Tout porteur de projet utilisant la photographie pour valoriser l’Île-de-France et ses richesses : architecture, cadre de vie, habitants, pratiques culturelles, sportives, événements... Les projets qui nous immergent dans un univers précis de façon novatrice.

Lucie Hodiesne - Photographie
Décris-nous ton projet et son degré d'avancement.
Lilou, c’est le surnom que l’on a donné à mon grand frère Antoine. Comme l’héroïne de Luc Besson dans "Le Cinquième Élément », il est quelqu’un d’exceptionnel, vivant dans un univers différent des autres. Antoine est un adulte autiste âgé de 31 ans, il réside dans un foyer médicalisé en Normandie ( FAM Teranga à Verson). Il a prononcé quelques mots jusqu’à ses quatre ans avant de s’enfermer complètement dans un monde de silence. Le corps de mon frère est très rapidement devenu une cage. Il se bat au quotidien dans cette prison cérébrale et cherche à communiquer avec nous par un langage propre à lui. Ce travail photographique, commencé il y a 2 ans est très important pour moi. Je souhaite mettre en lumière et exprimer le quotidien de mon frère car je sais que le grand public connaît encore trop peu la vie des personnes atteintes par l’autisme. L'année dernière j'ai déjà été encouragé par la Fondation Marcel Bleustein Blanchet pour réaliser une exposition photo en Île de France. Aujourd'hui je souhaite aller plus loin dans cette démarche humaniste en réalisant un livre.
Raconte-nous la genèse de ton projet.
Tout a commencé en première année Bachelor Photographe à Gobelins l'école de l'image, lorsque pour nous initier à l'art de l'argentique, des intervenants nous ont demandé de réaliser une narration en 36 poses. Instinctivement, je voulais parler d'Antoine et de son quotidien. Cela a donc été le point de départ de cette démarche photographique. J'ai partagé quelques photos sur les réseaux sociaux, j'ai eu des retours très positifs et cela m'a encouragé à aller plus loin en présentant ma série à Visa pour l'image à Perpignan afin d'obtenir des conseils de professionnels, puis de candidater pour le prix de la Vocation de la Fondation Marcel Bleustein Blanchet, et de réaliser par la suite une exposition photo.
En quoi ton projet réinvente ta discipline ?
Je pense que ce projet, cette série photographique offre un nouveau regard sur une pathologie encore très peu abordée en France, et surtout sous un angle humaniste. Puis, d'une certaine façon, la photographie devient un support, un outil de communication, une instrumentalisation du langage propre à Antoine. Un langage basé sur des images. Tout comme la photographie finalement.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer ?
Cette volonté à mettre en lumière le quotidien d'une personne que l'on aurait trop souvent tendance à vouloir cacher dans notre société. Et par-dessus tout, mon amour pour mon grand frère. Je voulais lui rendre justice.
Pourquoi est-ce important de casser les codes selon toi ?
C'est important de casser les codes selon moi car il y a trop souvent des idées préconçues sur le sujet de l'autisme, qui peuvent être fausses. Et je crois que généralement, les personnes qui ne connaissent pas vraiment le sujet ont du mal à visualiser les différents degrés de troubles du spectre autistique et par la même occasion, le quotidien des personnes autistes. Mon but est donc d'apporter un œil nouveau, un œil interne, au sein d'une famille pour permettre de comprendre.

