En prison en France depuis 40 ans, le militant libanais pro-palestinien Georges Ibrahim Abdallah a formulé une nouvelle demande de libération. La justice a ordonné sa remise en liberté le 25 juillet prochain.
Détenu depuis 40 ans, Georges Ibrahim Abdallah est l'un des plus vieux prisonniers de France. Condamné pour complicité d'assassinats de diplomates américains et israéliens en 1982, il avait formulé une demande de libération, examinée le 19 juin dernier. Finalement, la cour d'appel de Paris a ordonné remise en liberté le 25 juillet prochain. Il devrait rentrer immédiatement au Liban.
En sortie d'audience le 19 juin dernier, l'avocat de Georges Ibrahim Abdallah avait lancé : «J'ai dit aux juges 'soit vous le libérez, soit vous le condamnez à mort'».
La justice, qui devait rendre sa décision le 20 février dernier, avait annoncé à la dernière minute son report, estimant «nécessaire, au préalable», qu'il s'acquitte au moins en partie des dommages et intérêts dus aux parties civiles.
Condamné à la perpétuité en 1987, ce membre d'un groupuscule de chrétiens libanais laïcs, marxistes et pro-palestiniens nommé FARL (Fraction armée révolutionnaire libanaise), a toujours ouvertement refusé d'indemniser les victimes. Tout en niant son implication dans les assassinats de ces diplomates, Georges Abdallah les a toujours qualifié d'«actes de résistance» contre «l'oppression israélienne et américaine», dans le contexte de la guerre civile libanaise et l'invasion israélienne au sud-Liban en 1978.
Plus de «risque grave» de récidive
«Sans évolution sur ce point, il apparaît vain d'espérer» qu'il indemnise les victimes une fois rentré au Liban alors que la justice française ne pourra plus l'y contraindre, avait expliqué la cour.
En novembre, le tribunal d'application des peines s'était dit favorable à la remise en liberté du prisonnier, avec départ immédiat pour le Liban. La décision avait toutefois été immédiatement suspendue par un appel du parquet antiterroriste.
En dehors de cette exigence de «justifier d'un effort conséquent» d'indemnisation, la cour d'appel de Paris, elle, a dit ne pas s'opposer à la perspective d'une libération, estimant qu'à 74 ans le prisonnier ne présente plus de «risque grave» de récidive, ni de «trouble à l'ordre public».
Georges Abdallah est libérable depuis 25 ans mais a vu sa dizaine de demandes de libération conditionnelle échouer. L'avocat du militant pro-palestinien, Me Jean-Louis Chalanset, qualifie cette condition d'indemnisation de «mesquinerie juridique» et de «torture morale».
«Environ 16.000€» pour les parties civiles
Il a toutefois transmis à la cour des documents indiquant qu'il y a sur le compte de George Abdallah en prison une somme «d'environ 16.000 euros», «à la disposition des parties civiles si celles-ci sollicitent le versement». Il assure par ailleurs que quelque 4.000 euros avaient déjà été versés sur le compte dédié à l'indemnisation des victimes avant même la requête de la cour, somme «qui n'a jamais été demandée» selon lui.
Si Me Chalanset estime que «les conditions de la cour sont réunies» pour la libération de son client, les parties civiles, elles, n'y comptent pas. Les Etats-Unis notamment, qui se sont opposés farouchement à chacune des demandes de libération du prisonnier, ont signalé une décision récente de la Cour de Cassation concernant les conditions de la libération conditionnelle, espérant qu'elle pousse les magistrats à revoir leur arrêt de février.
Georges Abdallah a également des soutiens puisque plusieurs centaines de militants pro-palestiniens s'étaient rassemblés en juin dernier à Toulouse (Haute-Garonne) pour exiger la sortie de prison du militant détenu à Lannemezan (Hautes-Pyrénées), à une centaine de kilomètres de la ville rose.
Selon une source proche du dossier, le ministère de l'Intérieur avait contacté l'ambassade du Liban à Paris pour s'assurer qu'en cas de libération, les autorités locales prévoyaient un laissez-passer et prendraient en charge son billet d'avion Paris-Beyrouth, ce que l'ambassade avait confirmé.