Récit fictif, véritable enquête ou témoignages, les attentats du 13-Novembre se sont, au fil des dix dernières années, racontés sous divers formats avec un seul et même objectif : se souvenir.
Il y a eu l'attentat, le bruit des balles, l'odeur de cendres... Et puis il y a eu le choc, la traque, la lente reconstruction des victimes, et le procès. Autant de thématiques abordées depuis cette date funèbre du 13 novembre, où, dix ans plus tôt, la salle de concert du Bataclan et quelques cafés parisiens furent le théâtre d'un attentat meurtrier commandité par Daesh. Film, livre, série... Voici notre sélection pour ne pas oublier ce jour noir de l'année 2015, à travers cinq angles différents.
la reconstruction des victimes dans «Revoir Paris»
Jamais la date du 13 novembre ne sera prononcée dans le long-métrage choral d'Alice Winocour, et pourtant il en est imprégné. L'attentat du film place son décor dans une brasserie parisienne, où Mia, brillamment interprétée par Virginie Efira, s'est réfugiée un soir d'orage. Viennent alors les premiers coups de feu, les corps inertes, et le trou noir pour la protagoniste, dont la mémoire a préféré s'échapper plutôt que d'affronter l'horreur. Quelques mois plus tard, à travers une association de victimes qui organise des rencontres entre survivants, Mia fait la connaissance de Thomas, un Benoît Magimel hypermnésique qui aurait, lui, préféré tout oublier. A travers cette rencontre, les deux écorchés tâtonnent, mais avancent, main dans la main, vers une lente reconstruction pour rapprivoiser les rues de la capitale. Un film bouleversant et nécessaire pour comprendre le cheminement des victimes et faire ressurgir l'espoir là où on le pensait enfoui à jamais.
«Revoir Paris», d'Alice Winocour, disponible sur Canal+.
le récit de policiers ordinaires dans «Nous avons l'honneur de vous rendre compte...»
Ils étaient parmi les premiers à arriver sur les lieux après le crépitement affolé des radios le soir du 13 novembre. Ces policiers du quotidien, en service dans les commissariats alentours ou en patrouille près des terrasses ou du Bataclan, ont franchi les portes de l'horreur, invisibilisés par l'intervention de la BRI quelques instants plus tard. Si certains avaient déjà côtoyé la monstruosité dont l'humain peut faire preuve, à l'image d'Igor, présent lors de l'attentat de la gare Saint-Michel, d'autres pensaient intervenir sur un simple règlement de comptes. Malgré la peur et la vision de ces corps sans vie entassés dans l'odeur de poudre et de fer, ces policiers ont tendu des mains et mis à l'écart des victimes loin du regard barbare des terroristes. Une nuit cauchemardesque, puis un réveil brutal, où la terreur demeure prégnante. Dans un ouvrage qui se veut porte-voix, ces gardiens de la paix témoignent de l'enfer, avec des trajectoires uniques et un regard inédit dix ans après le drame.

«Nous avons l'honneur de vous rendre compte...», de Yvan Assioma, éd. Fayard, 21,90 euros.
La mythomane du Bataclan dans la série «UNe amie dévouée»
Dans «Une amie dévouée», l'actrice Laure Calamy campe une femme accrochée au mensonge comme à une bouée, poussant le vice si loin que l'on évincera son identité au profit du surnom de «Mythomane du Bataclan», qui inspirera un livre du même nom. De cette enquête minutieuse, menée par le journaliste Alexandre Kaufman, est née une série fictive, où chaque épisode nous plonge dans le quotidien de Chris, qui n'a connu l'horreur du 13 novembre qu'à travers les différents témoignages publiés sur les réseaux sociaux. S'ouvre alors la spirale du mensonge pour la protagoniste, fan de rock, qui prétend avoir un proche en réanimation suite à l'attentat du Bataclan. Sans sourciller, celle pour qui l'intégrité rime avec fadeur participe à la création d'une association de victimes, Stand for Paris, et se mue en épaule sur laquelle peuvent pleurer les victimes de la barbarie, les vraies. Un thriller psychologique explorant les limites floues entre empathie et manipulation, à travers la solitude d'une femme qui, à chaque pas en avant, s'éloigne de la vérité.
«Une amie dévouée», de Jean-Baptiste Delafon et Fanny Burdino, disponible sur HBO Max.
«la cellule», une plongée dans la traque en bande-dessinée
Elle n'a jamais été improvisée mais minutieusement préparée, cette nuit du 13 novembre, pilotée par l'Etat islamique et à jamais défigurée en bain de sang. Dans «La Cellule», le grand reporter Soren Seelow et le chercheur Kévin Jackson portraiturent ces bras armés de Daesh, de manière clinique, en s'aidant des informations des services de renseignements, des écoutes téléphoniques et des dossiers judiciaires. Une lecture brute et neuve sur la genèse de cet attentat et une plongée, parfois décrite heure par heure, dans la course contre la montre engagée face aux djihadistes. Sous les traits, d'après photos, criants de réalisme de Nicolas Otéro, le lecteur se glisse aux côtés de ces femmes et de ces hommes déterminés à remonter le fil qui a conduit au massacre, sans jamais tomber dans l'hagiographie. Une enquête vertigineuse, une dramaturgie rigoureuse et un ouvrage précieux pour celles et ceux qui souhaitent en apprendre plus sur la traque entamée il y a une décennie dans un pays en état d'urgence.

«La Cellule», de Soren Seelow, Kevin Jackson et Nicolas Otero, éd. Les Arènes, 24,90 euros
Les confidences d'une avocate dans «le terroriste»
Elle a choisi, malgré elle, de devenir un personnage central de ce que l'on a appelé «Le Procès du Siècle». Le quotidien de Maître Olivia Ronen, seulement 28 ans à l'époque, bascule le jour où un courrier, signé du nom de Salah Abdeslam, lui parvient. Il souhaite la rencontrer. «Pourquoi l'avocate Olivia Ronen a t-elle accepté de défendre le seul terroriste encore en vie qui composait le commando des attentats du 13-Novembre à Paris ?», autour de cette question centrale s'articule un podcast à la touchante sincérité, où la femme de droit s'épanche au micro de la journaliste Noémie Schulz. Huit épisodes, dans lesquels sont disséqués chronologiquement la construction de la défense de «l'indéfendable», celle d'un homme jugé pour la mort de 130 personnes. De cette fameuse lettre jusqu'au procès V13, en passant par le premier parloir, Olivia Ronen se livre pour la première fois sans fard, sur ces années qui l'ont ébranlé, et desquelles sont aussi nés des doutes et des regrets.

«Le Terroriste», par Europe 1 Studio, à écouter sur toutes les plates-formes et le site Europe1.fr.