Alexandre Astier : "Je prends la comédie au sérieux"

Ca y est, cette fois c'est sûr, Alexandre Astier présentera pour la dernière fois samedi soir son spectacle ovni l'Exoconférence, sur la scène de l’AccorHotels Arena.

Dans la peau d'un professeur très "donneur de leçon", il livre ses observations sur la vie extraterrestre, la conquête spatiale ou encore les théories conspirationnistes, dans son style inimitable mêlant savoir et humour grinçant. Pour le créateur de Kaamelott, il est aussi temps de penser à la suite. 

D’où vous vient cette ­passion pour l’Univers ?

Depuis tout petit, lever les yeux au ciel pour comprendre cette ­immensité m’inspire. Je m'offre ainsi le luxe de parler des choses qui me tiennent à coeur. C'est plus simple, je ne m'ennuie pas, ça me permet de rencontrer des gens passionnants et donc inspirants. Et pouvoir dialoguer avec les plus grands spécialistes pour ce show était un privilège, comme avec le physicien Etienne Klein et bien d'autres. Je me suis plongé dans cette mythologie extraterrestre, d'aller voir plus loin, puisque c'est mélangé à mon travail.

Vous livrez un vrai savoir sur ces questions, mais vous souhaitez aussi "dézinguer" les fausses théories sur le sujet.

Petit à petit, le spectacle est devenu un "debunk", c'est à dire une entreprise de démolition des théories conspirationnistes, des légendes urbaines. J'ai beaucoup écouté les conférences de l'astrophysicien américain Neil deGrasse Tyson pour pouvoir contrer ces théories, dire au public qu'il est important d'y voir clair sur ces thématiques. Ayez du bon sens et du libre arbitre ! Le personnage de l'Exoconférence a ce plaisir là de pouvoir "Debunker". Je me suis plongé dans toute cette mythologie complotiste, à l'image des documentaires comme "La Théorie des Anciens Astronautes", ou on nous explique par exemple que toutes les choses du passé qu'on n'arriverait pas à expliquer proviendrait du savoir d'ancien aliens venus sur Terre, des pyramides d'Egypte au savoir de de Vinci. Mais vrai ou faux, c'est amusant et passionnant !

Vous êtes assez ironique d'ailleurs envers les adeptes de ces théories

Le souci, c'est que ces gens sont immédiatement sûr de tout, alors même qu'ils n'ont jamais levé les yeux au ciel. Ils parlent de physique, de mécanique, mais ils sont incapables de trouver Mars dans le ciel ! On ne regarde pas assez le ciel, on n'enseigne pas assez l'espace aux enfants, alors que c'est aussi notre monde. Avant de savoir si le cosmos abrite la vie, on peut s'y intéresser sans attendre d'y découvrir des cousins éloignés avec deux bras et deux jambes. 

Le youtuber Bruce Benamran fait toujours votre première partie?

Oui bien sûr. C'est intéressant de voir que quelqu'un comme lui, qui pour le coup dispose d'un important savoir scientifique, et touche des centaines de milliers de gens grâce à sa chaîne E-penser. Les gamins peuvent y trouver les pires ânneries, et d'un autre côté y apprendre des choses que l'éducation scolaire ne nous enseigne jamais, sur la matière, les plantes, les mathématiques...La curiosité commence à prendre le pas sur les gens qui n'ont vraiment rien à nous dire. Mais Bruce Benamran joue son propre rôle, sous la forme d'une véritable conférence, qui consitute une belle introduction au spectacle. Ca ouvre les oreilles des gens.  

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La salle parisienne est un gros morceau. A-t-on le trac avant d’entrer sur une scène aussi grande? 

J'ai déjà fait la tournée des Zéniths, donc j'ai eu le temps de m'y habituer. Et puis le spectacle s'y prête bien, avec ce confériencier très frimeur qui essaye de "repeindre les murs" à grands renforts d'effets spéciaux, d'écrans. Il est dans son élément avec une telle salle. François Rollin m'a beaucoup inspiré dans sa façon de jouer la posture du savant qui délivre son savoir à des supposés incultes....Donc je n'ai pas trop l'impression d'aller au casse-pipe. Et puis je n’ai jamais vraiment eu le trac, j’avoue ne pas avoir de rituels pour ça. C'est comme lorsqu'on marche au dessus du sol sur une plaque de verre. Il faut juste convaincre son cerveau qu'il n'y a rien d'anormal à se jeter seul sur scène devant autant de monde, même si le corps vous dit l'inverse. Par contre on profite de cet espace pour apporter quelques adaptations, on va jouer par exemple avec les écrans disséminés dans la salle. On aura aussi quelques surprises spécialement pour Bercy. 

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Jean-Christophe "Karadoc" Hembert est toujours à la mise en scène. Il y a une "touche" Karadoc pour ça, une approche que vous appréciez particulièrement ?

Jean-Christophe a eu une formation classique, notamment avec Roger Planchon. Il a plutôt l'habitude de plateaux avec beaucoup de gens, des mises en scènes complexes. Moi qui suis très bordélique, surtout dans l'écriture, j'apprécie son côté carré, la méthode d'Hembert permet de lier toutes mes idées. Il a une vision des moments drôles ou plus sérieux du spectacle. Il est garant de l'unité du show.

Vous avez plutôt l'habitude de cumuler les casquettes, auteur, compositeur, réalisateur...C'est difficile pour vous de lui déléguer une part du travail?

Je n'arrive jamais à déléguer, sauf avec Jean-Christophe Hembert. Je n'ai pas besoin de tout formuler, réexpliquer avec lui. C’est un fidèle, l’un des rares à qui je fais confiance les yeux fermés pour la scène, c'est une forme de complicité. C'est presque un cadre familial pour moi. Pour le moment, ça nous réussi.

A l'image d'Arthur dans Kaamelott, est-il plus important pour vous de réussir les choses, ou de savoir avec qui vous allez le faire?

C'est le thème même de Kaamelott ! Je dirais que par chance, la question ne se pose pas pour moi, car j'ai la chance de travailler avec des bons, contrairement à Kaamelott ! Je ne pousserais pas le vice à travailler avec des tocards. En plus, ma religion est de penser que les "connards" ne sont jamais vraiment bons. J'essaye de trouver des gens qui ont une nature discrète, pudique devant la chose artistique. Je suis entouré de personnes qui ont un monde à part, qui ne vivent pas que par et pour leur art. Ca évite de tourner en rond. 

Quels sont les thèmes qui vous passionnent mais dont vous n'avez pas encore parlé ? Avez-vous d'autres envies ?

Je ne sais pas encore comment la traiter ou par quel médium, mais j'aimerais beaucoup parler de la mort. Faire quelque chose de très drôle en parlant sérieusement de ça. 

Le Livre V de Kaamelott n'est-il pas consacré à ce thème ?

Si, bien sûr, et je vais continuer en ce sens. Mais c'était un sujet sous jacent, comme d'ailleurs dans mon spectacle Que ma joie demeure sur J.S. Bach.  

Comment définiriez-vous votre humour, très différent de celui de beaucoup d'humoristes ?

J'ai ce côté "british" de prendre la comédie au sérieux, à l'image des Monty Python. Je ne fais pas de clin d'oeil pour dire : "je déconne". En fait, je ne prétends pas faire rire, tant mieux si ça l'est. Ca n'est pas ma promesse. Comme disait Bedos, on est pas des humoristes, on est des comédiens. Il n'y aura jamais que ça.

On a du mal par exemple à vous imaginer dans la peau d'un personnage naïf, gentillet,...

Le mystère est de savoir si j'imprime ma personnalité aux personnages ou si à force d'écrire ces personnages ils impriment ma personnalité. C'est aussi le problème d'avoir une réputation. Le public vous attend dans un registre. Je ne sais pas si maintenant je pourrais faire un naïf. Je suis vu comme quelqu'un qui a un regard cynique, sarcastique sur les choses. Mais on peut en faire beaucoup de choses! Mais je ne joue plus vraiment chez les autres. Je ne cherche pas à me faire engager donc ça n'est pas très gênant.  

Vous avez une communauté de fans présente depuis les premières heures de Kaamelott, toujours aussi active. Vos collaborateurs comme les critiques vous tressent des lauriers en permanence. C'est difficile de garder la tête froide et ne pas dévier de ses choix, ne pas avoir peur de décevoir les attentes ?

Quand j'entends ces compliments, ça m'oblige encore plus à faire les choses sérieusement. On ne peut pas être la parodie de soi-même. Il faut toujours surprendre, ne pas être là ou on nous attend. Le meilleur moyen de ne pas les décevoir, c’est d’être sincère. Je n'offrirai jamais au public quelque chose au rabais, que je n'estime pas valable. Je peux décevoir, mais ça sera sincère.  Mon métier est d'arriver avec quelque chose d'inattendu. 

A quel agenda votre public peut-il s'attendre pour vos prochains projets ?

Il y a la série Vinzia, sur les immigrés italiens, qui devrait être diffusée sur Canal +. Ensuite viendra le film sur la Bête du Gévaudan. Mais ma préoccupation du moment, dans laquelle je suis à fond, c'est le tournage du film de Kaamelott, la suite au cinéma des épisodes télévisés, après le départ d'Arthur de Bretagne et la prise du pouvoir par Lancelot.  

François Rollin a parlé d'un début de tournage en janvier 2017. Vous confirmez ?

Non, je n'ai donné aucune date. C'est un timing supposé, pour voir si l'ensemble des comédiens est disponible. Mais le projet est bien de tourner cet hiver. •

L’exoconférence, 11 juin, 20h, AccorHotels Arena, Paris 12e.

 

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