Dorothée : "Que du bonheur !"

La bande du Club Dorothée au complet.[Groupe AB]

Elle a été la star incontestée des programmes jeunesse pendant vingt ans. De 1978 à 1997, Dorothée et sa bande – Ariane, Jacky, Corbier et Patrick – ont enchanté des millions d’enfants, sur Antenne 2 avec Récré A2, puis sur TF1 avec le Club Dorothée.

 

Des heures de direct et de bonne humeur, des dessins animés japonais et des sitcoms devenus cultes. Alors que D8 consacre un documentaire à l’animatrice, cette dernière repense avec bonheur à ces années un peu dingues.

 

Que ressentez-vous quand vous repensez au Club Dorothée ?

J’y pense très souvent, forcément, car beaucoup de personnes m’en reparlent. C’est ma vie entière pratiquement. Dix ans de Récré A2, plus dix ans de Club Dorothée, ça fait 40 ans à peu près (rires).

 

Ces années comptaient double ?

Parfois même triple ! C’était de la folie.

 

Il y a des choses qui vous manquent particulièrement ?

Pour moi, quand c’est fini, c’est fini. Ce n’est pas la peine de ressasser les bons moments. C’est bien d’y repenser, et quand je le fais, ce n’est que du positif. Je n’ai que de bons souvenirs, des rencontres marrantes, mais il y a aussi le trac qui me revient en tête.

À chaque fois que je faisais quelque chose, j’avais le trac, et plus ça allait, plus je l’avais. Quand on est conscient des responsabilités, tout de suite, c’est moins évident. Mais il n’y a pas de nostalgie. Ce n’est que du bonheur.

 

Avez-vous gardé des relations avec les anciens du Club Dorothée ?

Oui bien sûr. Ça s’estompe avec le temps, et c’est normal car on ne se voit pas autant. Mais on a trop vécu ensemble, trop les uns sur les autres, pour s’oublier. On reste en contact. Avec Patrick, c’est un peu plus difficile parce que Miami, c’est loin. Il ne vient pas souvent en France.

 

Vous parlez de quoi quand vous vous voyez ?

On refait le monde. Chacun retrace ses propres souvenirs, et il y a des choses que nous avons parfois oubliées, donc on se remémore certaines choses et on reprend des fous rires.  C’est marrant.

 

Un retour à la télévision est-il envisageable ?

Je n’ai aucune proposition pour le moment. Disons que je ne ferme pas les portes. Je ne vais pas dire "j'arrête complètement". Mais je ne vais pas faire de la télévision pour faire de la télévision. J’attends le coup de cœur, la proposition qui me fera dire « ah oui tiens, ça ce n’est pas bête ».

 

Plutôt un programme jeunesse ?

Aucune idée. J’attends le coup de cœur. C’est ce qui s’est passé avec la magie (elle a présenté l’émission Incroyable magie sur RTL9 en décembre 2011) par exemple. Je ne pensais pas refaire quelque chose et on m’a proposé cela.

Et je me suis dit « oui, moi j’aime bien la magie, c’est un monde qui me plaît ». Et tourner dans un cirque, c’était parfait. Donc vous voyez, je marche au coup de cœur.

 

Justement, que pensez-vous des programmes jeunesses aujourd’hui ?

C’est un peu tristounet. Nous nous sommes battus pour avoir des relais humains dans les émissions entre chaque dessin animé. Un côté humain qui permet de « dédramatiser ».

Et maintenant, c’est un dévidoir à dessins animés. Et je ne veux pas critiquer les autres animateurs, mais il y a parfois de la folie un peu plus folle que la nôtre. Un peu démesurée. Aujourd’hui, il n’y a plus ce côté « rendez-vous » qu’on essayait de donner.

 

Les dessins animés étaient jugés violents ou inappropriés à l’époque. Cela vous semblait-il être le cas ?

Je n’étais pas vraiment étonnée. Mais j’ai été surprise la première fois à Récré A2 quand on a passé Goldorak. Ça a été le tollé général. Et j’ai posé la question aux jeunes téléspectateurs que je rencontrais, et ils me disaient, « Dorothée, on n’est pas neuneu, c’est un dessin animé ».

Déjà, ça remettait les pendules à l’heure. Après, dès que c’était nouveau, que ce n’était pas français, et que ça marchait, ce n’était pas bon. Pour nous protéger, nous avons engagé des psychologues pour surveiller si besoin. Et il s’est avéré que c’était un peu exagéré. Il suffisait qu’une personne le dise, et tout le monde reprenait, et c’était parti.

Parfois même sans avoir regardé le programme. Donc il ne faut pas exagérer. Il y toute une génération, même deux générations, qui ont grandi avec et qui ne sont pas devenues des tueurs en série.

 

Pensez-vous avoir joué un rôle dans le développement de la culture manga en France ?

Mon rôle a été de les mettre à l’antenne.

 

C’était conscient de votre part ?

Pour être honnête, quand on est arrivé, il n’y avait pas grand-chose dans les tiroirs. Donc on a pris ce qu’il y avait et il a bien fallu le temps de créer les dessins animés français, et ça ne se fait pas en deux secondes.

Il a bien fallu piocher à droite à gauche. Et au Japon, il y avait ces dessins animés là. Qui fonctionnaient très bien chez les jeunes. Alors on s’est dit « pourquoi pas ».  Et ça a très bien fonctionné.

 

Génération Dorothée, D8, mardi 16 décembre à 20h50

 

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