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«Appeler ça une salle de shoot, c’est comme appeler l’accompagnement d’un alcoolique un bar» : la socialiste Anna Pic souhaite pérenniser les Haltes soins addictions

L'expérimentation des HSA doit prendre fin en juin prochain. [PATRICK HERTZOG / AFP]

À la fin du mois de juin prochain, les Haltes soins addictions (HSA) de Paris et Strasbourg cesseront de fonctionner. La députée socialiste Anna Pic défend une proposition de loi pour pérenniser ces lieux d’accueil pour les personnes en situation d’addiction profonde.

Une question de santé publique. Alors que l’expérimentation des Haltes soins addictions ouvertes à Paris et Strasbourg doit se terminer à la fin du mois de juin 2025, la députée socialiste de la Manche Anna Pic porte un texte d’urgence pour les pérenniser.

Les HSA, c’est ce que l’on appelle vulgairement les «salles de shoot». Une appellation que dénonce l’élue normande qui la trouve particulièrement inopportune. «Appeler ça une salle de shoot, c’est comme appeler l’accompagnement d’un alcoolique un bar, donc c’est parfaitement déplacé», a-t-elle rappelé auprès de CNEWS.

En effet, ces salles qui permettent aux personnes addicts de consommer des produits stupéfiants sous la supervision d’un personnel médical ont aux yeux de la députée plus que démontré leur efficacité depuis leur instauration via la loi du 26 janvier 2016.

«Ces lieux s’adressent principalement aux personnes qui sont en addiction profonde et qui sont totalement désocialisées, c’est-à-dire des personnes que l’on retrouve dans la rue en train de consommer faute d’alternatives», a détaillé Anna Pic, rappelant qu’il s’agit de «lieux médico-sociaux en lien avec l’hôpital».

Mais au-delà d’être des lieux où les toxicomanes ont la possibilité de consommer en sécurité, les HSA sont là pour «effectuer des bilans de santé, réduire les risques, installer des moments de pause et, à terme, permettre d’accroître la capacité à sortir de l’addiction».

Des résultats extrêmement positifs

Au terme de ces neuf années d’expérimentation, «les HSA ont prouvé leur utilité», a estimé Anna Pic, qui, dans l’exposé des motifs de son texte, a rappelé les résultats des travaux menés par l’Inserm et l’IGAS sur ce sujet.

Ainsi, selon ces études, les HSA ont dans un premier temps un impact plus que bénéfique sur le plan sanitaire, puisque selon l’Inserm les haltes vont permettre sur une période de dix ans de faire chuter de 6% les infections au VIH et 11% celles dues au VHC.

Les travaux montrent également une réduction conséquente de 69% du nombre d’overdoses et de 71% du nombre de passages aux urgences pour des situations liées à l’usage de drogues.

Il est aussi important de noter que le but des HSA est de «réduire le nombre de consommateurs et que la prise en charge dans ces lieux y contribue», a détaillé Anna Pic. En effet, selon l’IGAS, «en 2023, 51% des usagers parisiens ont pu accéder à un Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), après avoir stabilisé leur situation en HSA.»

Mais les HSA ont aussi des avantages «économiques en termes de Sécurité sociale», puisque les urgences sont moins sollicitées. «L’urgence cela coûte cher, alors qu’une prise en charge continue et une prévention coûtent moins cher», a rappelé la députée normande.

Aborder le côté médical de l’addiction

Par ailleurs, sur le plan environnemental, les habitants des quartiers dans lesquels sont présents ces HSA sont satisfaits des résultats de ces dernières. En effet, à Paris et Strasbourg, l’Inserm a estimé que «les usagers des HSA sont moins auteurs de délits que ceux qui n’y ont pas accès, comme à Bordeaux ou Marseille». Plus encore, cette «probabilité est réduite de 10 points».

«Il y a donc un intérêt en termes de sécurité pour les consommateurs et les riverains, un intérêt en termes de réduction de consommation et évidemment un intérêt pour le budget de Sécu et pour la pression sur nos urgences», a détaillé Anna Pic.

C’est en conséquence pour éviter un arrêt brutal des suivis qui seraient néfastes sur l’ensemble de ces pans que la députée socialiste porte ce texte d’urgence. Néanmoins, «je crains que la proposition ne puisse pas être inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée en temps et en heure», a déploré la députée qui a travaillé sur ce dernier avec des élus issus d’autres formations politiques.

«Le gouvernement nous explique qu’il prendra en compte cette nécessité et qu’il renouvellera au mois de juin les HSA quand il aura l’ensemble des études mais en réalité, on a déjà ces études», a regretté Anna Pic.

Cette dernière espère que la France continuera à suivre le chemin qu’a pris le Portugal, qui a réussi à endiguer le problème de la consommation de drogue. «Il ne faut pas mélanger les politiques», a mis en garde la députée normande, ajoutant : «Il y a la lutte contre le narcotrafic qui doit être une politique de répression très claire et une politique d’accompagnement des consommateurs qui doit être prise sous l’angle de la santé».

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