La Grèce demande de l'argent à l'Europe après son défaut

Alexis Tsipras, premier ministre de la Grèce.[YANNIS BEHRAKIS / POOL / AFP]

La Grèce doit une nouvelle fois tendre la main à ses partenaires de la zone euro qui vont examiner mercredi ses propositions afin d'obtenir une aide financière, au lendemain de son défaut vis-à-vis du FMI.

 

A court d'argent, Athènes n'a pas pu honorer mardi le remboursement de 1,5 milliard d'euros dus au Fonds monétaire international, devenant ainsi le premier pays industrialisé à faire défaut vis-à-vis de l'institution.

"Je confirme que le remboursement (...) dû au FMI par la Grèce aujourd'hui n'a pas été reçu", a indiqué mardi le porte-parole du FMI Gerry Rice dans un communiqué.

Conséquence immédiate : Athènes est privé d'accès aux ressources financières du FMI et le restera tant qu'il n'aura pas épuré sa dette envers l'institution qui essuie, elle, le plus lourd défaut de son histoire.

Parallèlement, le volet européen du plan d'aide à la Grèce a comme prévu pris fin à 22H00 GMT, privant le pays de 16 milliards d'euros d'aide en tout genre (prêts, bénéfices sur les obligations détenues par la BCE, fonds pour les aides).

L'Eurogroupe doit reprendre mercredi matin pour examiner les propositions d'Athènes qui a demandé mardi un nouveau plan d'assistance financière.

Privé d'argent frais des institutions (FMI, UE, BCE) qui l'ont mis sous perfusion financière depuis 2010, le pays ne doit désormais plus sa survie financière qu'à l'aide d'urgence apportée à ses banques par la BCE.

Les conséquences sont difficiles à prévoir mais le président américain Barack Obama a mis en garde mardi contre "un impact significatif" de la crise sur la croissance européenne.

Les marchés asiatiques n'ont pas pâti du défaut de la Grèce et étaient pour la plupart en hausse mercredi. En revanche, les cours du pétrole continuaient de baisser en Asie. 

"La crise de la dette grecque a pu alimenter les inquiétudes quant à un effet de contagion dans la zone euro, ce qui signifie que l'on pourrait assister à une baisse de la demande de brut couplée à un ralentissement potentiel de la croissance", a commenté Bernard Aw, analyste chez IG Markets à Singapour.

 

Coup de théâtre

La Grèce avait certes prévenu qu'elle ne rembourserait pas le Fonds monétaire international qu'elle accuse de "comportement criminel" pour avoir imposé des cures d'austérité drastiques à sa population.

Mais les autorités avaient toutefois tenté un ultime tour de passe-passe en tentant d'activer une clause exceptionnelle du FMI lui permettant d'obtenir un report de son paiement.

Le conseil d'administration du FMI a bien commencé à examiner cette requête mais devra se réunir ultérieurement pour l'approuver ou la rejeter.

"C'est une triste page d'un triste chapitre. Le FMI a pris des risques énormes avec ce plan d'aide", a dénoncé auprès de l'AFP le représentant brésilien au FMI, Paulo Nogueira Batista, s'exprimant à titre personnel.

Plus tôt mardi, la Grèce avait tenté un autre coup de théâtre en faisant de nouvelles propositions à ses créanciers européens après la rupture des négociations samedi et l'approche d'un référendum crucial dimanche sur la poursuite du plan d'aide.

Dans le détail, la Grèce a demandé à l'Eurogroupe de pouvoir conclure avec le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de soutien de la zone euro, un accord sur deux ans permettant de couvrir ses besoins financiers, soit environ 30 milliards d'euros, tout en restructurant sa dette, a fait savoir le bureau du Premier ministre Alexis Tsipras.

La Grèce a même laissé entendre qu'elle pourrait suspendre l'organisation du référendum prévu le 5 sur les propositions de ses créanciers si les négociations reprenaient avec l'Union européenne, a indiqué une source européenne proche des discussions.

Cette idée d'un troisième plan d'aide, via le MES, va être étudiée "via les procédures normales", a affirmé Alexander Stubb, le ministre finlandais des Finances, après une conférence téléphonique de l'Eurogroupe en début de soirée.

Plus tôt dans la journée, la chancelière allemande Angela Merkel avait fermé la porte à toute discussion sur le sujet en affirmant que l'Allemagne n'était pas prête à discuter d'une nouvelle demande d'aide d'Athènes avant dimanche, jour du référendum. 

Mme Merkel et son ministre des Finances Wolfang Schäuble doivent s'exprimer mercredi devant les députés du Bundestag lors d'un débat sur la Grèce.

Le ministre de l'Economie allemand Sigmar Gabriel avait, lui, conditionné de nouvelles discussions à l'annulation du scrutin.

 

 

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