Lutter contre la criminalité forestière pour sauver le climat

Un parc national au Brésil, le 30 janvier 2011 [Yasuyoshi Chiba / AFP/Archives] Un parc national au Brésil, le 30 janvier 2011 [Yasuyoshi Chiba / AFP/Archives]

La déforestation illégale, qui prospère et représente jusqu'à 90% du commerce de bois dans les pays tropicaux, risque de réduire à néant les efforts déployés pour sauver la forêt, outil crucial de régulation du climat, avertissent jeudi l'ONU et Interpol dans un rapport.

Et cette activité, imputable jusqu'à 90% au "crime organisé", est devenue de plus en plus sophistiquée.

"Si la déforestation illégale ne peut pas être contrôlée, inévitablement les efforts de la communauté internationale pour réduire et compenser les émissions de carbone seront réduites à néant", écrivent le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et l'organisation policière internationale.

La lutte contre la déforestation est l'un des instruments clés de la lutte contre le changement climatique : les forêts, et en premier lieu les couverts tropicaux, sont des puits de CO2. Leur déboisement est à l'origine d'environ 17% des émissions globales de gaz à effet de serre.

 

Il ne reste qu'un dixième de la forêt primaire sur la surface du globe.

Le bois illégal représente de 10% à 30% du commerce mondial de bois, et de 50 à 90% dans les principaux pays tropicaux -bassin amazonien, bassin du Congo et l'Asie du Sud-Est, indique le texte.

La communauté internationale tente notamment de réduire la déforestation par le biais du mécanisme REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts), destiné à fournir un appui financier aux pays qui s'abstiennent de déboiser.

"Pour que REDD+ fonctionne, l'argent versé aux communautés pour leurs efforts de conservation de la forêt doit être supérieur à celui gagné en la détériorant. L'abattage illégal des arbres menace ce système si les revenus issus de cette activité sont supérieurs à ceux versés dans le cadre de REDD+", avertit le rapport.

Sans compter les menaces et les actes de violence que doivent subir ces communautés.

Depuis cinq ans, la déforestation illégale est de plus en plus sophistiquée et jusqu'à 90% de cette activité --qui rapporte de 30 à 100 milliards de dollars par an-- est pratiquée, selon le rapport, par le "crime organisé".

Le rapport répertorie 30 méthodes utilisées, comme les pots-de-vin pour obtenir des autorisations, le piratage de sites internet gouvernementaux pour modifier les volumes de bois autorisés au transport, le bois illégal mélangé au bois légal pour blanchir l'argent, ou encore les routes construites au milieu des plantations pour, en fait, les déboiser clandestinement.

"Une grande partie du blanchiment est rendu possible par de grosses sommes d'argent versées par des investisseurs installés en Asie, dans l'Union européenne et aux Etats-Unis, y compris par le biais de fonds de pension", précise le rapport.

Et cette pratique semble avoir de beaux jours devant elle, vu la demande croissante de bois dans le monde --elle devrait croître de 70% d'ici à 2020-, poussée par les grands émergents tels que la Chine.

En juin dernier, le PNUE et Interpol ont lancé un projet commun baptisé LEAF (Law Enforcement Assistance for Forests), initiative pour lutter contre tous les aspects de la criminalité forestière. Ils appellent la communauté internationale à aider financièrement à son fonctionnement.

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