Ce mardi 2 juillet, un jeune masculiniste de 18 ans a été arrêté et écroué après avoir planifié un attentat terroriste. Le mouvement dont il est partisan, symbolisé par plusieurs influenceurs très en vue sur les réseaux sociaux, ne cesse de prendre de l'ampleur et d'inquiéter, notamment dans la sphère politique.
Qui sont les «masculinistes» ? Certains influenceurs propagent des idées réactionnaires, conservatrices, voire misogynes à un public nombreux, sur Internet. Voici les principales têtes d'affiche du masculinisme, en France et dans le monde et pourquoi ils représentent un danger certain, selon les autorités.
Le masculinisme s'appuie sur une rhétorique qui présente sa pensée comme le pendant du féminisme, niant notamment l'existence du patriarcat et déplorant une certaine crise de la masculinité qui existerait dans la société actuelle. Si les masculinistes se disent défenseurs d'un système traditionnel, où les différences entre hommes et femmes sont embrassées, leurs détracteurs soulignent certains débordements, notamment en matière de toxicité masculine. En plus de stigmatiser les hommes à leur puissance physique et leur rôle sexuel, certains ont tenu des propos polémiques en terme de violence conjugales, de consentement sexuel ou encore de libertés de la femme.
Andrew Tate, star incontestée du masculinisme
L'Américain Andrew Tate, 38 ans, représente parfaitement l'ensemble de ces idées et de ces débordements potentiels. D'abord kick-boxeur, le trentenaire n'a pas tardé à faire parler de lui en rejoignant l'émission de télé-réalité «Big Brother». Il se fait définitivement connaître en étant exclu du programme télévisuel après avoir participé à une vidéo dans laquelle on peut le voir frapper une femme avec une ceinture.
Participant à de nombreux podcasts, le natif de Washington a notamment marqué les internautes par ses phrases provocantes. On lui doit par exemple : «Je pense que les femmes appartiennent aux hommes». En matière de culte du physique, il a également expliqué : «Les femmes sont le symbole de statut ultime. Les gens pensent que j'ai beaucoup de femmes autour de moi car j'aime le sexe. Ce n'est pas la raison pour laquelle je m'entoure d'elles. J'ai ces femmes à mes côtés pour que les gens comprennent qui est le chef».
En plus de participer à l'objectification des femmes, il pense pouvoir fonder ses propos sur une tradition et une histoire, comme en témoigne cette autre phrase célèbre de sa part : «Si l'on parle des traditions, chaque grand homme de l'histoire a eu de nombreuses femmes, alors qu'il n'y a pas une seule grande femme de l'histoire qui est célébrée pour avoir eu plusieurs maris. La promiscuité féminine a toujours été mal vue».
— Andrew Tate (@Cobratate) November 27, 2022
Sur les réseaux sociaux, celui qui dispose également de la nationalité britannique alterne entre photos et vidéos de son train de vie et messages masculinistes. Lors de l'affaire Harvey Weinstein, il avait partagé des messages particulièrement contestés dans lesquels il expliquait que les victimes d'agressions sexuelles avaient une part de responsabilité dans ce qu'elles subissaient.
Les premiers signes d'un discours pouvant être jugé délétère pour certains internautes sans repères. Plusieurs de ses comptes Twitter et X ont été suspendus voire supprimés pour ces raisons. Malgré ces freins, il rassemble aujourd'hui plus de 10 millions d'abonnés sur la seule plate-forme américaine, et de multiples autres sur TikTok et Instagram. Mais Andrew Tate n'est que la tête de pont d'une galaxie masculiniste plus diffuse sur les réseaux sociaux, avec de nombreux «référents» dans ce domaine à travers la planète, dont la France ne fait pas exception.
en france aussi les influenceurs existent
Sur la scène française, plusieurs personnalités propageant la même doctrine ont également émergé ces dernières années. Certains accusent ainsi «AD Laurent» d'appartenir à cette mouvance, mais celui-ci s'en défend. Influenceur et acteur pornographique, Adrien Laurent de son nom complet, connaît un parcours similaire à celui d'Andrew Tate : d'abord prometteur dans son sport, le basket, il tape dans l'oeil des téléspectateurs grâce à son apparition à la télévision, sur M6, pour l'émission de télé-réalité «Garde à vous». Depuis, il n'a cessé de gagner en popularité, notamment grâce à ses lives TikTok où il n'hésite pas à faire participer sa communauté et interagir avec des invités de tout âge.
Au micro de Sam Zirah, Adrien Laurent a néanmoins tenu a revenir sur sa réputation et démentir certaines accusations : «Masculiniste ? Citez moi un passage, un live, où je dis que l'homme est supérieur à la femme ou des propos sexistes ou masculinistes. Pour moi, la femme est égale à l'homme et je le prône à longueur de journée. Je suis célibataire, je m'affiche avec plusieurs femmes mais elles ont le droit d'avoir des coups d'un soir».
Celui qui est connu pour s'adresser à ses fans en les surnommant «pu-puce» a notamment participé à la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur Tiktok. Une audition à laquelle a également participé le non moins connu Alex Hitchens.
Un fléau dont veut s'emparer l'Assemblée
Ce vidéaste également ancien joueur de basketball professionnel s'est converti dans le monde des réseaux sociaux, où il déclenche des tollés par ses phrases particulièrement provocantes. Décomplexé au sujet de la sexualité des femmes, il s'est notamment fait une réputation en demandant aux femmes qu'il interroge leur «bodycount», terme anglais faisant référence au nombre d'homme avec qui elles ont eu une relation sexuelle.
Le vidéaste, qui a fait montre de tout son égo en raccrochant en plein appel avec la commission, était interrogé au sujet de phrases fortes qu'il avait prononcé comme «Tu prends le téléphone de ta copine, si elle refuse, c'est une p***, fin de relation», ainsi que le citait le président de la commission d'enquête, Arthur Delaporte.
🇫🇷 FLASH | "Laissez-moi finir". L’influenceur Alex Hitchens a QUITTÉ l’appel de la commission d’enquête sans autorisation.
pic.twitter.com/h9UuJEj2ec— Cerfia (@CerfiaFR) June 10, 2025
Cette audition organisée pour juger des effets psychologiques de l'utilisation de TikTok chez les personnes mineures a permis de mettre en lumière certains débordements des personnalités les plus suivies des jeunes et comment leurs discours pouvaient participer à une désorientation des utilisateurs les plus vulnérables. Lors de cette commission, les différentes parties prenantes ont tenté de réfléchir à comment «protéger les mineurs, notamment en matière de régulation des contenus».
De son côté, Emmanuel Macron a proposé, pour protéger les utilisateurs les plus jeunes, d'interdire totalement l'utilisation des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.