Le déficit du système de retraites en France devrait avoisiner 15 milliards d'euros en 2035 et 30 milliards d'euros en 2045, selon les estimations de la «mission flash» de la Cour des comptes dévoilées ce jeudi.
Des chiffres «préoccupants». Le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, a rendu ce jeudi le rapport tant attendu de l'institution sur l'état des finances du système des retraites.
Ce rapport avait été demandé en janvier dernier par François Bayrou, qui suspectait un déficit caché à hauteur de 55 milliards d'euros à l'horizon 2030, bien loin des projections du Conseil d'orientation des retraites (COR) qui le situait aux alentours de 6 milliards d'euros. Si les chiffres ne sont pas aussi alarmants que le pensait le Premier ministre, ils restent inquiétants.
Une dégradation «nette, rapide, croissante» à partir de 2030
Après 6,6 milliards d'euros en 2025 puis une «stabilisation» jusqu'en 2030, «les effets favorables sur l'équilibre du système liés à la réforme de 2023 devraient s'affaiblir, et le déficit global se dégrader nettement» pour atteindre environ «15 milliards d'euros en 2035 et 30 milliards en 2045», selon la Cour des comptes.
Le régime général «concentrerait l'essentiel du déficit à l'horizon 2045», en raison notamment d'une «forte dégradation du ratio entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités», a détaillé Pierre Moscovici.
«Soyons lucides», la dégradation des finances du système de retraites dans son ensemble sera «nette, rapide, croissante», a-t-il averti.
L'hypothèse d'un départ à la retraite à 65 ans étudiée
«C'est la mission de la Cour des comptes de fournir au pays les éléments les plus indiscutables», a déclaré François Bayrou, évoquant «un déficit immédiat de six milliards qui, dans les années qui viennent, si on ne fait rien, dérivera vers 30 milliards».
L'institution financière a également analysé les effets possibles de plusieurs leviers sans pour autant préconiser une «réforme globale», ni déterminer les choix «à privilégier». Selon elle, avancé l'âge de départ à 63 ans aggraverait le déficit de 5,8 milliards d'euros à horizon 2035, mais de seulement 4,3 milliards en 2045. Le reculer à 65 ans rapporterait dans ce cas de figure 8,4 milliards d'euros à l'horizon 2045.
Autre scénario étudié par la Cour des comptes, la hausse d'un point du taux des cotisations. Cela engendrerait «entre 4,8 et 7,6 milliards d'euros» de ressources annuelles supplémentaires, selon qu'elle s'applique à la part patronale ou salariale, aux salaires inférieurs ou supérieurs au plafond de la Sécurité sociale.
Mais «une hausse des taux de cotisations pourrait avoir des effets négatifs sur l'économie», en augmentant les coûts de production ou en réduisant le revenu net des salariés, selon les conclusions du rapport.
Les partenaires sociaux ont désormais trois mois, soit jusqu'au 20 mai prochain, pour trouver un accord afin de «réformer la réforme» des retraites de 2023, qui a décalé l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Dans le cas contraire, elle s'appliquera telle quelle.