Ce vendredi 8 août, un hommage vibrant est prévu pour les victimes de l'attentat de la rue des Rosiers, survenu en 1982. Un rassemblement particulièrement sensible, en pleine période de montée de l'antisémitisme.
Un hommage en symbole de solidarité face à la menace. Dans le quartier du Marais, à Paris, se rassembleront de nombreux représentants de la communauté juive pour une cérémonie dédiée aux victimes de l'attentat de la rue des Rosiers, qui avait fait 6 morts et 22 blessés il y a 43 ans, le 9 août 1982.
Comme l'écrit le Crif, co-organisateur avec les familles des victimes, cette cérémonie d'hommage aux défunts des suites de l'attentat a lieu ce vendredi 8 août à 10h45, au 7 rue des Rosiers, dans le 4e arrondissement de Paris. Des «prises de paroles, dépôts de gerbes, allumage de bougies et une minute de silence en hommage aux victimes» sont attendus. Pour participer à ces événements commémoratifs, il faudra arriver sur les lieux avant 10h30.
Aucun hommage durant les 40 premières années
Pour garantir la sécurité des personnes présentes, la préfecture de police de Paris a pris un arrêté établissant un périmètre de sécurité, signé ce mardi 5 août. Une zone de 8 à 13 mètres sera banalisée, rue Pavée, rue des Rosiers et rue Ferdinand Duval. On y interdit «les rassemblements de nature revendicative, le port, le transport et l’utilisation des artifices de divertissements, des articles pyrotechniques, des armes à feu et tous objets susceptibles de constituer une arme».
Le premier rendez-vous commémoratif national n'avait eu lieu qu'en 2022, 40 ans après les faits, grâce à une organisation du Crif, de l'AfVT et de la FENVAC.
Pour l'occasion, ce vendredi 8 août, l'accès piéton par le croisement de la rue Vieille du Temple et rue des Rosiers sera donc bloqué le temps de cet hommage.
Les célébrations ne manqueront pas de citer à nouveau le nom des défunts, comme l'écrit le Crif sur son site internet, en marge du rassemblement : «Mohamed BENNEMOU, André HEZKIA NIEGO, Grace CUTER, Anne VAN ZANTEN, Denise GUERCHE ROSSIGNOL, Georges DEMETER, nous ne les oublions pas».
Ils sont décédés le 9 août 1982, dans le quartier juif du Marais, à Paris, lorsqu'un restaurant de cuisine d'Europe centrale et juive a été pris pour cible par un groupe de deux à cinq personnes (selon différents témoignages contradictoires).

Cet établissement tenu par Jo Goldenberg a été visé à 13h15 par des agresseurs masqués, en costume gris. Ils étaient munis de pistolets-mitrailleurs et ont fait feu en descendant d'une voiture juste devant le restaurant, au coin de la rue des Rosiers et de la rue Ferdinand-Duval. On estime qu'une cinquantaine de clients peuplaient les lieux.
Ils ont d'abord lancé une grenade avant de faire feu sur les personnes présentes. Une deuxième grenade a été dégoupillée en direction du restaurant, avant qu'ils ne s'enfuissent à pied, trois minutes après leur irruption. Un policier, l'inspecteur André Douard, présent en civil, est rapidement intervenu avec son arme. Le fils du restaurateur, Marco Goldenberg, l'a d'ailleurs blessé en tirant depuis sa fenêtre avec un fusil de chasse, pensant viser un terroriste.
Un hommage dans un contexte particulièrement difficile
Si la police a décidé de renforcer ses mesures pour garantir la sécurité de la communauté juive, c'est aussi parce qu'elle déplore «le contexte actuel national et international de menace très élevée», en référence à une montée sensible de l'antisémitisme. Ainsi, ils jugent que «cet événement est susceptible de constituer une cible privilégiée et symbolique pour des actes de nature terroriste».
Sur le site du gouvernement Vie Publique, l'évolution du nombre d'actes antisémites est qualifiée d'«alarmant». Ils expliquent notamment que «depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, la France connaît une recrudescence de faits antisémites».
Ainsi, en 2024, on a dénombré 1.570 actes antisémites ayant donné lieu à un dépôt de plainte, dont une majorité d'atteinte à la personne, plus de 650 gestes ou propos menaçants et plus de 100 violences physiques. L'année 2025 part sur des bases similaires avec 280 faits similaires comptés sur le premier trimestre. Selon le gouvernement, «internet et les réseaux sociaux favorisent l’intensification de l’hostilité anti-juive». Depuis quelques années, le nombre de faits recensés a explosé en France : alors qu'il n'avait jamais dépassé la barre des 1.000, il est passé d'approximativement 400 en 2022 à plus de 1.600 en 2023.

Pire encore, on peut lire que «la France est le pays d’Europe où la population juive est la plus exposée». Pour ce qui est des auteurs de ces actes, le site Vie Publique explique qu'ils émanent souvent des moins de 35 ans. Les plus jeunes particulièrement, comme les collégiens, croient en certains stéréotypes.