Épuisée par sa «lourde charge», la maire d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) Karine Franclet a annoncé se retirer temporairement de ses fonctions. Par ce choix, elle souhaite alerter l’opinion sur la santé mentale des élus.
Une élue à bout de souffle. La maire d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) a annoncé vendredi 21 février son retrait temporaire de ses fonctions publiques, évoquant une «fatigue profonde» et l'envie de «prendre du temps pour mieux revenir».
En 2020, Karine Franclet avait conquis, sous la bannière UDI, la municipalité alors communiste. «J'ai voulu être à 200%. Quand vous devenez maire, vous devez maîtriser tout un tas de sujets. Moi, je ne peux pas défendre un dossier sans le maîtriser complètement», a-t-elle déclaré au Figaro, expliquant s'être «épuisée à la tâche».
« briser le tabou » de la santé mentale des élus
Par sa démarche, Karine Franclet a aussi souhaité «briser le tabou» de la santé mentale des élus. Dans une lettre publiée sur ses réseaux sociaux, l’ancienne principale d’un lycée professionnel s’est adressée directement à ses habitants pour leur expliquer son choix.
«Ces derniers mois, j'ai senti une fatigue profonde s'emparer de moi, insidieusement. J'ai voulu ignorer les signes, avancer coûte que coûte, comme on l'attend d'un élu, avec l'exigence que suppose mon engagement [...]. Jusqu'à ce que mes limites s'imposent à moi», a-t-elle reconnu.
« Je pars quelque temps pour mieux revenir » : briser le tabou de la santé mentale des élus.
Aujourd’hui, je m’adresse à vous à travers une lettre ouverte.
⏩️ https://t.co/t2orSRdW7Tpic.twitter.com/t8bfk9kKov— Karine Franclet (@francletkarine) February 21, 2025
8 élus sur 10 estiment que leur santé est affectée par leur mandat
Et de préciser : «Je fais le choix, durant quelques semaines, de me mettre temporairement en retrait de mes fonctions pour prendre soin de moi et retrouver toute l'énergie nécessaire à la mission que vous m'avez confiée». Durant son absence, les affaires courantes seront gérées par l'équipe municipale.
Car Karine Franclet n’est pas un cas isolé. En janvier dernier, la maire UDI de Drancy (Seine-Saint-Denis) Aude Lagarde s’était également mise en retrait à cause de «difficultés de santé». Selon une enquête publiée ce vendredi par l’Association des maires de France, plus de 8 élus sur 10 estiment que leur santé physique ou mentale est affectée par leur mandat.
Les conditions de travail des maires comportent d’importants risques sur leur santé, outre les menaces de mort ou agressions qui rythment parfois leur quotidien.
Yannick Guénard, le maire de Berzème (Ardèche), a ainsi démissionné au début du mois de janvier dernier, lassé par des menaces de mort qu’il recevait sans cesse depuis quatre ans.