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Il y a 80 ans, le maréchal Pétain était jugé pour complot contre la France

Âgé de 89 ans, Philippe Pétain a comparu en tenue de maréchal de France. [AFP]

À partir du 23 juillet 1945, le maréchal Pétain a comparu devant la Haute Cour de justice, à Paris, pour répondre de ses actes à la tête du régime de Vichy. Ce procès, durant lequel il a été accusé de complot contre la sûreté de l'Etat et intelligence avec l'ennemi, a marqué la France.

L'ancien «héros de Verdun» face à l'une des pages les plus sombres de l'Histoire. Il y a 80 ans jour pour jour ce mercredi 23 juillet, le procès du maréchal Pétain, militaire auréolé de gloire pendant la Première Guerre mondiale, mais chef de l'Etat français durant l'Occupation allemande entre 1939 et 1944, s'est ouvert.

Trois mois auparavant, le 23 avril 1945, alors qu'il avait été transféré en Allemagne par les autorités nazies, il a obtenu de ces dernières l'autorisation de se rendre en Suisse avant de demander à regagner la France. Le 26 avril, il a été pris en charge par le général Kœnig avant d'être interné au fort de Montrouge.

Une simple déclaration avant de garder le silence

Au premier jour de l'audience, à 13h10, Philippe Pétain est entré dans la salle d'audience en uniforme de maréchal de France. Lors de sa prise de parole, qu'il a dit effectuer pour s'adresser au peuple français uniquement, il a affirmé que c'est ce dernier, «par ses représentants réunis en Assemblée Nationale le 10 juillet 1940, [qui m'a] confié le pouvoir».

«Lorsque j'ai demandé l'armistice, d'accord avec nos chefs militaires, j'ai accompli un acte nécessaire et sauveur», a-t-il martelé. «Je suis demeuré à la tête d'un pays sous l'Occupation. Voudra-t-on comprendre la difficulté de gouverner dans de telles conditions ? Chaque jour, un poignard sur la gorge. J'ai lutté contre les exigences de l'ennemi. L'histoire dira tout ce que je vous ai évité», a-t-il avancé, avant de conclure par ces mots : «Je ne ferai pas d'autre déclaration. Je ne répondrai à aucune question».

Sa contribution à la collaboration avec l'Allemagne nazie exposée

En face, l'acte d'accusation est nourri. Le maréchal Pétain était poursuivi pour crime contre la sûreté intérieure et intelligence avec l'ennemi. Pour le procureur général, sa prise du pouvoir est «l'aboutissement d'un complot fomenté depuis longtemps contre la République», notamment par la Cagoule, un groupe d'extrême droite qui, à partir de 1935, a mené des actions de déstabilisation de la République.

L'accusation lui a aussi reproché sa politique de collaboration qui a «contribué au fonctionnement de la machine de guerre allemande», particulièrement à partir de la mise en place du Service du travail obligatoire (STO) qui fera de la France le troisième pourvoyeur de main d'œuvre pour le régime nazi après l'URSS et la Pologne.

Sans parler des lois raciales et de la participation active de la police de Vichy dans la déportation des Juifs, notamment la tristement célèbre rafle du Vel' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942, durant laquelle 12.884 hommes, femmes et enfant sont arrêtés par la police parisienne. Ils seront presque tout déportés à Auschwitz et exterminés par les nazis.

Léon Blum marque les esprits lors de l'audience

Tout au long du procès, vont défiler à la barre les principaux hommes politiques et militaires de la IIIe République, comme l'ancien président du Conseil, Paul Reynaud, qui a appelé le maréchal Pétain dans son gouvernement le 18 mai 1940 dans l'espoir de remobiliser les troupes, son prédécesseur Édouard Daladier ou encore le général Weygand.

Le 27 juillet 1945, la prise de parole de l'ancien chef du gouvernement Léon Blum, arrêté par le régime de Vichy et envoyé en déportation à Buchenwald, a marqué l'audience. «Le peuple était là, atterré, immobile, se laissant tomber à terre dans sa stupeur et dans son désespoir, et on a dit à ce peuple : cet armistice qui te dégrade, qui te livre n'est pas contraire à l'honneur», a-t-il martelé.

«Et ce peuple l'a cru, parce que l'homme qui lui tenait ce langage parlait au nom de son passé de vainqueur. Et cet abus de confiance morale, eh bien, cela, oui, je crois que c'est la trahison», a-t-il affirmé. Le 3 août 1945, l'ancien homme fort de Vichy, Pierre Laval, a affaibli la défense du maréchal Pétain, qui a toujours cherché à minimiser le rôle de ce dernier.

Une peine de mort commuée par le général de Gaulle

Il a ainsi expliqué que l'ancien militaire n'avait pas «exprimé de répugnance» avant de se rendre à Montoire afin de rencontrer Adolf Hitler, le 24 octobre 1940, pour acter le principe de la collaboration.

Le 15 août 1945, à 4h01 et après sept heures de délibérations, la Haute Cour de justice a déclaré l'ancien chef de l'Etat français coupable d'intelligence avec l'ennemi et de haute trahison. Il a ensuite été condamné à la peine de mort, à l'indignité nationale, à la confiscation de ses biens, à la destitution de toutes ses fonctions et la perte de tous grades de l'armée.

Deux jours plus tard, le 17 août, le général de Gaulle, en tant que chef du Gouvernement provisoire de la République, a commué sa sentence en peine de prison à perpétuité. Philippe Pétain a alors rejoint les geôles du fort du Portalet, dans les Pyrénées-Atlantiques, avant d'être détenu au fort de Pierre-Levée, à l'île d'Yeu, au large de la Vendée.

Transféré dans un établissement hospitalier, puis dans une maison de Port-Joinville, il y est décédé le 23 juillet 1951 à l'âge de 95 ans.

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