Juifs et musulmans opposés au Conseil de l'Europe sur la circoncision

Roger Cukierman, président du Crif. [PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP]

Les communautés juives et musulmanes sont montées au créneau ces derniers jours pour protester contre la résolution adoptée le 1er octobre par l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe et portant sur "le droit des enfants à l'intégrité physique". Retour sur la polémique.

 

Le 1er octobre, l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe adoptait la résolution 1952 portant sur "le droit des enfants à l'intégrité physique". Dans cette résolution l'assemblée parlementaire se dit "particulièrement préoccupée par une catégorie particulière des violations de l’intégrité physique des enfants, que les tenants de ces pratiques présentent souvent comme un bienfait pour les enfants". Et de citer "les mutilations génitales féminines, la circoncision de jeunes garçons pour des motifs religieux, les interventions médicales à un âge précoce sur les enfants intersexués, et les piercings, les tatouages ou les opérations de chirurgie plastique".

Cette résolution n'interdit pas la pratique de la circoncision mais l'Assemblée invite notamment les 47 Etats membres à "définir clairement les conditions médicales, sanitaires et autres à respecter s'agissant des pratiques qui sont aujourd'hui largement répandues dans certaines communautés religieuses".

Mais c'est le fait de placer la circoncision au même titre que les mutilations génitales féminines (l'excision) qui ont choqué les communautés juives et musulmanes.

 

Vives protestations du Crif et du CFCM

Ainsi, le Crif (Conseil représentatif des Institutions juives de France) a lancé jeudi 17 octobre une pétition pour protester contre la résolution. Le Crif estime qu'elle est "une remise en cause inacceptable de la liberté religieuse" et "porte atteinte à l'essence même du judaïsme et des traditions". Le Crif souligne également que la résolution est "insultante quand elle met sur un pied d'égalité la circoncision et à l'excision". De nombreuses personnalités politiques, religieuses et civiles ont signé la pétition.

 

 

 

Dans l'édition du Monde datée de vendredi 25 octobre, le Congrès Juif Mondial, le Congrès Juif Européen et le Crif ont publié sur une pleine page un communiqué intitulé "Non à la remise ne cause de la circoncision". Evoquant une "très grande démagogie" et une "totale mauvaise fois", le communiqué affirme que "le respect de la liberté religieuse de chacun impose que cette résolution ne soit pas mise en œuvre".

La communauté musulmane a également réagi à la résolution du Conseil de l'Europe. Dans un communiqué, le CFCM (Conseil français du culte musulman) dénonce ainsi une "initiative tendant à stigmatiser une pratique religieuse fondamentale pour les musulmans". La circoncision est "un acte rituel instauré par la Tradition prophétique, qui est un devoir essentiel des parents envers leurs enfants mâles".

Ce n'est pas la première fois que la circoncision est au cœur d'un vif débat. L'année dernière, une décision judiciaire en Allemagne, qui affirmait que "l'acte de circoncision réalisé au nom d'une religion était une blessure corporelle, contraire à l'intérêt de l'enfant" avait provoqué un tollé. 

 

Les autorités allemandes défendent la circoncision 

Juifs et musulmans manifestent à Berlin pour la circoncision

 

 

 

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