Le choix d'Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale, après la défaite de la majorité présidentielle aux élections européennes, est un défi de taille pour les partis. Ils n’ont que quelques jours pour désigner leurs candidats pour mener la campagne de ces législatives anticipées.
Le compte à rebours est lancé. Dans 20 jours, les Français vont retourner aux urnes pour élire une nouvelle Assemblée nationale après l’annonce de la dissolution par Emmanuel Macron. Un laps de temps très court pour permettre aux partis de trouver leurs candidats et lancer la campagne.
Un sentiment de trahison au sein de la majorité
L'annonce de la dissolution a fait l'effet d'un raz-de-marée au sein de la majorité. Selon le politologue, Philippe Moreau-Chevrolet, il y a fort à parier qu'un certain nombre de députés Renaissance vont renoncer à briguer un nouveau mandat.
«Beaucoup d’entre eux n’avaient pas de carrière en politique et n’avaient pas d’ambition réelle à titre personnel, si ce n’est de servir. Ces députés-là très probablement ne vont pas se retrouver dans ce qui est devenue une querelle très politicienne avec une menace d’accès du RN au pouvoir», a-t-il expliqué.
Une autre raison pourrait peser dans la balance des députés hésitant à briguer un nouveau mandat. «Le président a tiré dans le dos de sa majorité, c’est l’impression que cela donne. Il a pris une décision sans consulter personne, sans consulter aucun élu de sa propre majorité», a précisé Philippe Moreau-Chevrolet.
Une trahison qui va laisser un goût amer puisque «les députés ont l’impression que l’on sacrifie leur travail pour de la politique politicienne», l'ensemble des projets pour lesquels ils ont passé de longs mois de travail sont mis à l'arrêt.
La difficile union des gauches
Si la majorité est dans une position difficile après la décision d'Emmanuel Macron, la gauche, elle, se retrouve face à la question d'une nouvelle alliance pour faire barrage à la montée fulgurante du Rassemblement national.
Ce lundi 10 juin, moins de 24 heures après l'annonce de la dissolution, les partis de gauche se sont donnés rendez-vous pour discuter de la potentielle formation d'un nouveau «Front populaire». La France insoumise entend néanmoins imposer son programme à ses potentiels alliés.
«La raison pour laquelle Emmanuel Macron va aussi vite dans sa décision et dans l’organisation, c’est pour couper l’herbe sous le pied de toute alternance modérée à gauche. Il veut couper toute idée de fuite des électeurs macronistes vers la gauche et veut les garder avec lui en empêchant la recomposition à gauche», a analysé le politologue.
En effet, unie en 2022 au sein de la Nupes, la gauche s'est divisée en deux camps durant les européennes. «Une gauche contestataire, engagée dans des terrains extrêmement radicaux, qui a beaucoup abîmé son image depuis 2022. Et une gauche de gouvernement qui renaît de ses cendres avec Raphaël Glucksmann, qui domine mais de trop peu pour pouvoir vraiment être hégémonique.»
En cas d'échec du «Front populaire», Philippe Moreau-Chevrolet pressent que le PS pourrait réussir à «préserver son authenticité et d’attirer une partie des macronistes de gauche» tout en marginalisant LFI.
Les petits partis, victime de cette dissolution
La décision de dissoudre l'Assemblée nationale va favoriser la campagne des grands partis tout en défavorisant les plus petites formations. «Pourquoi ? Parce qu’elles ont dépensé beaucoup d’argent pour participer aux élections européennes. Il va leur falloir reconstituer un appareil de campagne, des troupes et repartir alors qu’ils ont subi pour la plupart un échec. Et le faire très rapidement», a précisé le politologue.
Mettant en avant l'existence de deux genres de petits partis politique, Philippe Moreau-Chevrolet a pris l'exemple du Parti animaliste qui «concoure vraiment à l’élection, avec un programme et une plate-forme, avec l’ambition d’avoir des élus. Ce parti a réalisé 2% des voix et a une démarche extrêmement structurée», en opposition à des formations plus médiatique comme celle de Francis Lalanne ou Dieudonné.
Les difficiles alliances, le manque de temps et de moyen et le sentiment de trahison ressentis par certains vont rendre très difficile la nomination de candidats pour l'ensemble des partis dans un délai si serré.
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