France – Publié le 13 juin à 15:33 – Mis à jour le 13 juin 2016 à 19:37

​Centre de déradicalisation en Indre-et-Loire : où en est le projet ?

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​Centre de déradicalisation en Indre-et-Loire : où en est le projet ?

Le centre de "réinsertion et citoyenneté" de Beaumont-en-Véron, dans la périphérie de Chinon, est voué à accueillir des candidats qui après avoir emprunté le chemin de la radicalisation sont volontaires à une réinsertion. Ce sera la première structure du genre à ouvrir ses portes sous l’égide de l’Etat. Selon nos informations, les premiers stagiaires pourraient être accueillis à l’automne.

C’est l’une des principales mesures du plan gouvernemental contre la radicalisation. iTÉLÉ le révélait en mars dernier, le premier centre national de déradicalisation doit ouvrir ses portes en Indre-et-Loire, dans le village de Beaumont-en-Véron, en périphérie de Chinon. Deux mois plus tard, où en est le projet de ce centre dit de "réinsertion et citoyenneté" ? Selon nos informations, les premiers stagiaires devraient y être accueillis à partir du mois de septembre prochain. Petit point d’étape.

► Recyclage d’un centre pour jeunes migrants

Le projet d’ouvrir un, puis deux centres, avait été annoncé dès avril 2015 par Manuel Valls. Alors, pour inaugurer rapidement une première structure expérimentale, l’Etat a d’abord créé, en janvier dernier, le groupement d’intérêt public (GIP) "réinsertion et citoyenneté", destiné à gérer l’ensemble de ces établissements. Au passage, le mot de "déradicalisation" a disparu du projet car cette "notion n’est pas précise", comme nous le confiait alors le préfet Pierre N’Gahane, secrétaire général du Comité interministériel de la prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), nommé préfet de Charente début juin, qui pilote l’ensemble du projet.

Le site du CEFP de Pontourny, futur centre de "réinsertion et citoyenneté" (Crédit photo : capture d'écran Pontourny.com)

Très vite, la piste de "recycler" une structure déjà existante se présente. Il s’agit du centre éducatif et de formation professionnelle (CEFP) de Pontourny, à Beaumont-en-Véron. Jusqu’à présent, le CEFP accueille de jeunes migrants bénéficiant du statut de mineurs isolés étrangers (MIE). Mais la mairie de Paris, qui gère l’établissement, avait destiné d’en fermer définitivement les portes au 30 juin prochain. Le 11 mars dernier, au lendemain de nos révélations, le préfet Pierre N’Gahane se dépêche à Tours pour une "réunion d’information" avec les élus locaux, suivie d’une conférence de presse en préfecture d’Indre-et-Loire. Le but est clair : rassurer et éteindre tout début de polémique. A l’issue de cette rencontre, il ressort que les élus, dont les maires de Chinon, de Beaumont-en-Véron et le député PS Laurent Baumel, ont posé deux conditions à l’ouverture du centre: une définition claire quant au profil des futurs stagiaires accueillis et la reprise des personnels du CEFP de Pontourny.

► Un stage de "réinsertion et citoyenneté" pour de jeunes volontaires 

En mai dernier, le Premier ministre Manuel Valls annonçait son souhait de voir ouvrir un centre de "réinsertion et citoyenneté" pour chaque région d’ici 2017. Des centres "dédiés à l’accueil de personnes radicalisées ou en voie de radicalisation avec hébergement". A Beaumont-en-Véron, le programme n’entend pas prendre en charge des "repentis" de retour du djihad en Syrie. Concrètement, le centre se dessine comme un internat à destination de 30 jeunes volontaires, qui ont certes empruntés la voie de la radicalisation, mais qui n’ont jamais quitté le territoire français pour tenter de s’aguerrir au djihad armé. Déjà repérés et suivis en préfecture, ces jeunes intègrent ce centre sur la base du volontariat pour une durée de 10 mois avec la possibilité de retourner dans leurs familles le weekend. Au programme : suivi psychologique, groupes de discussions, activités physiques et réinsertion professionnelle pour des stagiaires dotés d’un uniforme et astreints à un levé des couleurs hebdomadaire.

► 24 agents du CEFP de Pontourny conservés 

La deuxième condition posée par les élus locaux semble désormais remplie. Selon nos informations, 24 agents de Pontourny, employés du département de l’aide sociale à l'enfance (ASE) de la mairie de Paris, sont mis à la disposition du centre de "réinsertion et citoyenneté" pour six mois. Au terme de ce délai, deux choix s’offriront à ces derniers: rester à Pontourny et devenir fonctionnaires du GIP ou bien quitter le centre pour rester dans le giron de la mairie de Paris. Le 30 juin, les derniers jeunes migrants quitteront le CEFP de Beaumont-en-Véron. Les personnels recevront des formations spécifiques pendant l’été avant d’accueillir les premiers stagiaires au mois de septembre. De source syndicale, la sauvegarde de ces emplois provoque un soulagement relatif à Pontourny: on regrette la fermeture d’une structure destinée aux jeunes migrants dans un contexte de crise migratoire sans précédent, alors que la Défenseur des enfants alertait en février dernier sur le sort de plus de 300 mineurs isolés dans la jungle de Calais.

►Le voisinage "radicalement contre" le centre

Un centre d’accueil pour jeunes migrants et un centre de déradicalisation : "ce n’est tout de même pas la même pub", nous confiait en mars dernier un élu local en off. Et en effet, le voisinage n’a que très peu apprécié la nouvelle et le fait savoir. Des banderoles sont accrochées sur la clôture d’une résidence attenante à Pontourny, une pétition en ligne recueille entre 500 et 600 signatures et une association est créée : "Radicalement contre le centre de déradicalisation", récemment rebaptisée "radicalement digne de Pontourny". "Le projet a été réalisée sans concertation publique, sans avoir consulté la population. On ne comprend pas pourquoi nous ne sommes pas plus informé", déplore Catherine Bideau, porte-parole de l’association qui compte 81 adhérents. "Est-ce que ce centre ne peut pas devenir une cible symbolique ? Il y a un climat de peur qui s’instaure que l’on ne peut détacher de la population qui vit à proximité" poursuit cette mère de famille, regrettant qu’une telle "expérimentation se produise en zone habitée".

 ► La crainte des repentis du djihad syrien

Une des craintes majeures des riverains est de voir le profil des stagiaires accueillis évoluer avec les années. Des jeunes "en voie de radicalisation" aujourd’hui, des vétérans du djihad demain ? Cette peur, Manuel Valls l’a lui-même ravivé en mai dernier, lorsque sa langue a fourché à l’évocation de Beaumont-en-Véron : les premiers accueillis "pourront être des repentis dont nous éprouverons la sincérité et la volonté de réinsertion dans la durée", lâchait-il. 

Les opposants à l'ouverture du centre de "réinsertion et citoyenneté" ont manifesté dans Chinon, le 29 mai dernier. (Capture Facebook Radicalement Digne de Pontourny)  

Alors le 29 mai dernier, les "anti" ont manifesté à Chinon. 150 à 200 personnes ont défilé contre le centre de déradicalisation avant que cinq de leurs représentants ne soient reçus en sous-préfecture. Ils y ont reçu l’assurance que les stagiaires seraient des individus de "spectre bas". Reste à trouver l’endroit qui pourrait accueillir le centre destiné aux "repentis" et autres "spectre hauts", dont le Premier ministre souhaite voir l’ouverture avant la fin de l’année. Un site avait un temps été envisagé en région parisienne mais rapidement abandonné. Aujourd’hui, selon nos informations, aucun lieu n’aurait encore été sélectionné.

Marc-Antoine Bindler (@marcobindler) - Credit Photo : Le CEFP de Pontourny, à Beaumont-en-Véron, en Indre-et-Loire (CNews)