Justice – Publié le 10 mars à 19:35 – Mis à jour le 10 mars 2016 à 19:49

Début de polémique après l'annonce d'un centre de déradicalisation en Indre-et-Loire

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Début de polémique après l'annonce d'un centre de déradicalisation en Indre-et-Loire

Les élus locaux réagissent aux révélations de CNews sur l'ouverture du premier centre national de déradicalisation à Beaumont-en-Véron, en Indre-et-Loire.

Après l’annonce, la polémique. Jeudi matin CNews révélait le lieu sur lequel le gouvernement a jeté son dévolu pour y ouvrir son premier centre national de déradicalisation : un établissement situé à Beaumont-en-Véron, près de Chinon, en Indre-et-Loire. Cette publication faisait suite aux propos sur France Inter du préfet Pierre N’Gahane, secrétaire général du Comité interministériel de la prévention de la délinquance (CIPD) et "monsieur anti-radicalisation" de l’Etat. Ce dernier annonçait l’ouverture de ce centre "avant l’été", en Indre-et-Loire, la radio précisant que le lieu était "choisi mais pas rendu public, "car il faut encore convaincre quelques élus locaux réticents". Sur fond de début de polémique, ces "élus locaux réticents" ont réagi mercredi aux révélations de CNews.

Un internat pour jeunes signalés comme radicalisés 

L’Etat a donc choisi de d’ouvrir son premier centre de déradicalisation en reconvertissant le CEFP de Pontourny, une structure d’accueil et de formation pour jeunes migrants situé à Beaumont-en-Véron et dont la fermeture était annoncée pour juin prochain. Selon nos informations, le chantier de ce centre de déradicalisation rebaptisé "réinsertion et citoyenneté", devait être lancé pour courant avril. Sous la forme d’un internat ouvert, l’établissement aura pour vocation d’accueillir des individus, certes radicalisés, mais qui n’ont pas quitté le territoire français et pour qui les autorités estiment que ce stage pourrait être salvateur.

Concrètement, il s’agit majoritairement de jeunes signalés pour leur radicalisation et suivis par les préfectures. Le centre pourra accueillir 30 personnes pour un séjour de 10 mois, avec la possibilité d’effectuer un stage de deux mois dans une entreprise ou dans une administration. A ce titre, il ne s’agit pas d’un centre fermé : les pensionnaires auront la possibilité de rentrer dans leur famille le weekend, s’ils le souhaitent et si cet environnement n’a pas joué un rôle dans leur processus de radicalisation.

"Déradicalisation" ou "prévention de la radicalisation" ? 

Sauf que pour les élus locaux, ce n’est pas tout à fait le projet qui leur avait été présenté. "Je réagis avec surprise et étonnement, car pour l’instant il ne s’agit que d’un projet sur lequel nous sommes en train de travailler avec les services de l’état et de l’administration", explique au micro de CNews le maire de Beaumont-en-Véron, Bernard Château (sans étiquette) : 

Il ne s’agit pas pour nous de déradicalisation mais de prévention de la radicalisation, ce qui n’est pas tout à fait la même chose

"On sait qu’il s’agit de public qui sont déjà signalés par le numéro Vert comme ayant un comportement asocial par leurs amis, leurs copains et leur famille et qui sont connus des services de la préfecture", ajoute-t-il. Bernard Château s’en remet à une réunion programmée pour vendredi matin en préfecture d’Indre-et-Loire. "On verra si on peut nous en dire plus, on est dans cette attente".


Centre de déradicalisation à Beaumont-en-Véron... par CNews

"Ma réaction est d’abord la colère" 

Même son de cloche à Chinon, dont Beaumont-en-Véron est une commune périphérique, à moins de dix minutes en voiture. "Ma réaction est d’abord la colère", tonne Jean-Luc Dupont, maire UMP de la ville : On apprend qu’un centre va être ouvert ici alors qu’à aucun moment nous n’avons été concerté dans ce cadre", assure-t-il, ajoutant : 

Des réflexions avaient été menées mais sur des profils qui n’avaient rien à voir avec ce qui est présenté aujourd’hui. Nous voulons potentialiser la connaissance de ce site pour de jeunes réfugiés ou migrants en nécessité de formation professionnelle, ce qui était la vocation du centre (de Pontourny), et en aucun cas un centre de radicalisation. 

"Vous allez expliquer à gens que des individus en phase de déradicalisation vont arriver à côté de chez eux, mais que ce n’est pas grave. Mais, parler de gens radicalisés : ça fait peur !", assure l’élu, pour qui, "l’acceptabilité d’un tel projet doit être largement concertée, en amont, et non pas arriver de façon abrupte tel que cela a été présenté aujourd’hui".

Le projet présenté vendredi aux élus locaux 

Interrogé par l’AFP suite à nos révélations, le préfet N’Gahane, se disant "furieux", a refusé de commenter, expliquant que "des médias en relayant ce genre d'information ne font que braquer autorités locales et populations". "Il y a des délais d'instruction de dossier, des procédures administratives, tout un cadre réglementaire" qui n'ont pas encore été respectés, a-t-il avancé.

Le préfet doit en effet rencontrer les élus locaux vendredi matin en la préfecture d’Indre-et-Loire, à Tours. Une réunion au cours de laquelle il leur présentera le "projet de transformation du centre éducatif de Pontourny (…) en centre de prévention de la radicalisation, d’insertion et de citoyenneté", selon une invitation officielle lancée aux médias, annonçant une conférence de presse à 11h30. Le rendez-vous est pris. 

Marc-Antoine Bindler (Crédit photo : capture d'écran Pontourny.com)