Jongler avec les chiffres tout en s'amusant, voici le leitmotiv de la semaine des mathématiques qui se tient cette semaine, du 10 au 19 mars. Un temps qui met en avant des apprentissages différents à l'image du bridge. Ce jeu de cartes aux nombreuses vertus compte 2.000 enseignants à travers le pays.
«Et si on faisait une petite partie de bridge ?» Si certains vous rétorqueront qu'ils ne s'intéressent pas à un jeu de cartes associé aux clubs du troisième âge, ils seraient toutefois bien étonnés de découvrir qu'un public très jeune s'y adonne pour parfaire leur apprentissage du calcul mental et des relations psycho-sociales.
Alors que la Semaine des mathématiques commence ce lundi, l'apprentissage de ce jeu de cartes apparu au cours du XIXe siècle en Europe est enseigné dès le CP et parfois même en petite section depuis qu'une convention en ce sens a été signée en 2012 par l'Education nationale. Et depuis 2024, «nous avons obtenu l'agrément de ce ministère», explique pour CNEWS Élodie Bonnefoy Cudraz, enseignante et chargée de mission formation Education nationale à la Fédération française de bridge.
Il faut dire que ce jeu de cartes combine de nombreuses vertus reconnues, tandis qu'il est même considéré comme un sport à part entière par le Comité international olympique depuis 1999. «Pour les enfants, dès 6 ans et même parfois pour des plus jeunes, nous enseignons une variante nommée le "Petit bridge", qui en simplifie les règles avec quatre joueurs répartis en deux équipes de deux, poursuit Élodie Bonnefoy Cudraz. Cela va aider les enfants sur plusieurs points. Comme le repérage spatial pour identifier qui est avec ou contre soi, sachant que les joueurs sont placés selon les quatre points cardinaux, on va aussi apprendre à distribuer les cartes dans le sens des aiguilles d'une montre. On apprend également à ranger les jeux par couleur puis les cartes par ordre décroissant. Après, on enchaîne sur un travail calculatoire, puisqu'on a dix cartes chacun par couleur. Dénombrement, décomposition, soustractions... Il va falloir mettre en place sa stratégie.»
Des compétences citoyennes et psycho-sociales
Il y a également un travail sur les probabilités qui se développe, puisque les élèves-joueurs vont parfois sans s'en apercevoir, essayer de planifier leurs actions en fonction des cartes déposées par les joueurs. Les enfant vont aussi développer leur expression, car ils doivent échanger avec les autres pour dire ce qu’il faut poser sur la table, savoir formuler pour se faire comprendre. Dans ce cas, «leur compétence citoyenne est aussi mise en avant. Il va falloir respecter son partenaire, développer son autonomie et s’engager, tout en suivant les règles. En somme, jouer pour l’intérêt de l’équipe et pas que pour soi», ajoute l'enseignante.
Enfin, le petit bridge possède des vertus psycho-sociales, avec «un travail sur la gestion de la frustration, où il va falloir accepter de faire confiance en son coéquipier et parfois d'accepter d’être avec un enfant moins bon que d’autres. Ce qui implique de savoir aussi gérer les émotions du gain ou de la perte de la partie», rappelle-t-elle.
Alors que le bridge est mis en avant durant la Semaine des mathématiques au sein des établissements scolaires, la Fédération française va même plus loin puisqu'en accord avec certaines écoles des «sacs à maths» sont distribués aux enfants pour leur famille contenant la fameuse version du petit bridge, tandis que son site internet rappel ce qu'il faut savoir aux parents curieux.

Surtout, ce jeu de cartes fait des émules, à l'instar du jeu de société Battle 13, co-créé par Floriane Fournier et Euriell Quéran, deux passionnées de bridge qui ont imaginé une variante encore plus ludique avec des cartes, mais aussi des jetons autour d'un plateau.
«L'idée nous est venue en constatant que les enfants avaient du mal à tenir les cartes d'un jeu de bridge classique dans leurs mains. Nous avons donc modernisé les règles pour qu'elles puissent être jouées dès 7 ans, là encore en intégrant les compétences du bridge, à savoir le calcul, les statistiques, la déduction et tout un travail autour de la mémorisation», souligne Euriell Quéran auprès de CNEWS. A la tête de la société Bridge+, spécialisée dans des voyages autour de ce jeu, la jeune femme annonce également que Battle 13 sera partenaire de la Semaine des mathématiques en 2026 et imagine déjà l'avenir grâce à une version permettant à deux ou trois joueurs de s'affronter, contre quatre actuellement.