C'est l’heure du Fifagate ! par Pierre Ménès

Pierre Ménès.[A MEUNIER / ICON SPORT / POUR DIRECTMATIN]

Pierre Ménès est une figure du paysage footballistique français. Ancien reporter à L’Equipe, cette intarissable grande gueule officie aujourd’hui en qualité d’expert pour le Canal football club. Il tient sa chronique dans les colonnes de Direct Matin.

 

La saison se terminait tranquillement. On attendait l’été et les transferts le verre de jus d’orange à la main et les lunettes de soleil sur le nez. Mais il se passe toujours quelque chose dans le foot. Et hélas, pas toujours sur le terrain. Mercredi matin, à la fraîche, les autorités suisses ont arrêté six membres de la Fifa pour corruption à Zurich. Révélée par le New York Times, l’affaire porte sur des dessous de table de plusieurs millions d’euros depuis les années 1990 à aujourd’hui.

Les suspects devraient rapidement être extradés aux Etats-Unis. Ils seraient impliqués dans différentes affaires de corruption et de blanchiment d’argent remontant aux vingt dernières années. Le Wall Street Journal avance que les inculpations devraient être rendues publiques par un tribunal fédéral de Brooklyn. L’enquête se focaliserait sur la Concacaf, la confédération d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes.

De leur côté, les autorités suisses ont confirmé les six interpellations. «La police cantonale a arrêté six fonctionnaires du football à la demande des autorités américaines, explique l’Office fédéral de la justice. Des représentants des médias sportifs et de sociétés de marketing sportif seraient impliqués dans des versements à de hauts fonctionnaires d’organisations footballistiques (des délégués de la Fifa et d’autres personnes appartenant à des organisations affiliées à la Fifa) en échange de droits médiatiques et des droits de marketing de compétitions organisées aux Etats-Unis et en Amérique du Sud.»

 

Une lamentable histoire

Les suspects font l’objet d’une demande d’extradition. Ils vont être entendus par la police de Zurich. Ceux qui accepteront leur extradition feront l’objet d’une procédure simplifiée. Pardonnez-moi pour ce long passage un brin procédurier, mais il était indis­pensable de bien planter le décor de cette lamentable histoire.

Lamentable et étonnante ? Evidemment, non. Comment imaginer qu’une organisation aussi riche et puissante que la Fifa puisse accorder l’organisation d’une Coupe du monde à un pays comme le Qatar grand comme l’Ile-de-France et où il fait 50 °C au mois de juin (au point de vouloir organiser un Mondial en hiver au mépris de tous les championnats majeurs) sans que certains aient été couverts de «cadeaux». On peut penser que ce Mondial est certainement dans les tuyaux des enquêteurs.

 

Platini veut du changement

Si le nom de Sepp Blatter, l’omnipotent président de la Fifa, a miraculeusement échappé à ce coup de filet, tout le monde sait qu’il est la première personne visée. On peut déjà lui faire le reproche de ne pas tenir ses troupes, pour rester aimable. La Fifa doit désigner aujourd’hui même son nouveau président, enfin plébisciter une fois de plus Sepp Blatter qui ne rêve qu’à une seule chose : le prix Nobel de la paix. Ne rigolez pas, c’est vrai. 

Evidemment, tout le monde lui tombe dessus : Luis Figo, Diego Maradona, qui l’a toujours haï. L’UEFA a demandé le report du Congrès de l’instance et du scrutin présidentiel. Gianni Infantino, le secrétaire général de l’institution européenne, l’a annoncé ce mercredi soir à Varsovie, où s’est jouée la finale de la Ligue Europa. Michel Platini sans surprise, a lui demandé hier le départ de Sepp Blatter. Entre les deux, c’est la guerre. Une autre vision du foot. Je me souviens du dîner lors de la dernière remise du Ballon d’or de la Fifa à Zurich. Michel Platini s’était retrouvé seul et humilié à une table où la moyenne d’âge dépassait joyeusement les 70 ans. Ce n’est pas une façon de traiter les gens. Ça manque de classe. Tellement.

Après, il est bien évident que diriger le foot mondial est une tâche ardue. Que les enjeux politiques et géopolitiques sont omniprésents. Et que les tentations doivent être très fortes et perturbantes. Mais les responsabilités de la Fifa sont immenses. Et le devoir d’exemplarité totale. Pour le jeu. Vous savez le jeu,  le truc qu’on oublie tout le temps.

 

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