrette et Jean-Marie doivent camper dans la bibliothèque, sur des matelas. L’ancien para prend des mesures d’autodéfense drastiques : il dort avec une arme sous l’oreiller. L’atmosphère suffocante des jours suivants ne l’encourage guère à la retenue. Toutes les nuits, des coups de fil anonymes 
se multiplient. Les menaces laissées sur la boîte vocale sont à glacer le sang : 'Cette fois-ci, on réussira notre coup
 et on vous fera sauter !' "Leuch" refuse pourtant de débrancher le téléphone, en vertu de ses obligations professionnelles. En parallèle, les journalistes font 
le pied de grue devant l’immeuble. Jean-Marie Le Pen est à bout de nerfs.

Un matin, très tôt, il est réveillé
 par le bruit d’une serrure que l’on force. Son sang ne fait qu’un tour. Il se lève, nu, muni de son revolver, et se dirige vers l’entrée lorsqu’il aperçoit une ombre. Croyant à une attaque, il fait feu sans
 se poser de questions. "Mon fils a fait un pas de côté, sinon ça l’aurait tué, s’émeut Jean-Marie Le Chevallier. Marie-Caroline est arrivée, juste derrière. Elle aurait également pu prendre une balle." "Jean-Marie a cru que c’était quelqu’un qui voulait nous tuer, justifie Pierrette
 Le Pen. On n’est pas soi-même après des trucs comme ça."

Le fils de Le Chevallier, Karol, faisait alors son service militaire à Versailles
 et avait perdu les clés de la cuisine. 
Il déambulait donc dans le couloir, en uniforme, quand Jean-Marie Le Pen l’a pris pour cible. "Il était très embêté quand il a réalisé son erreur. Son intention n’était pas de tuer mon fils ni Marie-Caroline, mais c’était moins une. Finalement on a rigolé, s’amuse Jean-Marie Le Chevallier.»

La découverte des nuits parisiennes

«Nous sommes au début des années 1990. Marine Le Pen a 22 ans quand 
elle pénètre pour la première fois 
aux Bains-Douches. Les anciens bains municipaux de la rue du Bourg-l’Abbé, dans le Marais, sont alors avec Le Palace de la rue du Faubourg-Montmartre, l’un des établissements incontournables des soirées parisiennes. Chaque 
soir, les rockeurs, les stars de cinéma
 et les top models montent les marches de l’escalier monumental au sommet duquel trônent deux cariatides en bronze, semblant monter la garde. On s’y presse pour danser, se soûler, sniffer des montagnes de coke ou bien encore plonger dans sa légendaire piscine. Que vient faire la fille du président 
du Front national dans cette cathédrale du vice, pailletée de tous les excès ? Est-ce l’espoir de croiser Robert De Niro, Iggy Pop, Naomi Campbell, Prince
ou bien David Bowie, habitués des lieux, qui l’a motivée à y entraîner ses copines ? Ou bien est-ce pour ressentir le frisson, ne serait-ce qu’une soirée, de partager la vie de la jeunesse dorée de son temps ? Pour Marie d’Herbais, l’une de ses meilleures amies d’alors, "Marine a toujours aimé se pavaner dans des boîtes au milieu des célébrités".

La raison de ce penchant bling-bling ? "Sans doute une réaction à l’éducation assez rustique qu’elle a reçue", suppose-t-elle. Sur la piste de danse des Bains, sa blondeur juvénile et ses larges épaules ne passent pas inaperçues. Elle fume comme un sapeur – deux paquets de Philip Morris 
par jour – et fascine les hommes. 
Le verbe haut, elle se distingue par son franc-parler et ses grands éclats
 de rire. Elle danse le rock – qu’elle a appris très tôt avec ses parents –
 et descend d’une traite des coupes
 de champagne pendant que ses copines sirotent leurs cocktails.

Aujourd’hui âgé de 66 ans, Hubert Boukobza, l’ancien patron des Bains, se souvient encore de cette nuit "bizarroïde" où il a flirté avec elle. Pour ce "petit Juif pied-noir de Tunis", entreprendre la fille du diable de la République sonnait comme un défi. Il lui paie des verres, la charrie sur ce père qu’elle "défend
 bec et ongles". La nuit s’épuise.
 Avant que le soleil ne se lève, il l’emmène à Keur Samba, le "meilleur night-club afro de Paris" situé non loin de l’avenue des Champs-Elysées. Quand il a vu débouler "(son) ami Hubert avec la fille Le Pen",
 le patron de l’établissement, Kane Ndiaye, se rappelle avoir fait une "drôle de tête".

Après leur avoir fait la bise, il les installe sur une table à part. "J’ai compris qu’ils étaient venus pour s’amuser
 et se défouler, donc j’ai fait en sorte qu’ils ne soient pas dérangés", sourit Kane. Vingt minutes plus tard, Marine Le Pen ne se fait pas prier pour aller zouker. "Ça se voyait qu’elle aimait faire la fête sur des rythmes érogènes, rigole Boukobza. La musique black ne la gênait pas, elle était cool et marrante. On a dansé jusqu’au petit matin ensemble. On s’est ensuite revus quatre ou cinq fois aux Bains, puis on s’est perdus de vue.»

Les débuts en politique

«Apprenant qu’elle vient de quitter
 le barreau, le fidèle lepéniste Carl Lang lui propose un ticket électoral dans 
le Nord-Pas-de-Calais. "J’avais à cœur de renforcer Le Pen avec ma liste régionale, tout en corrigeant la sanction du congrès, explique-t-il aujourd’hui. J’envoyais
ainsi le message de ma fidélité." Six ans plus tôt, la fille du chef avait refusé
 cette offre. Cette fois-ci, elle accepte.

Le 22 janvier 1998, Marine apparaît timidement derrière Carl Lang lors d’une conférence de presse donnée à Lille. Candidate pour la première fois sur ces terres populaires et désindustrialisées du nord de la France, qui deviendront son futur bastion électoral, elle se voit immédiatement reprocher son parachutage. "Il est vrai que je me partagerai entre Paris et Lille", concède-t-elle. Enceinte depuis plusieurs mois, la jeune héritière promet néanmoins de mettre "tout son cœur" dans son travail d’élu. En mars, elle entre au conseil régional à l’âge de 30 ans. C’est son premier mandat politique. Deux mois plus tard, le 25 mai, elle accouche de sa première fille, Jehanne.

A la fin de son congé maternité, Marine Le Pen est invitée à déjeuner par Bruno Mégret sur la péniche Le Pinocchio, amarrée entre le pont de Suresnes
 et le pont de Saint-Cloud. En avalant
 une assiette de pâtes, Mégret se fait séducteur. "Il serait peut-être temps que Le Pen passe la main, glisse-t-il.
 L’avenir, c’est la dédiabolisation !" Pour convaincre son interlocutrice, l’ambitieux polytechnicien souligne que son aînée, Marie-Caroline, épouse du mégrétiste Philippe Olivier, est déjà acquise 
à sa cause. Peut-il également compter sur Marine ? "Le déjeuner a tourné 
court, car je l’ai renvoyé dans les cordes", raconte celle-ci. A son retour au Paquebot, le siège du parti, la directrice juridique du FN se rend compte que le match de boxe ne fait que commencer.

Un incident a mis le feu aux poudres.
 A la suite d’une altercation avec la maire de Mantes-la-Ville, Annette Peulvast- Bergeal, le président du FN est condamné à deux ans d’inéligibilité. Malgré 
un appel immédiat, la sanction pourrait l’empêcher d’être candidat aux élections européennes de juin 1999. Qui pour
le remplacer en tête de liste ? Au zénith de sa puissance, Bruno Mégret croit
 son heure venue. Mais Le Pen prend tout le monde de court en abattanla plus inattendue des cartes :
 son épouse, Jany. Pour Mégret, ce choix est une gifle. Il est clair désormais que non seulement le vieux leader frontiste n’a aucune intention de le reconnaître comme son dauphin, mais qu’en plus il cherche à le rabaisser. (...)»

Le «clone» de son père

«A défaut de soulever le trophée comme le capitaine des Bleus
 Didier Deschamps, un an plus tôt,
le FN savoure sa courte longueur d’avance électorale face à Bruno Mégret. Au premier tour, le Mouvement national recueille 3,3 % des suffrages et le FN 5,7 %. Deux scores de poche, mais cette simple avance, aussi réduite soit-elle, donne la main à Jean-Marie 
Le Pen qui obtient cinq élus contre aucun pour son rival. Et permet au parti d’être remboursé des dépenses de campagne. Le FN a survécu à la scission et Marine Le Pen va poursuivre son ascension sur ses ruines. La benjamine des filles Le Pen est désormais promise à reprendre le flambeau, laissé par
 sa sœur Marie-Caroline. Car ce conflit fratricide a également viré au drame familial lorsque l’aînée de la famille,
la plus "politique" des filles du chef,
a décidé de rejoindre Bruno Mégret.


Son père ne lui pardonnera jamais d’avoir choisi le camp de son mari plutôt
que le sien. "Elle était programmée pour être l’héritière, assure aujourd’hui
 Jany Le Pen. Jean-Marie pensait vraiment qu’elle lui succéderait, parce qu’il l’avait élevée pour ça. Il lui avait fait faire
des études, l’avait envoyée à Oxford. Elle parlait anglais, c’était la plus diplômée..." Yann Le Pen pensait également que son aînée, cette sœur sérieuse et appliquée, deviendrait le futur chef politique
de la famille. Personne n’imaginait que Marine puisse endosser ce rôle. 
Sauf peut-être sa mère.

Durant la crise, Pierrette Lalanne sort de son silence et condamne,
sur Europe 1, l’attitude de son ex-mari qui "veut être le chef absolu et qui est complètement mégalomane". Interrogée sur sa fille qu’elle n’a pas revue depuis qu’elle a claqué la porte de Montretout en 1984, elle surprend les journalistes en déclarant : "Marine est le clone absolu de son père." Et annonce dans la foulée qu’elle la voit un jour lui succéder. "C’est Jean- Marie Le Pen, physiquement, moralement, les cheveux en plus." L’avenir semble lui avoir donné raison.»

La politique malgré elle : la jeunesse cachée de Marine Le Pen, de David Doucet et Mathieu Dejean, ed. La Tengo

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