Najat Vallaud-Belkacem : "L'échec scolaire n'est pas une fatalité"

La ministre de l'Education veut impliquer tous les acteurs dans la lutte contre l'échec scolaire. La ministre de l'Education veut impliquer tous les acteurs dans la lutte contre l'échec scolaire.[©DESSONS/JDD/SIPA]

Le décrochage scolaire, au coeur d'une journée de mobilisation ce mercredi 23 septembre, touche chaque année plus de 100 000 jeunes. Un fléau contre lequel la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, reste mobilisée.

 

Elle participera mercredi après-midi à la Journée nationale de refus de l’échec scolaire, organisée pour la 8e année consécutive par l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev). L’objectif : venir en aide aux élèves ayant quitté le système scolaire sans aucun diplôme. Le ministère de l’Education nationale a fait de cette lutte une de ses priorités depuis trois ans, en agissant sur plusieurs fronts à la fois.

 

Environ 150 000 jeunes décrochent du système scolaire par an. Est-il important de rappeler aux Français l’ampleur du problème ?

C’est primordial. Le refus de l’échec scolaire est un axe structurant de notre politique éducative, d’autant que lorsque l’on regarde les chiffres, il existe une corrélation très forte entre l’échec et la catégorie sociale de l’enfant. C’est pourquoi il faut lutter contre la reproduction sociale à l’école, et réduire les écarts de réussite entre enfants. Il ne faut abandonner aucun élève au bord du chemin. Car l’échec scolaire peut être évité, il n’est pas une fatalité.

 

Ce phénomène est-il en augmentation cette année ? 

En novembre, un an après le lancement d’un grand plan de lutte contre le décrochage scolaire, nous feront le point sur les chiffres, qui sont à la baisse. Car nous nous sommes vraiment engagés dans une dynamique très forte.

 

Justement, comment l’Education agit-elle face à l’échec des élèves ?

Depuis 2012, avec 25 000 places créées, nous veillons à ce que les enfants soient accueillis le plus tôt possible grâce à la préscolarisation avant l’âge de 3 ans. Les difficultés, y compris dans la pratique du langage, se creusent en effet dès le plus jeune âge. Dans nos réformes, il y a aussi celle des programmes, entrée en vigueur en maternelle cette année, et en primaire et au collège l’an prochain. Nous y mettons l’accent sur l’apprentissage, là encore, du langage. Et bien sûr, pour mener a bien tout cela nous veillons depuis 2012 à avoir en nombre des enseignants formés et davantage de moyens pour les établissements qui souffrent de situations sociales difficiles.  En éducation prioritaire comme en zone rurale.

 

Quel rôle tient alors votre plan contre le décrochage ?

Il contient des mesures permettant aux jeunes d’être aidés pendant leur scolarité. Nous expérimentons par exemple la possibilité laissée à un jeune décrocheur de pouvoir sortir du système pour aller faire un stage en entreprise ou un service civique, tout en restant sous statut scolaire. Il revient plus motivé. Nous développons la formation des enseignants à repérer les signes du décrochage, à répondre aux besoins par des pédagogies différenciées. Cette année, l’évaluation des élèves de CE2, en français et en maths a aussi été mise en place pour repérer l’échec et y remédier, et non l’attendre.

 

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Crédit : ©DESSONS/JDD/SIPA

 

Et concernant les décrocheurs qui sont déjà sortis du système ? 

Nous avons créé depuis l’an dernier, pour les jeunes âgés jusqu’à 25 ans, un droit à un retour dans le système scolaire. S’ils se manifestent, un conseiller les aide à trouver une solution qualifiante dans leur académie. Ainsi, nous changeons la vision de l’école : les jeunes peuvent se tromper et ne pas en pâtir, ne pas tirer un trait définitif sur leur scolarité. Et nous allons également au devant de ceux qui quittent le système éducatif sans qualification et ne prennent pas contact spontanément.

 

Des efforts sont-ils à fournir en amont, sur l’orientation ?

Beaucoup de ces jeunes décrocheurs ne trouvent pas de sens aux savoirs transmis à l’école. Mais si on leur parle des métiers à la clé, de leurs rêves, de leurs ambitions, qu’on les éclaire sur les moyens d’y arriver, c’est une source de persévérance. C’est pourquoi, grâce à la réforme du collège, plutôt que d’attendre la fin de la troisième pour découvrir l’entreprise, l’élève le fera dès la sixième avec des journées dédiées et des visites de chefs d’entreprises dans les classes. 

 

Des voix s’élèvent pour que d’autres acteurs que l’école soient intégrés à la lutte contre l’échec scolaire. Y êtes-vous favorable ?   

L’école est confrontée à des défis si nombreux et si amples qu’elle n’arrivera pas à les relever seule. Nous l’avons vu après les attentats de janvier. Il faut que tous les acteurs, les parents, les institutions, les associations, les collectivités locales, les citoyens, se serrent les coudes. L’alliance éducative doit prévaloir contre l’échec scolaire.

 
 
 
Le problème en chiffres :
 
620 000 jeunes âgés de 18 à 24 ans se trouvent aujourd’hui sans diplôme du second cycle du secondaire, et restent durablement sans formation.
 
• 140 000 élèves du pays sortent chaque année du système de formation initiale sans avoir obtenu un diplôme professionnel ou le baccalauréat.
 
• 48 % des enfants décrocheurs sont issus d’une famille dont les parents sont ouvriers, pour seulement 5 % d’enfants de travailleurs cadres.
 
• 7 élèves sur 10 concernés par le décrochage scolaire ont un parcours de vie «difficile», confrontés au divorce de leurs parents ou à une maladie grave.
 
• 29 % des décrocheurs font partie d’une famille nombreuse, ayant plus de trois frères et sœurs.
   
(Sources : Insee, gouvernement.fr)
 

 

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