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«Le plus grand champion ne peut rien faire sans son équipe» : les confidences de Christian Prudhomme, directeur du Tour de France

À quelques jours du départ du Tour de France 2025, Christian Prudhomme a reçu CNEWS.fr pour évoquer son quotidien sur la Grande Boucle. [Ludovic MARIN / AFP]

À quelques jours du départ du Tour de France 2025, le directeur de la course Christian Prudhomme a reçu CNEWS.fr pour évoquer son quotidien sur la Grande Boucle, les chiffres vertigineux de l’organisation, les héros de son enfance et ceux qui, selon lui, marqueront l’édition 2025.

À onze jours du Grand Départ de Lille, Christian Prudhomme, directeur du Tour de France depuis février 2007, a reçu CNEWS.fr. Il revient pour nous sur l’intensité des trois semaines de course, la logistique colossale que représente la Grande Boucle, mais aussi son rapport intime au cyclisme, à la mémoire, aux anciens champions qu’il continue de faire vivre chaque été. L’homme qui connaît le planning de ses journées au quart d’heure près évoque aussi les visages qui, selon lui, feront vibrer cette édition 2025.

Quelle est la vie du directeur du Tour pendant la Grande Boucle ? 

Ce sont trois semaines bien remplies — même quatre ou cinq, car je suis aussi le Tour de France femmes, même si je suis plus en retrait. Ce sont surtout beaucoup de rencontres, notamment avec les élus qui nous accueillent. Sans eux, il n’y a pas de Tour. Le timing est très serré. J’arrive chaque matin, au plus tard trois heures avant l’ouverture du village. Mon planning est calé quart d’heure par quart d’heure : rendez-vous institutionnels, interviews avec la presse nationale, internationale, régionale. On parle de l’étape du jour, de celles à venir, parfois même du Tour de l’année suivante. 

Avez-vous des chiffres marquants qui montrent l’ampleur du Tour ? 

Le Tour, c’est 5.000 personnes qui se déplacent chaque jour. La plus grande famille, c’est celle des médias : 2.000 journalistes ou équipes de télévision. Les coureurs sont 184 au départ, mais on compte 600 personnes avec les staffs. Il y a deux personnes, voire trois personnes pour un coureur en vérité. Le Tour est retransmis dans 190 pays. Les images de France Télévision partent partout, et plus d’une centaine de pays les diffusent en direct. Et puis ce sont des cartons d’audience : entre 35 et 40% de parts de marché chaque année, quels que soient les résultats des Français. Le Tour, c’est la vedette. Au bord des routes, on compte entre 10 et 12 millions de personnes sur trois semaines. Certains ne connaissent pas les coureurs, mais ils savent qu’ils sont valeureux, courageux. 

Vous citez souvent Bernard Thévenet : «Les héros de notre enfance sont les héros de notre vie». Pourquoi cette phrase vous touche ? 

Parce qu’elle est vraie, dans le sport comme ailleurs. Les figures qui nous marquent enfant restent gravées. Je n’oublierai jamais la première arrivée sur les Champs-Élysées, en juillet 1975. J’étais avec ma mère et ma sœur, au bout de la rue de Rivoli, à côté de la place de la Concorde. Deux coureurs arrivent : le maillot arc-en-ciel d’Eddy Merckx et, dans sa roue, le maillot jaune de Bernard Thévenet. Merckx, le plus grand de l’histoire, tentait encore de gagner le dernier jour. Mon tout premier souvenir devant la télévision, c’était 1968 : j’avais sept ans, on regardait la télé en noir et blanc chez mes parents. Un coureur avec des lunettes allait gagner son premier Tour : Jan Janssen. Et l’année suivante, j’ai suivi passionnément le premier sacre de Merckx. 

Les gens qui n'ont pas de mémoire me font peur

 

Le cyclisme honore souvent ses anciennes gloires. C’est aussi important pour vous ? 

Les gens qui n'ont pas de mémoire me font peur. Aujourd’hui, au-delà de trois ans, les gens ne se souviennent de rien. Or si on n’a pas de mémoire, on ne sait rien. Et c’est très prétentieux de croire qu’avant soi, rien n’existait. C’est comme dans une équipe cycliste : c’est un sport individuel, mais qui se court en équipe. Pour nous, c’est pareil. Je suis devant vous, je parle… mais s’il n’y a pas mon adjoint dans le bureau d’à côté qui gère tout, ça ne marche pas. Le plus grand champion ne peut rien faire sans son équipe. Il ne gagnera jamais seul. 

Une étape en particulier vous a-t-elle marqué dans l'histoire du Tour de France ? 

Oui, une de mon enfance : le Tour 1971. Luis Ocaña s’impose seul, avec 5’52 d’avance sur Lucien Van Impe, six fois meilleur grimpeur du Tour de France, et 8’42 sur Eddy Merckx. Une échappée d’anthologie. Je me souviens de la phrase du commentateur Jean-Michel Leulliot : «Aujourd’hui, le goudron fond». Il faisait très chaud. Ocaña, surnommé «l’Espagnol de Mont-de-Marsan», brillait dans ces conditions.

Une autre étape m’a marqué, c’est l’arrivée au sommet du Galibier en 2011. Le Galibier est franchi pour la première fois par les coureurs du Tour en 1911, et 100 ans après, pour honorer ce monument, ce mythe du Tour de France, on arrive au sommet. Ce sera la seule et unique fois. Andy Schleck s’échappe seul et gagne après 60 kilomètres face au vent. Derrière, Cadel Evans prend ses responsabilités et c’est grâce à ça qu’il gagne le Tour. Et il ne faut pas oublier Thomas Voeckler qui sauve son maillot jaune pour 15 secondes. 

Est-ce qu'un coureur a réussi à vous surprendre par sa persévérance ? 

J'ai bien évidemment un souvenir, c'est celui de Johnny Hoogerland, le coureur qui a été renversé par une voiture et qui est tombé dans les barbelés, lorsque la voiture a voulu le dépasser. Il se trouvait avec Thomas Voeckler, Sandy Casar, et l'Espagnol Luis Leon Sanchez. Et puis il y a eu ce bruit qui a été tellement fort. J'ai immédiatement appelé Radio-Tour. Le moment s'est passé comme s'il était au ralenti.

Hoogerland a été le plus touché, il pesait entre 68 et 70 kilos. Quand je me suis retourné, il était accroché aux barbelés. Il roulait à 40 à l'heure, il était accroché aux barbelés, tête en bas, et je me suis dit «il est mort». Et non seulement, il n'était pas mort, mais il a fini l'étape et il a fini le Tour, avec, je crois, 70 points de suture.

Pouvez-vous citer deux coureurs qui pourraient marquer ce Tour, sans parler de Pogacar ou Vingegaard ? 

Lenny Martinez et Mathieu van der Poel. Commençons par Van der Poel. En 2021, il dispute son premier Tour. À Mûr-de-Bretagne, il gagne et prend le maillot jaune, que son grand-père n’a jamais porté. J’étais aux obsèques de Raymond Poulidor, à Saint-Léonard-de-Noblat. Je suis convaincu que Mathieu lui a promis, devant son cercueil, d’aller chercher ce maillot.

Et Lenny Martinez, c’est une histoire de famille. Mariano, son grand-père, a été maillot à pois. Miguel, son père, champion olympique de VTT. Lenny, c’est un grimpeur de poche, un grimpeur d’exception. À mon époque, il y avait Vicente Trueba, qu’on appelait «la puce». Aujourd’hui, on a une nouvelle puce, ailée celle-là. Il est régulier au plus haut niveau. Je ne sais pas quel rôle son équipe lui donnera, mais s’il peut viser le maillot à pois ou des victoires d’étape, on va beaucoup parler de lui.

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