Si la sortie de la série «Adolescence» en mars dernier a relancé le débat sur le cyberharcèlement, les six épisodes ont également mis en lumière un nouveau langage : celui des emojis. Humilier, harceler... Leur usage est parfois détourné pour empoisonner la vie de certains collégiens et lycéens, mais connaissez-vous leur signification ?
Un emoji peut en cacher un autre. S'ils étaient autrefois réservés à accentuer nos émotions ou pour illustrer nos propos, les emojis, ces petites images représentatives envoyées par message, ont dépassé la sphère de la simple discussion et se greffent désormais au triste milieu du cyberharcèlement.
Et leur usage détourné n'est pas connu de tous, encore moins des parents qui peuvent se sentir perdus face à un nouveau langage qu'ils ne maîtrisent pas, et qui rend davantage pernicieux le harcèlement, notamment sur les réseaux sociaux. Une dichotomie entre l'apparence innocente des emojis et leur utilisation pour symboliser la solitude ou encore les discours masculinistes révélée dans une étude menée conjointement par Allianz France et l'IFOP.
Un fossé entre les générations
Selon l'étude, menée en ce mois de mai 2025, les parents semblent confiants quant à leur compréhension du langage emoji utilisé par leurs adolescents, mais la réalité est tout autre. «Alors que 75% des Français pensent maîtriser les codes utilisés par les jeunes, la compréhension est en fait minime puisque seulement 1,3% d'entre eux est capable de déchiffrer correctement 6 exemples concrets», peut-on lire dans le rapport publié sur le site de l'assureur.
«D'ailleurs, une large part des Français interrogés a pensé déceler une signification positive dans les exemples présentés, là où elle est profondément insultante et dangereuse», précise le communiqué. Néanmoins, 8 Français sur 10 perçoivent clairement les risques liés à un langage codé dans le cadre du harcèlement.

Des emojis pour des insultes homophobes, antisémites ou racistes
En complément de son étude et d'une campagne de prévention dans les gares et stations de métro de 377 villes de France, Allianz a souhaité sensibiliser les parents à la signification de ces emojis devenus problématiques avec un glossaire illustré :
- 🟣 : En référence à la phonétique de la couleur qu'il représente, cet emoji est utilisé pour évoquer un viol ou plus largement une agression sexuelle.
- 💅🏼 : Utilisé pour se moquer de la féminité chez certains hommes, cet emoji est parfois détourné dans le cadre d'insultes à caractère homophobe.
- 🐉 : Détourné du manga «One Piece», où il représente une caste censée tout contrôler, l'emoji «dragon céleste» est utilisé dans les sphères antisémites.
- 🌽 : Phonétiquement proches, l'emoji «corn» (maïs en anglais) peut cacher un sous-entendu pour le mot «porno».
- 🐍 : L'emoji serpent, symbole de sournoiserie et l'hypocrisie, est régulièrement utilisé pour harceler les célébrités féminines soupçonnées d'infidélité.
- 🍭 : Le symbole de la sucette peut être employé pour désigner une personne considérée comme lèche-botte ou fayotte.
- 🌳 : Tout comme le disque violet ou le maïs, l'arbre est utilisé pour sa prononciation pour désigner les personnes d'origines arabe ou maghrébine.
- 💊 : Symbolisant la «red pill» du film Matrix, l'emoji pilule est utilisé dans les milieux masculinistes.
En plus des différents emojis, certains acronymes peuvent également dissimuler des propos insultants, à l'image de «KYS», abréviation de «Kill yourself» poussant au suicide, ou encore du sexiste «Tana», moyen détourné de traiter les femmes de p*te, terme banni des réseaux sociaux.
Une plate-forme en ligne visant à aider les parents à décrypter le cyberharcèlement et à en repérer les signes chez leurs enfants a également été mise en place. En 2023, plus de 60% des jeunes ont été victimes d'au moins une forme de cyberharcèlement.