Bettencourt : le procureur évoque un Banier "menteur" et cupide"

François-Marie Banier, le 20 février 2015, à Bordeaux.[MEHDI FEDOUACH / AFP]

Le Procureur adjoint Gérard Aldigé a réservé vendredi les premières attaques de son réquisitoire dans le procès Bettencourt à François-Marie Banier, "menteur" et "flagorneur" qui tenait sous son "emprise totale" une Liliane Bettencourt "vulnérable" pour lui soutirer des centaines de millions d'euros.

 

Sans la plainte de Françoise Bettencourt-Meyers, fille unique de la femme la plus riche de France, à l'origine de l'affaire, l'ex-confident de la milliardaire, jugé à Bordeaux pour "abus de faiblesse" et "blanchiment" portant sur plus de 400 millions d'euros, "serait devenu, au décès de Liliane Bettencourt, l'un des hommes les plus riches de France!", a résumé le Procureur adjoint.

Pour illustrer "la capacité de manipulation hors du commun" de François-Marie Banier, il a commencé par égrener la longue liste des cadeaux, legs et donations, par millions, que la richissime héritière du groupe de cosmétiques L'Oréal avait consenti au photographe, dès les années 1990 et donc bien avant les faits jugés à Bordeaux depuis le 26 janvier.

Pour Gérard Aldigé, Liliane Bettencourt est comme une "midinette", "secrètement amoureuse" même de l'artiste de 25 ans son cadet, qui se livre à un "jeu de séduction" pervers avec la multimilliardaire. "Il lui passe la brosse à reluire, thuriféraire, flagorneur", et "se comporte comme le renard des Fables de La Fontaine" pour obtenir ces largesses, résume le Procureur adjoint, qui a suivi le tentaculaire dossier Bettencourt au Parquet de Bordeaux depuis l'automne 2010.

Et de citer des lettres de 2005, révélatrices, selon lui, de la capacité de François-Marie Banier à séduire mais aussi "à culpabiliser et intimider son interlocutrice", déjà âgée à l'époque de 83 ans, pour "lui rappeler ses promesses de lui donner beaucoup, beaucoup d'argent".

 

Banier, "avidité faite homme"

Mais, pour Gérard Aldigé, c'est surtout à partir de fin 2006 et l'accident à la suite duquel la milliardaire se retrouve en état de faiblesse que les "manigances" de Banier se font jour.

Pour preuve, il cite une lettre, dactylographiée par la propre secrétaire de Banier et portant la "signature tremblante et éminemment suspecte" de Liliane Bettencourt qui oublie le "t" final à son nom, mais fait de l'artiste le bénéficiaire d'une assurance-vie d'un montant de 262 millions d'euros. "Il a lui-même tout mis en place pour obtenir ce qu'il cherchait depuis des années".

"Et contrairement à ce qu'il affirme", le photographe est bien le "commanditaire du testament" par lequel la milliardaire fait de lui, fin 2007, son légataire universel, quelques jours seulement après la mort de son mari, l'ancien ministre gaulliste André Bettencourt. "Ce qui suffit à caractériser l'état de faiblesse" aux yeux de la loi, souligne le Procureur adjoint.

François-Marie Banier, "faux ingénu, pitoyable menteur, avidité faite homme", encourt une peine maximale de cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende. 

 

Vous aimerez aussi

Procès Affaire Bettencourt : les «écoutes» rejugées
Liliane Bettencourt le 12 octobre 2011 à Paris [FRANCOIS GUILLOT / AFP/Archives]
Liliane Bettencourt Affaire Bettencourt : la Cour d'appel rend sa décision
Affaire Bettencourt Affaire Bettencourt : Banier et Maistre font appel

Ailleurs sur le web

Derniers articles