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«Culture mathématique» au bac : à quoi pourrait ressembler cette nouvelle épreuve prévue en 2026 ?

[© Unsplash / Taylor Flowe]

Face au déclin du niveau des élèves en mathématiques, le gouvernement a proposé la création d'une nouvelle épreuve, appelée «culture mathématique». Celle-ci a été rejetée par le Conseil supérieur de l'éducation. Voici les raisons d'une telle décision.

La France ne cesse de chuter dans les classements de niveau moyen des étudiants de collège et lycée en mathématiques. Pour enrayer cette dynamique négative, le gouvernement a imaginé une nouvelle épreuve. CNEWS s'est entretenu avec Younss Messoudi, professeur de mathématiques à l'ESTACA et fondateur de Jai20enmaths. Il explique pourquoi un changement est nécessaire.

Le professeur commence par résumer ce à quoi cette nouvelle évaluation pourrait ressembler, non sans souligner le manque de précision qu'elle comporte pour l'instant : «Il y a un flou sur le contenu, on ne sait pas si l'épreuve sera sous forme de QCM, de questions classiques, ou autre. On veut faire une matière qui fasse le lien entre les maths et d'autres matières comme l'histoire et la philosophie. L'idée est de renforcer l'esprit critique des jeunes. On veut leur permettre d'améliorer leur compréhension des chiffres, des statistiques ou d'être à l'aise avec le monde de l'IA. Ce sont les points qu'on veut renforcer chez les jeunes».

«Les professeurs doivent être à la hauteur des liens interdisciplinaires de cette épreuve»

«Le vivier d'élève a diminué en mathématiques, surtout chez les filles. Cette nouvelle réforme vise à faire une évaluation en fin de première pour les trois niveaux, les spécialités, les technologiques et les premières anciennement scientifiques. L'objectif est d'aider les jeunes à garder une rigueur scientifique», reprend-il en complétant.

Younss Messoudi pense que cette proposition confirme le constat d'échec que de nombreux professeurs ressentent concernant les réformes effectuées ces dernières années : «Avec la réforme Blanquer, les maths sont devenues optionnels à partir de la première. Les élèves, à partir de la seconde, peuvent ne plus travailler la matière. On se retrouve avec des étudiants qui n'auront fait des maths que jusqu'à la troisième. En seconde, de nombreux élèves délaissent déjà les maths car ils savent qu'ils n'auront plus la matière dans la suite de leur parcours».

A l'heure d'évoquer la faisabilité d'une telle évaluation, Younss Messoudi ne manque pas de se montrer critique : «Mais il faudrait une formation pure pour les professeurs. L'équipe pédagogique doit être à la hauteur des liens interdisciplinaires entre sciences et ces autres matières. C'est pour cela que les syndicats de professeurs sont contre». 

Une proposition floue, qui ne tient pas compte de la réalité des élèves ?

Il enchaîne, en expliquant pourquoi il a tant de réserve face à cette idée : «Déjà, on ne sait pas vers quoi on se dirige. Ensuite, on va prendre des coefficients de l'oral et les affecter à cette nouvelle matière. On se demande si cela ne va pas devenir ce que j'appelle une "matière gadget". On sait tous que la réforme Blanquer n'est pas bonne, donc on rétropédale. Dans un an, on n'aura pas de manuel, pas encore eu de formation, on craint la surcharge de travail pour les élèves, qui ont déjà en première le bac de français. Et puis finalement, pour les lycéens qui étaient dans une optique d'en finir avec les mathématiques en seconde, ils vont devoir cravacher pour récupérer des lacunes alors qu'ils n'auront plus eu de mathématiques pendant 6 ou 7 mois».

Pourtant, Younss Messoudi n'est pas sans reconnaître le besoin de rapprocher les plus jeunes français des matières scientifiques et en particulier des mathématiques. Il loue même certains points soulevés par cette proposition : «C'est une bonne chose de rester dans les mathématiques plus longtemps et c'est une idée intéressante de donner une approche plus accessible et moins stressante, en s'éloignant des calculs bruts. La culture scientifique va être plus dans le formalisme et va permettre d'expliquer à quoi servent les formules sans en faire faire aux élèves. Cela peut servir à mieux décrypter le monde moderne, en permettant aux élèves de se pencher sur l'utilité des sondages, comment analyser les pourcentages, etc».

Enfin, l'enseignant dresse le bilan de l'éducation mathématique française : «Dans les derniers classements, on est mal classés. Par rapport à l'Allemagne ou la Finlande, qu'on peut considérer comme dans le futur par rapport à nous, on peut reconsidérer notre manière de gérer l'enseignement».

3% des élèves français ont un niveau avancé en maths, contre 11% à l'international

Les propos de sont notamment confirmés par la célèbre étude TIMSS reportée par le ministère de l'Education nationale. Elle indique : qu'«en France, 3 % des élèves sont au niveau avancé en mathématiques contre 11 % en moyenne internationale», comme on peut le lire sur le site du ministère. Il est ajouté qu'«entre 2019 et 2023, le score moyen des élèves est stable en France mais les écarts s’accroissent entre les élèves les moins performants et les élèves les plus performants». L'hétérogénéité est justement le sujet de critique sur lequel insiste le professeur.

Il explique, en comparant le système éducatif français aux plus performants d'Europe : «En France, on a une approche différente. On a des classes de 30 élèves avec des niveaux hétérogènes. Des bons, des moins bons, des moyens. Dans les pays nordiques, on divise les groupes par deux et on avance ensemble. Les élèves ont un contrôle beaucoup plus continu, aussi. Quand quelque chose n'est pas maîtrisé, on le fait retravailler à l'ensemble de la classe. Toutes les compétences sont travaillées par l'ensemble du groupe. On ne trouve jamais un ou deux étudiant "largué", que l'on délaisse. En Allemagne, ils font quelque chose d'intéressant : des projets. Ils leur font faire des travaux collaboratifs. Mais en France, on a des problèmes de moyens».

«Si on donnait les moyens aux professeurs, on pourrait faire aussi bien. Je pense que si on voulait injecter dans l'Education, on pourrait tout simplement envisager de proposer plus d'heures d'AP, aides personnalisées, aux élèves. Cela permettrait d'aider ceux qui en ont besoin et serait beaucoup plus efficace qu'une évaluation imposée quelques mois plus tard sans aucun accompagnement offert aux élèves. Là, on ne donne aucun moyen aux professeurs, on leur impose un programme à suivre et on attend d'eux qu'ils aillent jusqu'au bout», conclue-t-il.

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