Raymond Domenech : «Ce n’est pas dit que Laurent Blanc n’arrive pas très vite à Lyon»

Raymond Domenech regrette que Lyon ait fait appel à Sylvinho plutôt qu’à un entraîneur français. Raymond Domenech regrette que Lyon ait fait appel à Sylvinho plutôt qu’à un entraîneur français.[Caroline Darcourt]

Il a joué carte sur table. Présent à Dublin pour participer au WPO, organisé par Winamax, Raymond Domenech s’est épanché sur sa situation et son avenir en tant qu’entraîneur, ses six ans à la tête de l’équipe de France ainsi que sur les entraîneurs de Ligue 1, et notamment Sylvinho en délicatesse à Lyon. Sans langue de bois.

Il y a Raymond Domenech président de l’Unecatef, Raymond Domenech consultant, Raymond Domenech joueur de poker, qu’en est-il de Raymond Domenech entraîneur ?

Il y a un moment où il faut savoir se dire que les choses sont derrière. Mais le terrain manque toujours et je n’ai pas envie de tirer un trait définitif. S’il y a une opportunité, on peut discuter. Je me laisse toujours une porte ouverte. Et je me dis que cela reste possible.

Un intérêt des Etats-Unis et de Nantes avait été évoqué ces derniers mois. Qu’en était-il réellement ?

Il y a eu quelques échanges comme avec d’autres clubs et sélections, que ce soit en Chine ou au Moyen-Orient. Mais cela n’a jamais abouti sur quelque chose de concret.

Quel genre de défi pourrait vous plaire ? Entraîneur ou sélectionneur ?

Davantage le rôle de sélectionneur. Il y a plus de pression et on est davantage sous les feux des projecteurs, mais pas en permanence. Il y a des périodes plus calmes qui permettent de souffler un peu.

Pensez-vous que votre expérience à la tête de l’équipe de France a pu être un frein pour pouvoir retrouver un poste depuis 2010 ?

Non pas du tout. Il y a plein de choses dans ma vie qui ont fait que je n’ai pas repris tout de suite. Et je ne le regrette pas. Cela m’a permis de respirer et de voir autre chose. J’ai eu des propositions, mais j’ai décidé de ne pas les accepter. Je n’étais pas forcément encore prêt pour relever le défi qu’on me proposait.

Que retenez-vous de vos six années à la tête des Bleus ?

Que des bons souvenirs. J’ai vécu des grands moments comme la Coupe du monde 2006. Même les moments durs, cela fait partie du métier. Il n’y a aucun entraîneur qui gagne toujours. Il y a des moments compliqués, mais il faut aussi savoir les accepter. Mais j’ai pris mon pied pendant six ans en équipe de France.

En tant que président de l’Unecatef, quel regard portez-vous sur les entraîneurs de Ligue 1 ?

Lesquels ? Les entraîneurs français ou étrangers ? Le problème est que le championnat de France est sous-estimé par rapport aux autres car, le PSG mis à part, les têtes d’affiche évoluent ailleurs. Les entraîneurs sont liés à cela. Quand on voit, par exemple, ce qu’a fait David Guion avec Reims en battant Marseille, Lille et le PSG. On ne souligne pas assez le travail tactique de l’entraîneur. On va dire que Marseille n’était pas encore prêt et que Paris avait fait tourner. Mais on ne peut pas dire que ce soit du hasard. Les entraîneurs français n’ont pas réussi à se faire admettre et reconnaitre comme des entraîneurs compétents et je trouve cela dommage. Même Lyon a cédé à la mode des entraîneurs étrangers.

Vous le regrettez ?

Je ne comprends pas pourquoi le club a été chercher un Brésilien (Sylvinho, ndlr) qui n’avait encore jamais entraîné. Il faut bien commencer un jour, mais c’est difficile de se lancer dans un championnat où on ne connait personne et où on ne parle pas la langue. Il y a quelque chose qui ne tient pas la route. Et aujourd’hui, Lyon le paie avec les résultats actuels. Mais c’est très français de penser que c’est toujours mieux ailleurs. Il y avait pourtant une ribambelle d’entraîneurs français capables de faire mieux que lui.

Quel entraîneur par exemple ?

Laurent Blanc aurait été très bien, mais ce n’est pas dit qu’il n’arrive pas très vite. Au bout d’un moment, il va bien falloir qu’ils arrêtent les frais. Après si des entraîneurs comme José Mourinho ou Carlo Ancelotti arrivent, je n’y vois aucun inconvénient. Ce sont des entraîneurs qui amènent quelque chose et qui ont prouvé ailleurs.

Comme André Villas-Boas à Marseille ?

L’avenir nous dira si c’est un bon choix. Il a gagné à Chelsea. A voir s’il peut en faire autant avec l’OM. Mais on peut regretter que nos quatre clubs phares en quelque sorte, que sont Paris, Lyon, Marseille et Monaco, ne soient pas entraînés par des coachs français. Surtout que si on se replonge en arrière, Laurent Blanc est celui qui a eu les meilleurs résultats avec le PSG. Aucun entraîneur a fait mieux pour l’instant. Et Rudi Garcia a emmené l’OM jusqu’en finale de la Ligue Europa. Mais il y a un préjugé défavorable, ainsi qu’un lobbying de certains agents.

Comment expliquez-vous qu’il y ait moins d’entraîneurs français à l’étranger ?

A la CAN, la moitié des entraîneurs étaient des Français. Et en demi-finale, les quatre entraîneurs étaient de formation française.

Mais dans les championnats européens…

Parce que les entraîneurs français souffrent d’un problème de visibilité. Et s’il y a moins d’entraîneurs français dans le championnat de France, c’est tout de suite plus difficile pour faire ses preuves et aller entraîner à l’étranger.

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