Le « Petit Larousse illustré », l’aventure du dictionnaire

Instruire tout le monde sur toutes choses », telle était la devise de Pierre Larousse[Capture d'écran youtube]

Depuis 1856, le dictionnaire de Pierre Larousse instruit tous les curieux de la langue française. Un monument, qui n’oublie pas de suivre l’évolution de la société. Chaque année, de nouvelles définitions sont ajoutées pour enrichir l’ouvrage.

 

Archives – Article publié le Lundi 10 septembre 2007

 

À chaque rentrée des classes, c’est au tour d’un autre «petit» de faire sa sortie sur les étales des librairies. Quel est ce «petit» ? On le feuillette avec intérêt, on tente, plein de bonne volonté, de le mémoriser, puis on le relit avec une nouvelle curiosité. Il s’agit du Petit Larousse illustré, qui a marqué des générations de Français et de francophones.

A l’origine de cet ouvrage, un homme : Pierre Larousse. Né en 1817 d’un père charron-forgeron et d’une mère aubergiste, ce jeune instituteur ne semble pas s’accommoder du système éducatif, qu’il juge trop archaïque. Il quitte l’école et son Toucy natal, pour s’installer à Paris, d’où il se façonnera une réputation d’autodidacte.

De 1848 à 1951, il est répétiteur dans un internat privé, à l’Institut Jauffret. Pendant ces quelques années, Pierre Larousse prépare son premier ouvrage, La lexicologie des études primaires, cours complet de langue française, avec l’aide de Suzanne Caubel – sa compagne, qu’il n’épousera que trois ans avant sa mort, en 1872 – chargée de la relecture et de la correction. Publié en 1849, ce livre destiné aux enfants est dédié à l’apprentissage de l’orthographe et à l’art de s’exprimer correctement.

 

Le secret des mots

Pierre Larousse se lie d’amitié avec Augustin Boyer, un instituteur qui, comme lui, a quitté l’enseigne- ment. Ils s’associent et fondent la Librairie Larousse et Boyer en 1852. Pierre Larousse multiplie alors les publications, toutes des succès. En 1856, paraît le Nouveau dictionnaire de la langue française, l’ancêtre du Petit Larousse.

Mais pour l’Icaunais – originaire de l’Yonne –, un autre projet était déjà sous-jacent : celui d’écrire une encyclopédie dans laquelle on trouverait «chacune à son ordre alphabétique, toutes les connaissances qui enrichissent aujourd’hui l’esprit humain».

A l’époque, une grande majorité de la population est analphabète ; le souhait de Pierre Larousse est «d’instruire tout le monde sur toutes choses». Son vœu se concrétise en 1863, avec la parution du premier fascicule du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, qui atteint 20 700 pages en 1876. C’est aussi à cette date qu’Emile Reiber dessine le premier logo de la société. L’architecte et décorateur français choisit le pissenlit, pour ses graines qui se dispersent au vent, et ajoute à son illustration la devise «Je sème à tout vent».

 

La « semeuse »  de savoir

Décédé un an auparavant, en 1875, d’une attaque cérébrale à l’âge de 57 ans, Pierre Larousse n’a pas pu voir ce dessin. N’ayant pas eu d’enfant, c’est son neveu Jules Hollier qui continuera son œuvre. En 1890, le peintre Eugène Grasset transforme le logo. Sur une idée de George Moreau, un autre fondateur du Larousse, l’illustrateur réalise la première et bientôt célèbre «semeuse», qui souffle sur un brin de pissenlit. Au fil du temps, elle subira des évolutions stylistiques. «La semeuse représente la diffusion du savoir», explique Mady Vinciguerra, directrice éditoriale du Petit Larousse.

 

Enfin illustré

Et c’est en 1905, sous la direction de Claude Augé, qu’est publié le fameux Petit Larousse illustré. Pour Yves Garnier, directeur du département Petit Larousse et encyclopédies et du département langue française, «Claude Augé est le véritable créateur du Petit Larousse. C’est lui qui a introduit l’illustration, car il y voyait l’importance de l’image pour les enfants, alors que Pierre Larousse, lui, n’en voyait pas l’utilité». L’ouvrage est un succès. «Dans les familles, il pouvait n’y avoir aucun livre, mais il y avait un Petit Larousse», précise Yves Garnier. Un siècle plus tard, en 2004, le groupe Larousse est devenu une filiale de Hachette Livre, cinq ans après avoir été une filiale de Vivendi Universal Publishing.

 

En perpétuelle évolution

Le dictionnaire conserve encore aujourd’hui sa structure originelle, qui compte une partie réservée aux noms communs, une autre aux noms propres, et, entre les deux, un carnet rose consacré aux locutions étrangères et aux proverbes. Les illustrations du Petit Larousse se sont adaptées au progrès technologique, en passant du dessin à la photo, et du noir et blanc à la couleur.

«Après les Première et Seconde Guerres mondiales, il y a eu une entrée massive de noms de militaires», constate Yves Garnier pour qui «le dictionnaire a suivi l’évolution des mentalités, des sensibilités, et de l’histoire.» Tous les dix à quinze ans, l’ouvrage est entièrement refait.

Pour Yves Garnier, «ce dictionnaire appartient au patrimoine culturel français». Et Mady Vinciguerra, directrice éditoriale de l’ouvrage, de compléter : «Le Petit Larousse a toujours eu une place à part dans le cœur de ses lecteurs.» Ses lecteurs ? Enfants, collégiens, lycéens, parents...  Tout le monde lit le Petit Larousse

 

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