Prix d’Amérique : pourquoi est-elle la course de trot la plus difficile au monde ?

La ligne droite des tribunes fait office de juge des paix à l'hippodrome de Vincennes. La ligne droite des tribunes fait office de juge des paix à l'hippodrome de Vincennes. [ICON SPORT]

Le Prix d’Amérique, qui réunit les meilleus trotteurs au monde, se distingue par son parcours singulier, le plus exigeant de la planète turf. Présentation de la grande piste de l’hippodrome de Vincennes, sanctuaire des courses de trot.

«Il n'existe pas d’autres tracés comme celui-ci», confesse d’emblée le Suédois Björn Goop, vainqueur de l’épreuve en 2018 avec Readly Express. Véritable «toboggan» comme aime la décrire Sébastien Guarato, entraîneur du crack français Bold Eagle victorieux en 2016 et 2017, la grande piste de Vincennes se distingue du reste des parcours par son profil vallonné. «L’expérience des drivers fait la différence car il faut vraiment doser l’effort des chevaux tout au long de la course», analyse Anthony Barrier qui compte une participation en 2014 au Prix d’Amérique. «Nous devons ajuster la vitesse en permanence ce qui nécessite beaucoup d’attention», abonde dans le même sens Björn Goop.

Concrètement, les 2.700 m parcourus corde à gauche par les 18 chevaux du Prix d’Amérique correspondent à un tour et quart de l’hippodrome de Vincennes. A rebours de ce qui se pratique régulièrement dans les pays scandinaves, le départ du championnat du monde des trotteurs n’est pas donné derrière une voiture (appelée l’autostart), mais il est «volté». En d’autres termes, les concurrents ne s’élancent pas lancés, mais après avoir été regroupés sur une aire de départ et effectué un léger virage (appelé la volt). «Le rôle du driver est prépondérant car il ne faut que le cheval parte trop rapidement, se déséquilibre et finisse par se mettre au galop», rapporte Matthieu Abrivard, 5e du Prix d’Amérique en 2018 avec Briac Dark. Timo Nurmos, entraîneur de Readly Express, d'expliquer : «C'est pour qu'il se familiarise un peu plus avec la volt que nous avions choisi d'engager Readly Express au Prix de Belgique, la dernière course préparatoire, le 13 janvier» 

Les 350 premiers mètres du Prix d’Amérique sont en montée et comportent un premier virage (que les chevaux aborderont une deuxième fois plus tard dans la course avant d’attaquer l’emballage final). Ces instants décisifs sont susceptibles de dessiner en peu de temps de l’aspect de la course. «Rater les trois, quatre premières foulées peut vous reléguer en deuxième partie de peloton et le parcours devient tout de suite moins facile. Il faut savoir partir rapidement, mais pas trop non plus, afin de préserver les trotteurs», confesse Matthieu Abrivard. 

Puis, les concurrents font un premier passage devant les tribunes : une ligne droite qui comporte une très faible inclinaison. «Elle est assez courte jusqu’au poteau final par rapport à celles des hippodromes de province, mais plus longue qu’en Suède», note en connaisseur Björn Goop. A environ 2.000 mètres de l’arrivée, les chevaux entament alors la descente sur environ 650 mètres (8 mètres de dénivelé négatif) et qui comprend les virages 2 et 3. «Leur courbe est assez large et plutôt facile à aborder» juge Sébastien Guarato. «Ils se prennent très bien. Même à la vitesse à laquelle on va, les chevaux ne se braquent pas», confirme Franck Ouvrie qui sera au sulky de Davidson du Pont.

Au sortir du troisième tournant, commence alors une montée progressive d’environ 700m, LA difficulté du Prix d’Amérique, se prolongeant jusqu’au deux-tiers du dernier virage. «Devant sa télévision, il est difficile de se rendre compte du vrai faux plat qu'il y a», indique Jean-Philippe Monclin, pilote de Bird Parker, sérieux outsider. C’est ici que les chevaux ayant beaucoup de tenue -résistant, dur à l'effort- se distinguent des autres. «Certains expriment davantage de mal à monter la côte que les autres. Bold Eagle, lui, n’a pas ce problème», observe Anthony Barrier. Plus serré que les autres, l’ultime tournant nécessite toute la vigilance des drivers afin d’éviter que les chevaux partent au galop et soient mis hors course par les commissaires.

Se profile enfin la ligne d’arrivée, sprint final de 300m où les meilleurs font parler leur pointe de vitesse sous les encouragements nourris du public massé dans les tribunes. «Elle est presque deux fois plus courte qu’à Enghien», fait remarquer Franck Ouvrie. «Pour l’emporter, il est primordial d’être dans les 5 ou 6 chevaux de tête avant d’entamer la toute fin de course», conseille Anthony Barrier. C’est la qualité intrinsèque de chaque cheval qui finit par faire la différence dans les derniers décamètres, où la vitesse de pointe approche les 55 km/h.

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