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«5 véhicules sur 6 ont des plaques étrangères, c'est un vrai couloir à camions» : tout comprendre à la taxe poids lourds adoptée par l'Alsace

Le 7 octobre dernier, des routiers avaient organisé une opération escargot sur l'autoroute A 35 près de Strasbourg, pour protester contre l'instauration du «R-Pass». [FREDERICK FLORIN / AFP]

Ce lundi 21 octobre, les élus de la Collectivité européenne d'Alsace (CEA) ont adopté l'instauration d'une taxe visant les poids lourds, le «R-Pass», afin de diminuer la pollution et le trafic autoroutier. Voici tout ce qu'il faut savoir sur cette mesure qui suscite une forte opposition.

La Collectivité européenne d'Alsace (CEA) a, sans surprise, adopté ce lundi l'instauration d'une taxe visant les poids lourds, le «R-Pass». En discussion depuis plus de dix ans, ce projet ultrasensible suscite une très forte opposition de la part des routiers mais aussi d'une large partie des acteurs économiques locaux. Mais en quoi consiste exactement cette nouvelle écotaxe ?

D'où vient ce projet ?

En 2005, l'Allemagne a mis en place la LKW-Maut, une écotaxe s'appliquant aux poids lourds. Depuis son instauration outre-Rhin, les camions en transit sur ce secteur très fréquenté franchissent le fleuve pour profiter de la gratuité des autoroutes alsaciennes, augmentant largement le trafic, la dégradation des infrastructures et la pollution en Alsace. Et l'augmentation du tarif de la LKW-Maut début 2024 aggrave la situation. Selon la CEA, un report supplémentaire de 1 470 camions en transit par jour est constaté sur l'A35 par rapport à 2023.

Une situation qui excède son président, Frédéric Bierry (LR) : «5 véhicules sur 6 ont des plaques étrangères, c'est un vrai couloir à camions», a-t-il déclaré. Pour lui, la solution la plus efficace est d'instaurer une écotaxe similaire à LKW-Maut. La CEA, née en 2021 de la fusion des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et qui gère les routes et autoroutes non concédées, a donc relancé le projet en 2022.

Comment fonctionnera le «R-Pass» ?

Dans sa version actuelle, l'écotaxe alsacienne concernera environ 200 kilomètres de routes, principalement l'autoroute A35 (qui longe la frontière franco-allemande du nord au sud) et une partie réduite de l'A36 (qui relie Beaune au Rhin). Des portiques existent déjà et des caméras scanneront automatiquement les poids lourds qui passent en dessous. Une facture sera ensuite envoyée directement aux entreprises concernées.

Si aucun tarif n'est évoqué, selon une étude d’impact réalisée par le cabinet Deloitte pour la CEA, il pourrait être de 15 centimes par kilomètre pour les poids lourds qui circuleraient sur ces tronçons. D'après cette même étude, le «R-Pass» rapporterait 64 millions d'euros par an, dont la moitié proviendrait du trafic de transit frontalier. D'après la CEA, cette nouvelle ressource fiscale servira à agrandir une section de l'A35 et sera investie dans l'économie locale.

Qui s'oppose à ce projet ?

Un grand nombre d'acteurs économiques locaux. Rassemblés au sein du Collectif pour la compétitivité de l'économie alsacienne (CCEA), ils dénoncent «l'impact dévastateur [qu'aura] le «R-Pass» sur le secteur du transport, mais aussi sur l'ensemble de l'économie régionale, faisant peser une menace directe sur la survie des entreprises, sur des milliers d’emplois et tout le tissu économique alsacien».

Les routiers et la Fédération nationale des transports routiers (FNTR) d’Alsace sont également en tête de l'opposition au «R-Pass», organisant régulièrement des opérations escargots autour de Strasbourg, comme le 7 octobre dernier, pour dénoncer la mise en oeuvre de cette écotaxe. Selon eux, les résultats de l’étude d’impact, qui établissent des effets de la taxe très faibles sur le pouvoir d'achat du consommateur alsacien et l'économie locale, sont largement sous-estimés. Les agriculteurs de la FDSEA ont également prévu de se joindre à la contestation.

Ce lundi, les élus de la CEA ont largement voté pour le principe d'une taxation sur les poids lourds, soutenu par son président Frédéric Bierry (LR). S'ouvrira désormais une période de concertation supplémentaire entre la CEA et les acteurs économiques locaux. L'entrée en vigueur est prévue, pour l'instant, au mois de janvier 2027.

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