EDF / Binationaux – Publié le 06 mars à 17:26 – Mis à jour le 06 mars 2014 à 17:53

Younès Bnou Marzouk prend tout le monde à contre-pied

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Younès Bnou Marzouk prend tout le monde à contre-pied

Considéré comme un espoir à son poste, le joueur d’origine marocaine Younès Bnou Marzouk est un véritable contre-exemple. Ayant dans un premier temps choisi la sélection nationale de son pays d'origine, ce jeune attaquant (18 ans) formé au FC Metz et qui évolue désormais à la Juventus a finalement opté pour l’équipe de France. Un choix surprenant qui lui a valu un torrent d’insultes sur les réseaux sociaux.

A l’heure où la fuite des « cerveaux » binationaux devient monnaie courante dans le microcosme du football français, provoquant bien souvent la controverse et allant même parfois jusqu’à alimenter la rubrique politique, le retour au bercail d’un pur produit de la formation hexagonale, parti sous d’autres cieux internationaux, s’avère un cas suffisamment rare pour être souligné.

De Metz à Turin

Né le 2 mars 1996 à Freyming-Merlebach, dans le département de la Moselle, Younès Bnou Marzouk est très vite remarqué dans les compétitions de jeunes disputées à l’Est du pays. Après avoir fait ses classes au sein de l’USF Farebersviller, club de sa ville natale, puis du SG Marineau, il intègre tout naturellement l’excellent centre de formation du FC Metz en 2011, où peu à peu son talent commence à éclore aux yeux du plus grand nombre. Comme bien souvent dans ce cas de figure, les émissaires du pays d’origine du joueur, lequel possède la double nationalité franco-marocaine, s’empressent de le sélectionner afin de l’enrôler et d’en faire un pari pour l’avenir. Bonne pioche pour les « Lions de l’Atlas ». Le joueur progresse en effet à vue d’oeil et ne tarde pas à confirmer son immense potentiel lors de la Coupe d’Afrique des nations des moins de 17 ans (U17), organisée en avril 2013 au Maroc, au terme de laquelle il est élu meilleur joueur de la compétition après avoir inscrit 4 buts. Ses prouesses pendant le tournoi ne passent pas inaperçues et les recruteurs des plus grands clubs européens - dont la propension à se servir dans le vivier français n’est plus à démontrer - s’intéressent de très prés au phénomène. Après avoir entamé des négociations avec le club italien de la Juventus de Turin, le jeune espoir signe finalement, à l’été 2013, un contrat de 3 ans avec la « Vecchia Signora ». Selon les médias transalpins, la formation messine aurait récupéré 500.000 € dans la transaction. Une somme conséquente pour un joueur âgé seulement de 17 ans, n’ayant encore jamais évolué au plus haut niveau.

Une volte-face inattendue

Décrit comme très habile balle au pied et pas maladroit devant le but, Younès Bnou Marzouk possède le profil type d’un attaquant moderne, capable aussi bien de jouer au poste d’attaquant de pointe qu’à celui de meneur de jeu. Des qualités qui lui ont permis de s’imposer très vite aux avants-postes de la Primavera turinoise, avec laquelle il s’est illustré cette saison en UEFA Youth League (version U19 de la Ligue des champions) inscrivant 4 buts et délivrant 3 passes décisives en 5 matchs. Devenu le leader d’attaque de la Juve U19, Bnou Marzouk a continué en parallèle son ascension à l’échelle internationale, gravissant une à une les étapes. Dernière en date, le Mondial U17 à l’automne dernier aux Emirats Arabes Unis, où sur la lancée de son excellent début d’exercice en Italie, il a crevé l’écran s’affirmant comme l’atout numéro un des Marocains, battus (1-2) en quart de finale du tournoi par la Côté d’Ivoire. Sur le plan personnel, le jeune franco-marocain a marqué 3 buts en autant de rencontres. Un sans-faute qui a de nouveau éveillé la curiosité des clubs étrangers et notamment les écuries anglaises, lesquelles garderaient toujours un oeil attentif sur la pépite.

Le parcours du natif de Moselle semblait alors sans embûches et devait le mener, à terme, vers la sélection A du Maroc, dans un avenir proche. Mais le mois dernier, coup de théâtre lorsque le joueur répond favorablement à une convocation de l’équipe de France des moins de 18 ans pour un match amical contre l’Allemagne*, exprimant au passage son voeu de porter le maillot bleu. Ce revirement fait alors l’effet d’une bombe auprès de la Fédération marocaine et provoque une vague d’indignation chez les supporteurs des « Lions de l’Atlas ». Ces derniers n’hésitant pas à insulter Bnou Marzouk, allant même jusqu’à le considérer comme un « traître » sur les réseaux sociaux. Un déferlement qui a contraint l’intéressé à désactiver son compte twitter personnel @BnouMarzoukY_, devenu en peu de temps un défouloir pour les fans déçus.

Pas besoin de parler italien pour comprendre que ce supporteur marocain en veut terriblement à Younès Bnou Marzouk...

Si le joueur a d’ores et déjà fait savoir que son choix était dicté par « un point de vue professionnel » et donc sportif, son histoire témoigne également, à bien des égards, de l’ambivalente identité à laquelle sont souvent confrontés les jeunes français étiquetés « issus de l’immigration », comme le veut l’absurde formule consacrée. Mais ceci est un autre débat.

Toujours est-il que le cas de Younès Bnou Marzouk pourrait bien faire des émules dans les années à venir et c’est tout le football français qui pourrait en profiter, lui qui a vu plusieurs de ses espoirs, Sofiane Feghouli ou plus récemment Nabil Bentaleb** pour ne citer qu’eux, lui filer entre les doigts.


*le match, disputé hier soir, a vu les Bleuets s’imposer 3-1 face à la Nationalmannschaft
** les deux joueurs d’origine algérienne ont finalement décidé de porter le maillot des « fennecs » après avoir joué pour la France dans les catégories de jeunes.

Mathieu D'Hondt @DHondtMathieu