Barbie, la vie en rose

En 50 ans, Barbie est devenue le symbole de l’évolution de la société et de la libération féminine[CC/Tracheotomy Bob]

A plus de 50 ans, Barbie a su conserver une silhouette juvénile et continue d’offrir encore du rêve aux petites filles du monde entier. Avec plus d’un milliard d’exemplaires vendus dans le monde, la poupée la plus célèbre a accompagné trois générations de fillettes grâce à sa constante évolution.

 

(ARCHIVES)

 

Avec sa plastique idéale, Barbie a fait et fait toujours rêver des millions de fillettes dans le monde, qui jouent à «quand elles seront grandes». Sa silhouette est immédiatement identifiable: longue de 29 cm, des jambes interminables, des mensurations parfaites, un visage adulte, maquillé et souriant et une chevelure volumineuse blonde, brune ou rousse. Le tout accompagné d’une multitude d’accessoires : vêtements, sacs, chaussures, lunettes, chapeaux, mais aussi maisons, voitures, motos, avions, carrosses, trains, camping-car et animaux de compagnie... Tous les ingrédients du rêve sont réunis et ne cessent de se renouveler, de quoi alimenter l’imagination des jeunes filles depuis 1959.

 

La naissance de Barbie

A l’époque, Ruth Handler, l’épouse d’Elliot Handler cofondateur de la société Mattel avec Harold Matson – Mattel est la combinaison de Matt, surnom de Matson, qui quittera rapidement l’affaire, et du «El» de Elliot – souhaite que leur entreprise fabrique une poupée en plus des jouets musicaux et des fausses armes à feu qui constituent l’activité Mattel. S’inspirant des figurines de carton en forme d’adultes avec lesquelles jouait sa fille aînée Barbara, Ruth Handler a l’idée de fabriquer une poupée en vinyle au corps de femme. Mais la vice-présidente de la société a beaucoup de difficultés à imposer son projet. Celui-ci reste dans les cartons.

Lors d’un voyage en Suisse, Barbara et sa mère tombent en arrêt devant la vitrine d’un magasin où trône une poupée adulte qui ressemble à l’idée du projet de poupée de Ruth. Il s’agit d’une poupée allemande prénommée Lilli, conçue d’après un personnage de bande dessinée de Reinhard Beuthin, publiée dans le quotidien Bild Zeitung. A son retour aux Etats-Unis, Ruth Handler décide de concrétiser son projet. Barbie, en hommage à sa fille Barbara, naît en 1959. Elle a nécessité deux années de travail, durant lesquelles les Handler ont fait appel aux plus grands noms de l’époque en matière de stylisme et de coiffure. La première Barbie ne manifeste aucune expression sur son visage, afin de pouvoir se plier à l’imagination de la petite fille. Ses bras, sa tête et ses jambes sont articulés, mais ce n’est qu’en 1965 qu’elle pliera les genoux.

 

Vidéo : première publicité Barbie

 

 

Le début d’un succès

Le 9 mars 1959, Barbie est présentée lors de la Foire au jouet de New York, mais ne remporte pas l’adhésion de la majorité des professionnels venus sur le stand Mattel pour apprécier les nouveautés. Ils pensent que les petites filles veulent jouer avec des poupons. Le soir même, Ruth, révisant à la baisse ses projections de ventes fixées à 20 000 poupées par semaine, demande aux usines japonaises de réduire la production de 40 %. Déçue, la vice-présidente de Mattel décide de présenter sa créature directement aux enfants, dans l’émission télévisée Mickey Mouse Club sur la chaîne ABC, que la marque de jouets parraine depuis quelques années.

L’engouement pour la poupée mannequin est immédiat auprès des jeunes Américaines. Les usines japonaises tournent à plein régime. Dès le début des années1960, Mattel exporte Barbie. D’abord au Canada et au Japon, puis en Europe. La starlette foule le sol français en 1963, grâce à Philippe Mayer, distributeur de jouets. «Après que des grands spécialistes ont rejeté la proposition de Mattel, moi j’y ai donné suite», déclare le gérant de la société Les jouets rationnels.

Pour la première fois, cette poupée offre aux petites filles la possibilité de s’imaginer autrement que dans le rôle de maman. Avec Barbie, elles se projettent à l’âge adulte et se rêvent non plus en femme au foyer mais en femme active émancipée, en femme moderne tout simplement.

 

Vidéo : les 50 ans de Barbie

 

 

De la maman à la femme

Cette nouvelle poupée offre pour la première fois aux petites filles la possibilité de jouer à autre chose qu’à «la maman». Désormais, elles peuvent se projeter à l’âge adulte et réfléchir à un métier, à des sorties. Elle devient le symbole de l’évolution de la société et de la libération féminine. Mais à ce moment-là, «il y avait des journaux qui expliquaient que Barbie allait tuer le côté maternel et que les filles allaient toutes vouloir travailler», raconte Eric Chatillon, auteur du livre Barbie en France (éd. Dollexpo). Barbie est aussi perçue comme une éventuelle concurrente de la figure de la mère.

A travers ses publicités, Mattel diffuse un message pour convaincre les parents de laisser leurs enfants jouer avec la Barbie. Eric Chatillon se souvient d’une publicité datant de 1968 dont le slogan était «Elle apprendra tout de vous mais Barbie vous y aidera», pour écarter tout soupçon de concurrence entre Barbie et la mère. Les fillettes adorent cette poupée mannequin. «On peut les coiffer et les changer», dit Majdeline, 6 ans, qui joue tous les jours avec sa dizaine de Barbie. Pour Vanessa, 9 ans, qui aime aussi les coiffer, «c’est amusant parce qu’on peut faire semblant de faire communiquer les poupées entre elles». Mannequin, danseuse, infirmière, astronaute, maîtresse d’école, vétérinaire, pilote... Barbie multiplie les possibilités. «En l’habillant en hôtesse de l’air, la petite fille se voit en hôtesse de l’air», ajoute Philippe Mayer. Et c’est l’une des raisons de son succès. Selon Edwige Antier, pédiatre, Barbie ne permet pas de se projeter dans l’avenir. C’est du présent à l’état pur. Elle n’imagine pas qu’elle sera comme ça, mais elle voudrait pouvoir, dans l’instant, avoir tout ce champ d’action accessible ».

 

Témoin de la libéralisation des femmes

La clef de son succès provient de sa modernité et son adaptabilité : si Barbie est toujours d’actualité, c’est parce qu’elle a suivi la mode. Témoin de l’évolution du rôle des femmes dans la société, Barbie aura endossé, en cinquante ans, plus d’une centaine de professions.

Les premières Barbie des années 1960 ressemblent à Marilyn Monroe ou à Elizabeth Taylor. La première Barbie sort des chaînes de production de l’usine Mattel. La Barbie numéro un est reconnaissable grâce à ses sourcils incurvés. Peu de temps après sa création, Barbie devient une femme active. Elle est à l’époque danseuse, infirmière ou hôtesse de l’air. En 1963, Barbie se met au sport. La première série est consacrée aux sports d’hiver (ski et patinage). Les sports d’été apparaissent au cours de la décennie suivante. C’est une inconditionnelle de la glisse. Elle chausse ses premiers patins à roulettes en 1975, puis des rollers à partir de 1999. En 1968, elles portent des minijupes. En 1971, elles sont hippies et portent des tissus à fleurs sur la tête. En 1978, on les croirait sorties de la série Dallas. : La première Barbie «noire» fait son apparition dans les rayons des magasins, suivie de près par la Barbie «hispanique».

 

Vidéo : Barbie Président

 

 

Après avoir été mannequin, infirmière, astronaute, en 1989, elle n’hésite pas à se montrer patriote en enfilant l’uniforme de l’armée. Pour cette série Barbie «militaire», Mattel s’est appuyé sur les conseils du Pentagone pour rendre les costumes plus réalistes. Trois ans plus tard, Barbie affiche son ambition en tant que candidate à l’élection présidentielle. Un poste qu’elle occupera en l’an 2000. De la minijupe aux tenues hippies en passant par les robes à paillettes, Barbie travaille également son côté fashion victime. « Maintenant, elles sont comme les chanteuses», raconte Eric Chatillon. Son succès est planétaire et incommensurable.

Toujours à la pointe de la mode, elle sait vivre avec son temps et doit sans aucun doute son succès à cette constante actualisation. Avec plus d’un milliard de poupées vendues depuis sa création, Barbie est le jouet le plus vendu au monde et a été élue jouet du XXe siècle en 1999 par La revue du jouet. Selon Edwige Antier, pédiatre, la poupée Barbie permet aux enfants de s’identifier « à une femme surpuissante, possédant yacht et voiture de sport, décidant de ses toilettes. C’est un espace d’évasion par rapport au monde de l’enfant, où tout est devoir d’obéissance ».

 

Vidéo : dans Toy Story 3, Ken rencontre Barbie

 

 

Cinq décennies sous le signe de la mode

Habillée par Christian Lacroix, peinte par Andy Warhol et chaussée par Louboutin, Barbie est devenue la muse des grandes griffes. Depuis sa création, 70 stylistes célèbres se sont mis au service de la poupée mannequin. Vedette à part entière, pour son cinquantenaire, Barbie s’est offert un anniversaire très mode. Après un défilé des plus prestigieux lors de la Fashion Week new-yorkaise, où de nombreux créateurs ont revisité sa garde-robe grandeur nature.

 

Des objets de collection                                            

La poupée ne ravit pas seulement les fillettes. «Barbie a été très vite perçue comme une icône pour adultes et est devenue un objet de collection dans les années 1980», précise Samy Odin, directeur du musée de la Poupée, à Paris. Éric Chatillon est lui-même collectionneur de Barbie : « Quand j’étais petit, je jouais avec un Big Jim, l’ancêtre de l’Action Man. Ma tante avait une Barbie, dont je me servais pour qu’elle soit la femme de mon Big Jim. Un jour, en 1995, aux puces, j’ai trouvé une Barbie de ces années 1960, qui m’a rappelé mon enfance. J’ai commencé à les collectionner. Maintenant, j’ai environ 150 Barbie de ces années-là, toutes en bon état, avec leurs accessoires et leurs vêtements. Je les conserve sous vitrine dans une pièce noire, à l’abri de la lumière. Car c’est avant tout un jouet, qui n’est pas fait pour être collectionné, le plastique ne vieillit pas bien ». Il poursuit : « Les gens collectionnent en général les Barbie de leur époque, mais chacun le fait de façon différente ».

 

Mattel, qui a pris conscience de ce créneau et sort depuis quelques années des Barbie destinées au public adulte qui répondent aux critères d’exigences esthétiques et de finitions, et fait appel à des maisons de couture». Et si les passionnées de Barbie d’aujourd’hui deviennent les collectionneuses de demain, le succès de Barbie est loin de se tarir.

 

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