François Gabart : «Cette 2e place est aussi belle qu’une victoire»

François Gabart a terminé deuxième de la Route du Rhum au terme d’un incroyable scénario. François Gabart a terminé deuxième de la Route du Rhum au terme d’un incroyable scénario.[Visual / Icon Sport]

En tête quasiment depuis le départ de la Route du Rhum, François Gabart a laissé filer la victoire, dimanche, juste avant l’arrivée à Pointe-à-Pitre, devancé in-extremis par Francis Joyon. Mais le skipper de Macif, confronté à divers problèmes, affiche sa fierté d’avoir rallier l’arrivée.

Quels sentiments prédominent depuis votre arrivée ?

C’est avant tout la fierté d’avoir réussi à faire traverser le bateau jusqu’à l’arrivée malgré les avaries et les incidents. J’ai su rester performant jusqu’au bout, même si cela n’a pas été suffisant pour gagner. Il m’a manqué que quelques minutes. Mais j’ai joué et navigué pour prétendre à la victoire. Ce n’était pas forcément évident. Il fallait naviguer différemment sur un bateau qui n’était pas celui sur lequel j’avais eu l’habitude de naviguer ces derniers mois. Mais je reste très content de cette 2e place. Il y a forcément une part de déception mais aussi beaucoup de bonheur d’avoir réalisé cette course.

N’est-ce pas tout de même frustrant ?

Il a fallu s’adapter et changer un peu la façon de naviguer. Et c’était forcément un peu frustrant de naviguer sur bateau magnifique et capable d’aller à une vitesse folle dont on ne peut pas exploiter tout son potentiel. C’est peut-être même ma plus grande frustration, au-delà de la 2e place. Mais c’est le jeu du sport et de la régate. Par le passé, il m’est déjà arrivé de gagner avec de la réussite et de la chance. Il faut donc savoir accepter de perdre avec un peu moins de réussite. Ça fait partie du jeu. La vie est injuste, le sport est injuste, mais il faut l’accepter.

Sans ces aléas, la victoire aurait-elle pu vous échapper ?

Avec des «si», on peut refaire les courses comme on veut. Qu’est-ce qui se serait passé si Sébastien Josse, Armel Le Cléac’h et Thomas Coville n’avaient pas eu d’avaries ? On le savait avant la course qu’il y avait des bateaux plus performants mais avec un niveau de fiabilité moins élevé, et inversement avec des bateaux moins performants mais beaucoup plus fiable.

C’est ce qui a fait la différence à l’arrivée…

La victoire ne s’est pas jouée à grand-chose, mais la fiabilité a primé sur cette Route du Rhum. Francis Joyon a gagné car il n’a quasiment eu aucun souci. Il a vraiment pu pousser le bateau jusqu’au bout tout le temps. Malheureusement, on était trop dans la performance et un peu moins dans la fiabilité. Pour le tour du monde l’an prochain, il va falloir qu’on inverse la tendance et qu’on trouve le bon compromis. Mais je suis convaincu qu’on sortira plus fort.

«Le scénario a été quand même hallucinant»

Pourquoi avez-vous décidé de continuer malgré les problèmes ?

Depuis le début, je connaissais les problèmes sur le bateau. Je savais qu’il serait très compliqué de gagner cette course. Mais finalement j’avais un bon niveau de performance malgré l’absence de foils, de safran,… Et à mi-course, je me suis dit que je pouvais jouer la gagne. Au cours des deux derniers jours, je savais que je pouvais le faire, j’avais plus que jamais envie de le faire mais inéluctablement Francis Joyon a fini par me dépasser. Cela s’est joué à rien…

Comment avez-vous vécu le sprint final ?

C’est toujours difficile de se faire «chasser». Au classement, Francis Joyon revenait sur moi et ce n’était pas évident à vivre. J’ai essayé de faire tout ce que je pouvais, mais je n’ai pas pu résister à son retour. Mais paradoxalement, lorsque je me suis retrouvé dans la peau du chasseur dans la dernière heure de course, c’était presque plus facile à vivre, même si c’était perdu d’avance. J’ai retrouvé du plaisir à naviguer, comparé aux six heures précédentes assez pénibles. Je suis même parvenu à revenir à seulement quelques mètres de lui et jusqu’à ce moment-là je me suis dit que tout était encore possible. Le scénario a quand même été hallucinant.

Qu’est-ce que vous êtes dit avec Francis Joyon à l’arrivée ?

Je lui ai dit bravo et merci. Bravo parce qu’il mérite amplement cette victoire. Il a super bien navigué et su tirer la quintessence de son bateau. Et merci, parce que, même si le résultat est pénible et fait mal, j’ai vécu de belles émotions. Et c’est de loin le plus important. Je suis un compétiteur et j’adore gagner. Mais qu’est-ce qu’apporte un résultat dans une vie ? La victoire sert si elle amène des émotions et de belles expériences de vie. Et je sais que c’est possible pour l’avoir vécu ces dernières années. Si on a la victoire et les émotions, c’est génial. Mais le plus important reste les émotions. Et j’ai eu la chance de vivre une belle expérience cette 2e place est aussi belle qu’une victoire.

Êtes-vous prêt à repartir dans quatre ans ?

C’est encore dans longtemps et j’ai d’autres défis d’ici là comme le tour du monde au départ de Brest l’an prochain. Mais je serais là et d’attaque.

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