Crise des réfugiés – Publié le 14 mars à 20:59 – Mis à jour le 06 avril 2016 à 20:14

Place Victoria à Athènes, les Grecs exaspérés par la crise des réfugiés

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Place Victoria à Athènes, les Grecs exaspérés par la crise des réfugiés

La Grèce comptabilise plus de 44.500 réfugiés sur son territoire, dont 11.000 dans la région de l'Attique. Dans le centre d'Athènes, riverains et commerçants sont exaspérés par une situation que personne ne semble en mesure de régler, et qui vient s'ajouter à une situation socio-économique déjà catastrophique.

La place est dorénavant quadrillée, et interdite aux migrants. Ceux-ci peuvent à peine la traverser, en aucun cas s'y arrêter, et les quelques familles cherchant à s'asseoir sur un banc sont rapidement reconduits par les différents corps de police, présents en nombre.

Dimanche 6 mars, les centaines de réfugiés qui campaient sur la place Victoria, en plein centre d'Athènes, ont été délogées par la police. Depuis l'été dernier et le début de la crise migratoire, cette place était devenue un point de ralliement et un lieu d'attente pour les réfugiés débarqués au Pirée depuis les îles de la mer Égée. Un campement insalubre à ciel ouvert, sans accès direct à l'eau et aux toilettes.

"Commerce à vendre"

"On les a laissé utiliser nos toilettes, parce qu'on a de la peine, mais tout est bouché désormais. Qu'est-ce qu'on peut faire nous aussi ?" se lamente Eleutheria, restauratrice aux premières loges du drame. Le snack qui l'emploie, comme bon nombre de magasins et de cafés de la place, ont vu leur fréquentation considérablement diminuer. "J'espère que le restaurant ne se vendra pas. On est 10 à travailler ici, on va aller où nous ? Moi j'ai une famille, ça fait 17 ans que je travaille dans ce restaurant", se lamente cette femme d'une quarantaine d'années.


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Dans une action commune, les commerçants se sont réunis en collectif pour se faire entendre par le gouvernement, et ont décidé de manifester publiquement leur exaspération. Tout autour de la place Victoria, les vitrines affichent le même message: "Commerce à vendre".

Les magasins, restaurants et cafés de la place Victoria ne sont pas tous à vendre, mais tous ont vu leur clientèle drastiquement faiblir, et ce message est un appel au secours.

"C'est compliqué pour tout le monde", confie la serveuse du Méli Café, en poste depuis juillet 2015, "quand la situation a débuté". "Les commerces ne peuvent pas fonctionner, avec pour conséquence qu'il n'y a presque plus de travail et que certains magasins doivent fermer. Evidemment, les employés sont les premiers à partir", poursuit la jeune femme, qui espère que la place reprendra une activité économique. "On est très fatigués de toujours répéter les mêmes choses. On crie, on crie, mais seuls les journalistes nous écoutent".

L'exaspération s'entend dans les mots, mais également dans les silences de nombreux commerçants qui refusent de s'exprimer.

La plus belle place d'Athènes

La place Victoria est probablement l'un des endroits d'Athènes qui a le plus souffert de la crise migratoire, et s'est considérablement transformée en l'espace de quelques mois. "Cette place, c'était la plus belle d'Athènes...", soupire Antonis. Habitant l'un des immeubles qui encadre la place depuis 1952, le vieil homme déplore "la saleté" inhérente à un tel campement. "Ils ne me dérangent pas, les enfants... mais cette crasse..". Un avis partagé par Christos, riverain depuis 1965: "Ici ils mangent, on leur apporte de quoi se nourrir. Les détritus, les emballages, ils les jettent par terre. Et tous les jours les gens de la mairie viennent nettoyer, ils souffrent".


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Craintes

Depuis l'éviction des réfugiés, les agents municipaux travaillent à la remise en état de la place. Georgia est l'une d'entre eux: "Le gazon s'est abîmé, de nombreuses plantes ont séchées, et tout ça coûte de l'argent à l'Etat". La jardinière s'inquiète d'une situation aussi instable qu'explosive, "Les gens ici ont peur, et si les frontières ferment, ils auront encore plus peur. On va devoir prendre des armes à feu chez nous".


Georgia: "Je m'attends à ce que les frontières... par CNews

Une crainte qui trouve écho dans les propos de cette commerçante au discours haineux, raciste et agressif. "Qu'ils se noient tous en mer. Ils sont de trop dans mon pays", s'énerve-t-elle. Si la situation de crise peut conduire à d'impressionnants mouvements de solidarité, comme la collecte au profit des réfugiés organisée quelques jours plus tôt place Syntagma, rassemblant 10.000 personnes, elle provoque également des réactions racistes et nauséabondes : "Je dirai juste un mot: Aube Dorée. [...] Qu'ils dégagent toutes ces ordures".


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L'Europe ? L'Etat ? Personne ne semble en mesure de répondre aux inquiétudes de Grecs résignés, coincés entre deux crises et condamnés à naviguer de Charybde en Scylla. Dans un pays déjà plongé dans une situation socio-économique dramatique, où le chômage atteint plus de 25%, ils attendent impuissants que la situation évolue.

Alexandros Kottis (@alexandros_kts), envoyé spécial à Athènes