Harry Potter, la magie d’un succès

Affiche d'Harry Potter et les reliques de la mort[CC/Dave Catchpole]

Le personnage créé par J. K. Rowling a fait battre le cœur de dizaines de millions d’adolescents à travers le monde. Il a aussi changé la vie de sa créatrice, aujourd’hui multimillionnaire. Depuis plus d’une décennie, les aventures du petit sorcier fascinent les petits comme les grands

 

(ARCHIVES)

 

Ses histoires de sorcier ont plongé J. K. Rowling dans un véritable conte de fées. The Sunday Times Rich List estime sa fortune en 2008 à 560 millions de livres, soit près de 798 millions de dollars. Pourtant, avant de devenir un écrivain à succès, la vie n’a pas toujours été tendre avec celle que ses lecteurs appellent désormais «Jo». Née à Yate le 31 juillet 1965 dans le sud-ouest de l’Angleterre, Joanne passe la fin de son enfance à Tutshill, un environnement assez proche de celui de Harry Potter. C’est une campagne où vivent de nombreux animaux, qui occupent une place importante dans la saga. La forêt de Dean, non loin, est l’objet de nombreuses légendes magiques, qui développent l’imaginaire de la jeune fille. D’ailleurs, élève moyenne, elle brille surtout en rédaction.

 

Vidéo : Bande-annonce d’Harry Potter à l’école des sorciers

 

 

La révélation

L’envie d’écrire taraude Joanne depuis de nombreuses années, mais l’idée même de Harry Potter éclot comme une révélation. En juin 1990, vivant de petits boulots à Londres, elle est à bord d’un train qui l’emmène rejoindre son compagnon. Et c’est là, entre Londres et Manchester, que sa vie bascule. « Je suis restée assise à réfléchir pendant quatre heures, ce qui a permis à tous les détails de s’accumuler pour donner vie dans mon esprit à ce petit garçon maigre à lunettes et aux cheveux noirs qui ignorait qu’il était magicien », se souvient l’auteur. « L’idée de Harry m’est venue à l’esprit. J’ai soudain eu cette idée fondamentale d’un garçon qui ne savait pas qui il était, qui ne savait pas qu’il était sorcier avant de recevoir une invitation pour l’école des sorciers. Jamais je n’avais été aussi excitée par une idée », se souvient-elle. Elle sait dès le début qu’elle écrira sept tomes, un pour chaque année passée à l’école de Poudlard.

Mais la vie de galère continue. Car en 1990, la même année où Harry Potter voit le jour, Joanne connaît aussi un drame personnel. Sa mère Anne, déjà rendue invalide par une sclérose en plaques, meurt le 30 décembre. Le début des années noires pour Joanne Rowling. « Cet événement changea pour toujours mon univers et celui d’Harry (...) Ce fut une période terrible », raconte-t-elle. Le projet de Harry Potter est sa seule échappatoire. Elle commence à noircir des cahiers de notes dans des cafés. Au fil des années, elle remplira des dizaines de cartons avec ces notes, qui lui permettent de tout planifier, et donneront une grande cohérence à la série.

 

Vidéo : Bande-annonce d’Harry Potter et la chambre des secrets

 

 

La publication

Après sa séparation d’avec son compagnon, Rowling s’envole pour le Portugal, où elle a trouvé un emploi de professeur d’anglais. Elle y rencontre Jorge Arantes. Enceinte, elle l’épouse, alors que leur relation connaît de nombreuses et violentes disputes. Après une fausse couche, Joanne est de nouveau enceinte, et met au monde sa fille, Jessica, le 27 juillet 1993. Mais sa relation prend fin définitivement quatre mois plus tard, et elle retourne en Grande-Bretagne. Elle rejoint sa sœur à Edimbourg. Mère célibataire, elle vit grâce à l’assistance publique. Sans emploi, elle sombre dans la dépression, mais ne lâche pas Harry Potter. Elle promène longuement sa fille, et dès que celle-ci s’endort, rejoint un café pour écrire. « Je me précipitais dans un café pour y écrire comme une folle dès que ma fille dormait », ajoute-t-elle.

En 1996, le premier tome est prêt. Rowling l’envoie à deux agents d’édition. Elle a tapé elle-même à la machine le deuxième exemplaire du manuscrit. L’agence Little l’accepte, et se met en quête d’un éditeur. « C’est très bien ce que tu as fait, mais garde un vrai métier parce que tu ne gagneras jamais ta vie avec les livres pour enfants ». Malgré ce conseil délivré par l’éditeur Barry Cunningham lors de leur première entrevue, Joanne Kathleen Rowling persévère. Après douze refus, Bloomsbury décide de publier l’ouvrage. Le 26 juin 1997, Harry Potter et l’école des sorciers paraît, et se place en tête des ventes dès sa sortie.  C’est la fin de la galère. La route est ouverte pour une saga qui durera dix ans. Et peut- être plus, si les espoirs des lecteurs parviennent à envoûter la plume magique de J. K. Rowling. Elle l’avoue elle- même : « Qui sait ce qui peut se passer dans dix ans ? ».

 

Vidéo : Bande-annonce d’Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban

 

 

« Pottermania »

Si les trois premiers ouvrages furent des best-sellers classiques, la sortie du quatrième volet, en 2000, fait basculer la série dans le surnaturel commercial. Deux millions de livres sterling sont consacrés à la promotion de Harry Potter et la coupe de feu. L’éditeur Bloomsbury ira jusqu’à installer, dans la gare de King’s Cross, à Londres, une reconstitution du «quai 9 3/4», d’où part le train qui emmène les apprentis sorciers vers l’école de Poudlard. Des radios se consacrent toute la journée à l’événement, en France comme en Angleterre. Des soirées sur le thème de la magie sont organisées dans les grandes librairies afin de faire patienter les plus grands fans de la série jusqu’à 00h01, heure à laquelle ils ont pu acheter le précieux livre. D’innombrables fan-clubs de Harry ont vu le jour, et on ne compte plus les sites internet qui lui sont consacrés.

Phénomène de société, la «Pottermania» est aussi un ovni éditorial. De ce côté, le sort le mieux maîtrisé par Harry est sans doute celui de la multiplication des gains. Les sept opus ont été écoulés à plus de 450 millions d’exemplaires à travers le monde.

 

Vidéo : Bande-annonce d’Harry Potter et la coupe de feu

 

 

Bien entendu, Hollywood ne pouvait pas laisser passer pareil succès. Au cinéma, Harry Potter a généré 7,7 milliards de dollars de recettes pour la Warner, productrice des films. Les sortilèges magiques semblent faire plus rêver que les sabres laser ou les guerriers destructeurs: en à peine six ans et cinq films, Harry Potter a surclassé Star Wars et même les vingt-trois aventures de James Bond au hit-parade des profits cinématographiques.

Mais les profits générés par Harry Potter ne sont pas uniquement d’ordre financier. Car le sorcier semble avoir donné le goût de la lecture à de nombreux enfants. C’est un véritable tour de force que J. K. Rowling a réalisé : l’auteur britannique a absorbé toute une génération dans la lecture d’ouvrages de 600 pages en moyenne. Selon Sophie Audouin-Mamikonian, auteur de la série Tara Duncan, J. K. Rowling « a redonné aux enfants le goût de la lecture. Les enfants attendaient un héros proche d’eux et des univers qui les font rêver. Ils étaient dégoûtés par les classiques. Aujourd’hui, certains professeurs travaillent en classe avec Harry Potter […] Ces livres ouvrent leur esprit et après, ils se dirigent vers d’autres lectures. Ce qui compte, c’est que les enfants lisent ».

 

Vidéo : Bande-annonce d’Harry Potter et l’ordre du phénix

 

 

Polémiques

C’est à croire que tout le monde ou presque a un avis sur Harry Potter, et pas seulement les enfants. Et que celui qui n’en a jamais émis jette le premier sort. Certaines institutions voient d’un mauvais œil le succès du sorcier superstar. En 2003, le cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, a jugé dans une lettre que Potter « désagrège l’esprit du christianisme ». Aux Etats-Unis, alors que de nombreux enseignants profitent du succès de Harry pour l’utiliser en classe, des associations de parents redoutent la mauvaise influence du sorcier sur leurs enfants. Elles décèlent dans ses aventures une nette tendance au paganisme. Mais que les églises se rassurent, avec un peu plus de 70 000 000 pages internet le mentionnant, Harry Potter reste moins célèbre que le Christ (environ 155 000 000 de pages).

 

Vidéo : Bande-annonce d’Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé

 

 

Le déchirement

Pour des millions de lecteurs, la sortie du septième épisode fut autant un Graal qu’un déchirement. Depuis le début de la saga, chacun sait que le septième tome sera le dernier. J.K. Rowling l’a régulièrement affirmé. Selon elle, « l’histoire de Harry se termine sur une fin très nette », jugeant «improbable» l’éventualité d’opus supplémentaires. Toutefois, la conclusion apportée par l’épilogue n’est pas suffisant pour mettre un terme aux espoirs des plus fervents amateurs de l’apprenti sorcier. Après la sortie du dernier tome, des dizaines de pétitions ont été lancées sur la toile par la chaîne de librairies britannique Waterstone pour «sauver» Harry. L’attachement des lecteurs aux personnages de la série est tel que Waterstone avait même prévu d’ouvrir une ligne de soutien psychologique, pour aider les plus sensibles à surmonter la mort annoncée par l’auteur de deux personnages importants. De telles démarches témoignent de l’ampleur du phénomène Potter.

 

Vidéo : Bande-annonce d’Harry Potter et les reliques de la mort

 

 

J.K. Rowling, la bonne fée

A l’époque où le personnage d’Harry Potter germe dans son esprit, Joanne Rowling a déjà travaillé pour Greenpeace et Amnesty International. Depuis, elle a su mettre son héros au service de grandes causes. Entre la publication des quatrième et cinquième volets de la saga, elle fait paraître deux ouvrages en lien avec l’univers d’Harry Potter : un sur les animaux fantastiques et leur habitat, un autre sur le quidditch, sport préféré des sorciers. Les profits générés par les ventes sont reversés à Comic Relief. Cette association, fondée en 1985 par des artistes, collecte des fonds avant de les redistribuer à d’autres associations actives sur le terrain, notamment en Afrique, Asie du Sud-Est et Amérique latine.

Rowling est également engagée dans un projet d’aide à des enfants démunis d’Europe de l’Est. Mais l’engagement le plus fort de «Jo» est né du traumatisme laissé par la mort de sa mère. Anne Rowling décède en 1990, à l’âge de 45 ans, emportée par une sclérose en plaques. Sa fille ne s’en remettra jamais. « Pas un jour ne se passe sans que je ne pense à ma mère. Sa mort m’a touchée en profondeur. Ça a changé ma vie ». Aujourd’hui, Joanne est devenue présidente de la MS Society of Scotland, société écossaise de lutte contre la sclérose en plaques.

 

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