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Brise de mer : quel est ce groupe mafieux corse, dont Robert Moracchini, l'un des fondateurs a été abattu ?

La victime a d'abord été blessée puis est décédée. [FRED TANNEAU / AFP]

Robert Moracchini (65 ans) a été abattu dans le centre-ville de Bastia ce samedi matin. Il était connu par les services de police comme l'un des piliers du groupe mafieux de la «Brise de mer». Retour sur l'histoire de cette organisation criminelle qui a régné sur la Corse pendant près de 30 ans.

Un mort de plus dans les rangs de la «Brise». Robert Moracchini, âgé de 65 ans, a été abattu par balles ce samedi matin dans le centre-ville de Bastia, selon une source policière à CNEWS, confirmant l'information de Corse Matin. La victime a d'abord été blessée puis est décédée. Robert Moracchini était connu des services de police pour son appartenance au groupe mafieux corse de la «Brise de mer». Entre meurtres, braquages et blanchiment d'argent, retour sur ce gang bastiais qui a fait trembler la Corse et la France pendant près de 30 ans.

Une ascencion sanglante

Au début des années 1980, à Corte en Haute-Corse, un clan faisait la loi depuis près de 20 ans avec à sa tête un certain Louis Memmi. Considéré comme le parrain de l'époque dans la région, l'homme était respecté et craint en Corse. Une toute-puissance qui ne faisait pas peur à un groupe de jeunes bastiais affamés. En 1981, des membres de la «Brise de mer», organisation encore inconnue, sont venus défier Louis Memmi sur son territoire. Ils se sont rendus dans une boîte de nuit célèbre de la région avec pour objectif de mettre en place un racket. Daniel Ziglioli, patron des lieux à l'époque, va faire appel à Louis Memmi pour calmer les ardeurs de ces jeunes voyous. 

Le parrain de l'époque a alors infligé une correction aux deux membres de la «Brise» en les humiliant et en leur demandant de s'excuser. Un coup de pression qui ne sera pas du goût de la «Brise de mer» qui a immédiatement riposté. C'est le 10 septembre 1981 que le gang de la «Brise de mer» a signé son acte de naissance en tuant Louis Memmi de plusieurs balles dans le corps alors qu'il rentrait chez lui. 

Pour prendre les rênes du territoire, la «Brise de mer» a par la suite enchaîné les assassinats en Corse pour mettre un terme définitif au règne du «clan Memmi». Des exécutions ultra-violentes qui sont conclues d'une balle dans la bouche des victimes, signature macabre du gang de la «Brise de mer». 

une toute-puissance, jusque devant la justice

Un an après le meurtre de Louis Memmi, la «Brise» va éliminer Daniel Ziglioli, le patron de boîte de nuit qui leur a tenu tête. Mais les meurtriers en charge de l'assassinat du gérant de la discothèque ont commis une erreur. Ils se sont débarrassés de l'arme du crime sous les yeux d'un policier qui passait par là. Après des heures de recherche dans le fleuve, l'arme est retrouvée et il se trouve que c'était celle qui avait servi à tuer Daniel Ziglioli. Robert Moracchini, pilier de la Brise, et ses deux complices sont arrêtés. Tout porte à croire que les trois suspects vont passer de longues années derrière les barreaux. C'était sans compter sur l'influence de la «Brise de mer». En 1985, lors du procès qui se tenait à Dijon pour des questions de sécurité, l'impensable s'est produit. 

Espérant s'éloigner des pressions corses en se rendant à Dijon, la justice a sous-estimé cette organisation criminelle. La Brise s'était déplacée en masse pour soutenir leurs trois amis suspectés de meurtre, avec pour but de mettre un maximum de pression sur toutes les personnes en charge du dossier. Les uns après les autres, tous les témoins vont se rétracter dont le policier qui avait assuré avoir vu Robert Moracchini jeté l'arme du meurtre dans le fleuve où elle a été retrouvée. Des rétractations qui vont pousser la justice à acquitter les trois membres de la Brise de mer suspectés dans l'affaire du meurtre de Daniel Ziglioli. Une affaire folle prouvant la force de dissuasion de cette organisation mafieuse. Une série documentaire sur leurs méthodes et leur histoire a notamment été réalisée puis diffusée sur Canal +.

 

des casses légendaires 

Forte de cette toute-puissance, la «Brise de mer» va asseoir son autorité sur l'île en prenant la main sur toutes les machines à sous mais également en investissant dans l'immobilier, des établissements de nuit ou encore des bars dans toute la Corse mais aussi sur le «continent», c'est-à-dire le reste de la France. Mais les voyous de la «Brise» ne vont pas s'arrêter là. Pour continuer à gagner toujours plus d'argent, ils vont multiplier les hold-up avec une tête pensante, Richard Casanova. Ce pilier de l'organisation est reconnu pour son intelligence et son don pour préparer des braquages. En 1990, Richard Casanova va préparer et participer à ce qui a été surnommé comme «le casse du siècle». 

Le hold-up du 25 mars 1990, au siège de l'Union des banques suisses (UBS) à Genève, où 31,4 millions de francs suisses, soit 220 kg de billets et l'équivalent de 20 millions d'euros avaient été dérobés. Cet argent n'a jamais été retrouvé. Pendant de nombreuses années, la «Brise de mer» va donc régner sur la Haute-Corse investissant tout l'argent des braquages dans des affaires légales afin de blanchir leur argent. 

une fin de règne dans le sang 

Grâce à ces investissements et sa main mise sur la Corse, la fortune de la «Brise de mer» au début des années 1990 est inestimable mais le groupe mafieux détiendrait en sous-main plus d'une cinquantaine de sociétés et plus de trois cents comptes bancaires en Suisse et en Asie, toujours selon la série documentaire «Omerta». Un empire qui permettait à tous les membres du groupe de vivre très aisément. Les différents piliers de l'organisation s'affairaient chacun de leur côté dans différentes activités. Tandis que Richard Casanova tentait de se faire une place dans le monde du football à travers des investissements dans le club de l'OGC Nice, l'autre parrain de la Brise, Francis Mariani sillonnait la Corse au volant de sa voiture de rallye. 

Alors que tout semblait se dérouler parfaitement pour les voyous de la «Brise de mer», des tensions vont finir par éclater. En 1996, Dominique Rutily, membre important de la Brise et associé de Richard Casanova, va être abattu à la sortie d'un stade de football alors qu'il venait d'assister à une rencontre au côté de Rolland Courbis, qui sera grièvement blessé. Cette mort a provoqué un séisme au sein de l'organisation puisque c'était la première fois qu'un membre du noyau dur était tué. 

Au fil des années, les réunions de la «Brise de mer» ont été de plus en plus rares et les relations entre les deux piliers Francis Mariani et Richard Casanova se sont étiolées. Le premier soupçonnait alors le second de monter de certains business sans en faire profiter les membres du clan. Un ressentiment qui va causer la chute de la «Brise de mer». Les deux têtes d'affiche du clan ne se faisaient plus confiance et les accusations de trahison vont causer leur perte. 

Après avoir été victime d'une tentative de meurtre, Francis Mariani s'est mis en tête que Richard Casanova cherchait à le tuer. En 2008, devant une concession automobile à Porto Vecchio, Richard Casanova a été abattu à l'arme de guerre dans ce qui a été décrit comme un guet-apens. Le beau-frère de Richard Casanova s'est mis en tête de venger la mort du parrain de la «Brise de mer». Rapidement, les proches de Richard Casanova ont suspecté Francis Mariani d'être derrière cette exécution. Huit mois plus tard, le cadavre calciné de Francis Mariani, avait été découvert dans un hangar viticole de Haute-Corse détruit par l'explosion d'une bombe. En moins d'un an, les deux parrains de la «Brise de mer» sont retrouvés morts, signant la fin de la toute-puissance de l'organisation mafieuse corse. Dans les années qui suivent, Pierre-Marie Santucci, Francis Guazzelli et Maurice Costa, membres de la Brise, vont également être assassinés. 

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