Les époux Balkany jugés à partir de lundi pour fraude fiscale et blanchiment

Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret et Isabelle Balkany, première adjointe au maire de Levallois-Perret, lors du conseil municipal de la ville, le 15 avril 2019 [STEPHANE DE SAKUTIN / AFP/Archives] Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret et Isabelle Balkany, première adjointe au maire de Levallois-Perret, lors du conseil municipal de la ville, le 15 avril 2019 [STEPHANE DE SAKUTIN / AFP/Archives]

De somptueuses villas à Marrakech et dans les Caraïbes, des fonds «occultes» transitant par le Panama ou Singapour... Soupçonnés d'avoir dissimulé plus de 13 millions d'euros d'avoirs au fisc, les édiles de Levallois-Perret Patrick et Isabelle Balkany sont jugés à partir de lundi à Paris, notamment pour fraude fiscale et blanchiment.

Le tonitruant maire LR de cette riche commune de l'ouest parisien et son épouse, première adjointe, doivent comparaître jusqu'au 20 juin devant la 32e chambre correctionnelle, spécialisée dans les affaires financières de haute volée.

Une incertitude plane toutefois sur le maintien du procès, car Isabelle Balkany a été hospitalisée le 1er mai après avoir absorbé des médicaments. Elle venait de dire sur Facebook sa lassitude devant une «instruction exclusivement à charge».

Interrogé vendredi par l'AFP sur son état de santé, son avocat a opposé «le secret professionnel, le secret médical et le secret de la vie privée».

Les juges d'instruction avaient débuté leur enquête en 2013 après des révélations de Didier Schuller, un ancien allié du couple.

Ils accusent aujourd'hui les Balkany de «blanchiment à grande échelle» entre 2007 et 2014: d'avoir dissimulé au fisc des revenus et un patrimoine «occultes» à hauteur «au minimum» de 13 millions d'euros.

En particulier deux propriétés cachées derrière «des montages de plus en plus sophistiqués» entre Suisse, Liechtenstein, Singapour ou Panama, «dans le souci de ne pas apparaître comme les véritables propriétaires».

Peignoirs brodés

La première, la villa Pamplemousse, acquise en 1997 par une société constituée au Liechtenstein par une fiduciaire suisse, est sise à Saint-Martin, aux Antilles.

Isabelle Balkany, 71 ans, a fini par reconnaître qu'elle en était propriétaire, expliquant l'avoir achetée avec l'argent d'un héritage familial. Son époux, 70 ans, en est officiellement bénéficiaire depuis 2004.

La seconde propriété, la villa Dar Gyucy de Marrakech, est entourée d'un montage beaucoup plus sophistiqué, détenue depuis 2010 par une SCI marocaine propriété d'une société panaméenne, Hayridge. Cette dernière est au nom de Jean-Pierre Aubry, l'homme de confiance de Patrick Balkany à Levallois.

Les Balkany, qui y ont maintes fois séjourné, ont constamment nié en être propriétaires. Mais les juges sont formels: ils sont les «seuls bénéficiaires" du riad, où des peignoirs brodés aux initiales «PB» ont été retrouvés.

Surtout, les enquêteurs ont laborieusement remonté la trace de l'argent.

Ils ont fini par établir que le prix de vente officiel de la villa, 2,75 millions d'euros, a été payé par l'homme d'affaires saoudien Mohamed Al Jaber au moment où celui-ci négociait un projet de tours jumelles à Levallois. Selon les juges, il s'agit d'argent de la corruption.

Par ailleurs, 2,5 millions d'euros supplémentaires ont été réglés via le compte singapourien d'une autre société panaméenne. Cet argent provient selon les enquêteurs d'une commission versée à Patrick Balkany par un industriel belge, George Forrest, contre son aide pour un contrat en Afrique. Ce que réfute M. Balkany.

«Petit matelas»

Les investigations sont remontées bien au-delà de la période 2007-2014 qu'elles ciblent, sans pouvoir retracer l'origine de tous les fonds.

Les juges estiment que Patrick Balkany a été «à la tête d'un véritable réseau de sociétés offshore» mis en place dès la fin des années 1980, quand son ancien compère Didier Schuller déposait en Suisse des «espèces provenant d'entreprises du BTP soucieuses de financer» le RPR.

En 2016, le baron de la droite avait fini par admettre avoir détenu des avoirs non-déclarés en Suisse, un héritage selon lui.

L'enquête a aussi mis au jour les fortes sommes en liquide utilisées par le couple, notamment plus de 87.000 euros payés dans une agence de voyages.

«J'avais un petit matelas de réserves que je n'ai plus», avait commenté devant les juges Patrick Balkany, qui selon une employée de maison «avait régulièrement des espèces dans les poches de son peignoir».

La justice a saisi le riad, le produit de la vente de la villa Pamplemousse et le moulin de Giverny, où résident les Balkany dans l'Eure.

Le couple comparaîtra notamment pour «fraude fiscale» et «blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée», et Patrick Balkany pour «corruption passive» et «prise illégale d'intérêts».

Le Saoudien Al Jaber devra répondre de «corruption active». Seront également jugés Jean-Pierre Aubry et l'ancien avocat Arnaud Claude pour leur «rôle central» dans le montage autour du riad de Marrakech. Enfin, le fils Balkany, Alexandre, sera jugé pour avoir cherché à «couvrir" ses parents en signant des baux de location fictifs pour cette villa.

Contacté par l'AFP, l'avocat de Patrick Balkany n'a pas donné suite.

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