Martin Fourcade : «Il y a encore de la place pour quelques globes»

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La saison prochaine pourrait être la dernière pour Martin Fourcade.[Alexander Vilf / Sputnik / Icon Sport]

Touché mais pas coulé. Septuple tenant du gros globe de cristal, Martin Fourcade a vécu la saison la plus compliqué de sa carrière, loin de ses standards habituels. Mais loin d’être abattu, le quintuple champion olympique a déjà pris rendez-vous pour la saison prochaine, qui pourrait être sa dernière…

Quel est votre état d’esprit au sortir de cette saison ?

Je suis heureux qu’elle soit terminée pour pouvoir tourner la page. Elle a été très difficile et du coup je suis content de passer à autre chose. Elle aura été largement en deçà de mes espérances et de ce que ma préparation laissait espérer. Il y a eu beaucoup de négatif, même s’il y a eu aussi un peu de positif avec deux belles victoires. Mais je n’ai pas envie de me satisfaire de si peu. Je vais maintenant me reposer, car je suis fatigué, pour bien récupérer avant de me projeter sur la suivante.

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Comment expliquez-vous cette saison décevante ?

La préparation s’est super bien passée, les repères ainsi que les signaux envoyés étaient bons. Mais au début de la Coupe du monde, tout s’est un peu enrayé et je n’ai pas réussi à sortir de cet engrenage car mon corps n’avait pas les réserves pour y parvenir. Cela ne vient pas uniquement de l’entraînement, mais aussi d’un peu trop d’envie de prouver des choses, de sollicitations, de temps passé sur des projets et un peu moins de récupération. Tout ce mélange a généré une surcharge qui m’a fait basculer du mauvais côté.

Comment avez-vous vécu de moins gagner par rapport aux années précédentes ?

C’est difficile à encaisser, surtout que je ne m’y attendais pas du tout. Sans faire une saison exceptionnelle, je m’attendais à faire une saison semblable aux années précédentes. Le coup est rude et la situation a été difficile à vivre. Surtout que l’ensemble des ressorts que j’avais pour habitude d’utiliser pour rebondir n’a pas fonctionné pas cette fois-ci.

Pourquoi ?

Je n’avais pas la réserve pour y arriver. J’ai fait de belles choses durant le mois de décembre avec de belles réactions d’orgueil. Mais je sentais que j’avais moins de réserve que par le passé. Mon corps a un peu dit stop sur l’ensemble de la saison. A chaque fois que ma tête voulait y aller, il me faisait comprendre qu’il voulait se reposer.

Regrettez-vous d’avoir justement forcé votre corps ?

Pas forcément, car je pense qu’il y avait moyen d’inverser la dynamique. Avec le recul, je pense que j’aurais dû faire le choix d’arrêter après l’étape du Rhupolding (mi-janvier) pour me concentrer sur la fin de la tournée américaine et les Mondiaux. J’ai aussi joué de malchance en tombant malade pendant la pause que je m’étais accordée.

«​il est difficile de me projeter au-delà de la saison prochaine»

Avez-vous pensé à mettre un terme à votre carrière ?

Non. Je ne me serais pas vu arrêter ma carrière sur cette saison. Je ne me suis même pas posé la question, même si sur des courses on a envie de tout envoyer bouler. A aucun moment j’ai pensé arrêter ma saison, comme à aucun moment j’ai pensé que c’était la saison de trop. Avant cette saison, je m’étais dit que je repartais pour au moins deux saisons.

La saison prochaine pourrait donc être votre dernière ?

Je ferai le point à l’issue de l’étape d’Antholz (Italie). Cette étape (fin janvier) sera un tournant stratégique de ma carrière, d’autant qu’après la saison que j’ai vécue, il est difficile de me projeter au-delà.

L’envie est-elle toujours présente ?

J’ai envie d’y retourner. L’envie est toujours là. J’ai eu des manques de motivation pendant l’hiver, mais ils étaient dus par le manque de résultats que par le manque d’envie.

Quel sera votre programme dans les prochaines semaines ?

Je vais profiter d’un mois et demi de repos pour repartir sur des bases saines. Ensuite, je vais reprendre un programme que sera proche de celui de cette année en essayant d’être plus attentif à tous les détails pour ne pas reconnaître la même saison.

Pensez-vous pouvoir revenir plus fort ?

Ce que j’ai vécu peut être une force. Mais encore faut-il réussir à la digérer et à la surmonter. Mais si j’arrive à m’en servir et à reprendre le dessus, forcément ce sera un atout supplémentaire.

«Je regrette de ne pas avoir pu me battre avec Johannes boe»

Quel regard portez-vous sur la saison de votre rival Johannes Boe ?

Il a fait une saison exceptionnelle avec 16 victoires en Coupe du monde. Je pensais que mon record de 14 succès tiendrait un moment, mais il n’a tenu que deux saisons. Mais il a fait une saison qui ressemble beaucoup à la saison qu’il a faite l’an passé sauf que j’étais présent sur l’ensemble de l’hiver pour le challenger et partager avec lui les victoires. Cette année, il n’a pas eu d’opposition. Et je regrette de ne pas avoir pu me battre avec lui.

Et concernant les autres français ?

Il y a une très bonne ambiance dans le groupe. Et mes performances n’ont en rien remis en cause cette bonne ambiance. J’ai été très heureux pour eux. Je suis encore plus heureux qu’ils réussissent à le faire pour l’équipe. Sans leur réussite, ma saison aurait été compliquée à vivre pour l’ensemble de l’équipe de France. Cela a été plus facile pour le staff de trouver du positif et de s’enlever le poids et la responsabilité de cette saison moyenne.

Vous êtes-vous déjà fixé des objectifs pour la saison prochaine ?

C’est encore un peu tôt pour me fixer des objectifs et me projeter. J’ai envie de tirer un trait définitif sur cette saison et de pouvoir me sentir régénérer avec l’envie de repartir. Il y a encore de la place pour quelques globes et on en fera s’il le faut.

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