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«Classés sans suite» : quelle est cette plate-forme qui permet aux victimes de violences sexuelles de livrer leurs témoignages ?

Plus de 6.100 témoignages recueillis sur la plateforme «Classés sans suite» [Anna Margueritat / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP]

Depuis la mort de Lyhanna, la plate-forme «Classés sans suite» a explosé. Depuis ce jeudi, il est impossible de nommer les agresseurs dans le témoignage. Voici ce qu'il faut savoir de ce site.

Près de 6.150 témoignages ont été recueillis en quelques jours seulement comme l'indique le site «Classés sans suite» ce vendredi. Depuis la mort de Lyhanna et la mise en examen de Jérôme Barella, la plate-forme  permet aux victimes de violences sexuelles de raconter leur histoire (agressions, viols, inceste). Mais jeudi 18 juin, le collectif à l'origine de ce site a annoncé supprimer la possibilité d'identifier les agresseurs présumés.

Aucune donnée personnelle conservée

Sur l'accueil du site sont communiqués les chiffres en temps réel du nombre de témoignages, de plaintes ignorées, de départements concernés et de connexions en cumulées. Il est ensuite possible d'accéder à une carte interactive montrant le nombre de signalements par ville. Puis une autre page recense les associations et ressources pouvant aider les victimes ou leurs proches. Enfin et surtout, il vous est possible de témoigner.

Avant de commencer, la plate-forme pose des conditions. Elle prévient d'abord qu'aucune donnée personnelle n'est conservée sauf si vous acceptez d'être recontacté pour des investigations journalistiques. Derrière, c'est à vous de rappeler la date et le lieu des faits avant de raconter en détail ce que vous avez vécu. Attention ! Depuis ce jeudi, la plate-forme vous interdit de mentionner des noms, que ce soient le vôtre, celui de l'agresseur ou d'éventuels témoins. La présomption d'innocence devant être respectée.

«La justice, c'est dans les tribunaux !»

«Nommer une personne dans un témoignage expose la victime à des poursuites, même quand les faits ont été signalés aux autorités, même quand une enquête a été ouverte», ont expliqué les fondateurs à l'AFP. Clémence Andrieux, une des membres, ajoute : «Témoigner de ce qu'on a vécu n'est pas rendre un verdict. Mais nous ne pouvons pas, en conscience, laisser des personnes vulnérables exposées à ce risque pendant que nous menons ce combat».

Cette démarche indigne Anne Bouillon, avocate depuis vingt ans dans la défense des femmes victimes de viols et d'agressions : «J'entends parfaitement ce besoin de pouvoir s'exprimer, dire et dénoncer. Mais la justice, c'est dans les tribunaux !»

Selon les chiffres de 2023 donnés par le ministère de la Justice, 70% des plaintes pour viol en France sont classées sans suite.

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