Sivens : en théorie, les grenades ne peuvent pas tuer

Des opposants au projet de barrage construisent une barricade à Sivens (Tarn), le 27 octobre 2014.[REMY GABALDA / AFP]

Les grenades utilisées actuellement par les forces de l'ordre lors de manifestations, dont l'une pourrait être à l'origine de la mort de Rémi Fraisse, ne peuvent pas à elles seules tuer, sauf improbable concours de circonstances, affirment des spécialistes interrogés par l'AFP.

 

C'est la question au coeur de l'enquête sur la mort dimanche de ce manifestant de 21 ans sur le site du barrage contesté de Sivens dans le Tarn : est-ce qu'une grenade utilisée par les gendarmes a pu provoquer ce décès?

Les forces de l'ordre, gendarmes et policiers, emploient - outre les grenades lacrymogènes - deux types de grenades lors de manifestations comme celle de Sivens: celles dites de +désencerclement+ ou +assourdissantes+, et celles dites +offensives+.

Les premières contiennent de petites billes en plastique qui éclatent de façon fragmentée au moment de l'explosion, et "peuvent éventuellement blesser très légèrement, mais c'est très rare", selon une source policière travaillant dans le maintien de l'ordre.

Les secondes, qui elles ne contiennent rien, sont en revanche plus puissantes. "Cela provoque un bon effet de souffle et pas mal de bruit", explique une source sécuritaire.

Ce genre de grenade peut provoquer parfois de graves blessures. "Il suffit qu'un manifestant prenne à la main une grenade offensive au moment où elle explose et il peut avoir la main arrachée, c'est déjà arrivé", a expliqué cette source.

L'utilisation de l'une ou l'autre de ces grenades dépend de la situation et de l'appréciation des forces de l'ordre, qui, lorsque cela est possible, doivent prévenir les manifestants que des grenades vont être tirées.

 

Des spécialistes catégoriques

Mais en tout cas, les spécialistes sont catégoriques : ces deux types de grenades ne peuvent, seules, tuer. "Ça peut faire mal, une +offensive+ peut t'arracher une main ou un pied mais ça ne tue pas", assure une source policière. "On peut toujours imaginer le cas d'un manifestant qui se jette sur une grenade et qu'elle explose sous lui au niveau du coeur. Mais même là, cela semble difficile", assure un gendarme sous couvert d'anonymat.

Dans l'hypothèse où l'une de ces grenades aurait provoqué la mort de Rémi Fraisse, tous évoquent une combinaison avec un autre élément.

"Si ce manifestant avait dans son sac à dos un fumigène, un réchaud à gaz, un explosif maison, genre bombe agricole ou même peut-être un aérosol, alors là, il est possible que la combinaison avec une grenade entraîne une blessure mortelle", assure ce gendarme. "Mais il faudrait dans ce cas que la grenade tombe dans son sac. Ce serait vraiment un scénario improbable", ajoute-t-il.

Des examens pratiqués sur le corps du manifestant pourraient donner des indications sur la nature de l'explosif qui lui a coûté la vie. "Si par exemple on retrouve un peu de plastique sur le corps, cela pourrait pouvoir dire qu'une grenade de désencerclement est impliquée. Après, savoir qui l'a tirée, c'est encore une autre question", s'interroge la source policière.

 

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