Les origines de la Saint-Valentin

Chaque 14 février, les amoureux du monde entier s’enlacent. Derrière l’agitation commerciale se cache le mystère de l’amour, qui touche les hommes et les femmes depuis la nuit des temps.[CC/ButterflySha]

Chaque 14 février, les amoureux du monde entier s’enlacent. Derrière l’agitation commerciale se cache le mystère de l’amour, qui touche les hommes et les femmes depuis la nuit des temps.

 

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Comme toutes les choses de l’amour occidental, la Saint- Valentin plonge ses racines conjointement dans l’Antiquité, romaine et grecque, et dans la littérature courtoise médiévale.

Correspondant pour sa date à peu près aux Lupercales qui, à Rome, consistaient en l’organisation de jeux amoureux dans la rue, plus ou moins innocents, pour célébrer Junon, épouse de Jupiter et mère de la fécondité, elle est transférée peu à peu par le christianisme du haut Moyen Age vers une fête des amoureux plus chaste pour exorciser les démons incontrôlés de l’éros païen.

Le catholicisme, qui ne renie pas les ardeurs du corps mais tente de les canaliser, ajoutera ainsi peu à peu à l’Eros grec original qui se manifestait parfois un peu sommairement à travers des bacchanales et des orgies diverses, une autre dimension de l’amour, plus «romantique» dirions nous aujourd’hui même si le terme est anachronique, où la glorification de l’être aimé compte autant que sa rencontre physique. Cette synthèse accouchera de l’amour courtois, qui portera la passion amoureuse aux nues.

Ainsi, le grand Geoffrey Chaucer, qui fut le codificateur de la langue anglaise au XIVe siècle est, semble-t-il, le premier à mentionner la Saint-Valentin en tant que telle comme fête de l’amour, le 14 février étant considéré comme le premier moment de l’accouplement des oiseaux à l’orée du printemps, à cette époque. Les pauvres saints Valentin réels, qui furent trois, et tous trois martyrs, n’ont donc aucun rapport avec la glorification de l’amour, sinon que leur fête tombait, par décret du pape Gélase qui régna à la fin du Ve siècle, ce 14 février.

 

 

 

L’œuvre des poètes

Chaucer, qui est l’un des archétypes des auteurs courtois à l’apogée de cet art littéraire médiéval (il est notamment le traducteur anglais du Roman de la rose des Français Guillaume de Lorris et Jean de Meung) est l’élément déclencheur de la consécration d’un jour de l’année à l’amour. Et dans cette époque du Moyen Age triomphant, les poètes et leurs œuvres voyageaient beaucoup, à travers toute l’Europe.

Un autre poète anglais, Othon de Grandson, fera ainsi connaître la coutume réactualisée de la Saint-Valentin au monde latin, notamment à la cour de Savoie. Ses Complainte de Saint Valentin, Complaincte amoureuse de Saint Valentin Gransson, Souhait de Saint Valentin et Songe Saint Valentin inonderont le monde chrétien de leurs doux vers chantant l’amour.

Puis c’est Charles d’Orléans qui introduit cette tradition à la cour de France. Mais il semble que par la suite, cette tradition n’ait pas fait long feu et se soit perdue dans les méandres de la Renaissance jusqu’au XIXe siècle.

Autre grande époque transie d’amour qu’illustrèrent excellemment Goethe, Stendhal, Musset et Flaubert notamment, le XIXe siècle est friand d’anciennes traditions revisitées, et la Saint-Valentin correspond parfaitement à son romantisme languide.

 

 

Rompre avec la monotonie

Avec l’essor du monde industriel et la migration des masses vers les villes, la Saint-Valentin perd peu à peu son côté champêtre et agreste. Ce n’est plus la plus jolie fille du village qu’on célèbre et qu’on tente de séduire, mais l’élu(e) de son cœur  qu’on décide de chouchouter ce jour-là.

Déclinaison publique de la chose la plus intime, la Saint-Valentin est, comme l’expliqueront tous les sociologues, à l’image du mariage un mécanisme social nécessaire qui permet d’extérioriser des sentiments autrement menacés par la routine. Comme toute fête, la Saint-Valentin qui rompt avec la monotonie des jours est l’occasion de rassembler plus intensément des sensations dispersées.

Que l’amour se déploie dans une folle passion qui semble ne jamais devoir toucher à sa fin, ou qu’il se construise peu à peu et plus délicatement, cette fête est l’occasion de nous rappeler qu’il est foncièrement tendu vers l’éternité.

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