Le livre de poche : petit format, gros succès

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La lecture pour tous, c’était un vœu pieux pour certains, une hérésie pour d’autres. Pour Henri Filipacchi, plus qu’un songe-creux, c’est un pari. L’initiateur de la Pléiade ambitionne de démocratiser les livres, d’installer Proust dans les rayonnages de la classe moyenne, de faire découvrir Diderot et Roland Barthes à toute la France. Pour cela, il faut imprimer plus et moins cher : Le Livre de Poche est né.

 

Archives – Article publié le lundi 2 juin 2008

 

En 1953, le secrétaire général de la librairie Hachette recourt aux techniques du tirage de masse : un petit format, des pages thermocollées plu- tôt que brochées, et une diffusion à grande échelle, bien au-delà du pré carré des libraires. C’est Kœnigsmark de Pierre Benoît qui ouvre la voie, le premier d’une longue série. Plus de 15 000 titres auraient été imprimés, il est difficile de faire une estimation exacte, même au Livre de Poche on a du mal à les compter...

 

L’autre révolution culturelle

L’idée n’est pas nouvelle en  soi. En 1905, les éditions Taillandier diffusent déjà des romans en format réduit sous l’appellation «livre de poche» (Filipacchi lui rachètera dans les années cinquante le titre de sa collection). Il y a aussi Le Masque, Que sais- je, la Série noire, etc. Nombreuses sont les collections à avoir investi le créneau du petit format.

La grande intuition de Filipacchi fut de sortir le poche de l’ornière du roman populaire où il est cantonné. «Ce sont les grands auteurs que l’éditeur veut diffuser à prix démocratique» explique Cécile Boyer-Runge, directrice du Livre de Poche. Désormais, avec Filipacchi, les fleurons de la littérature seront à deux francs, à savoir le coût d’un quotidien. Dans une France d’après-guerre avide de consommation et de loisirs, il a l’intime conviction de pouvoir redonner une seconde vie aux écrivains.

Il entraîne dans l’aventure ses amis Calmann-Lévy, Albin Michel, Grasset et Gallimard, qui vont lui céder le droit d’exploiter au Livre de Poche une grande partie de leurs fonds respectifs. Le pari est osé, les débuts incertains, mais le succès est retentissant. De huit millions d’exemplaires en 1957, les ventes passent à vingt-huit millions en 1969. Une révolution culturelle. Le gouvernement l’a bien compris, qui inclut Le Livre de Poche dans l’indice de référence des prix.

 

Vidéo : en 1964, certaines franges de la population voient toujours d’un mauvais œil l’arrivée du Livre du Poche. Selon eux, Le Livre de Poche « fait lire des tas de gens qui n’avaient pas besoin de vivre »

 

 

Bataille rangée

Rançon du succès : l’apparition de la concurrence. On compte aujourd’hui plus d’une centaine d’éditeurs au format poche, dont quatre dominent le marché. Au coude à coude avec Le Livre de Poche, Pocket, lancé en 1962 par les Presses de la Cité, suivi de Folio (Gallimard), et de J’a Lu (Flammarion). Si Le Livre de Poche domine, c’est notamment grâce à la richesse du catalogue d’Hachette, la société mère, avec des éditeurs grand format comme Lattès, Grasset ou Fayard.

 

Vidéo : dans Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier, Patrick Dewaere possède « la collection complète du Livre de Poche »

 

 

Philippe Labro se souvient de son premier livre de poche : « C’était Au-delà du fleuve et sous les arbres d’Ernest Hemingway. J’étais encore étudiant et je sillonnais les Etats-Unis en stop. Je l’avais acheté dans une station d’autocar, il est devenu mon compagnon de voyage. Un livre bon marché à glisser dans sa veste, parfaitement taillé pour mon épopée américaine ».

Selon l’auteur des Cornichons au chocolat, « c’est une grande satisfaction de paraître en poche pour un écrivain. On sait que l’on va toucher d’autres lecteurs plus jeunes ou plus modestes ou qui dévorent les livres. Le format de poche c’est un passeport pour un peu plus de pérennité. Cinq ou six de mes titres sont régulièrement réédités. Aujourd’hui encore, parfois 25 ans après leur publication initiale, je reçois des courriers de lecteurs, c’est très touchant ».

 

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