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A quoi servent les résolutions de fin d'année ? Une psychologue nous répond

90 % des résolutions prises le 1er janvier sont abandonnées. [Adobe Stock / @bnenin]

Les fêtes de fin d'année sont propices aux traditions. Parmi elles, il est de coutume de prononcer des bonnes résolutions pour l'année à venir, après un bilan de celle passée. Si ce moment peut permettre de donner un nouvel élan à sa vie personnelle et professionnelle, il peut aussi être vecteur de souffrances.

Un rituel de fin d'année. Les fêtes de Noël et du Nouvel An amènent avec elles leur lot de bonne nourriture, discussions et résolutions. Ces dernières, ancrées dans les moeurs et les traditions, permettent à tout un chacun de se fixer des objectifs pour la nouvelle année, afin de repartir du bon pied. 

Si 90 % des résolutions prises le 1er janvier seraient abandonnées, selon le site des Hôpitaux universaires de Genève, cette habitude continue de s'installer systématiquement chaque année. 

D'après la psychologue Audrey Le Mérer, l'explication est simple. «Chaque fin d'année s'inscrit comme une sorte de bilan de ce que nous venons de vivre. Avons-nous réussi à obtenir notre augmentation au travail ? Avons-nous connu une année difficile dans notre couple ou avec nos enfants ? Ce sont là des questions qui émergent très aisément dans le cadre de ces fêtes qui sont à la fois le moment de cette fin d'année civile mais aussi le temps des retrouvailles familiales», explique-t-elle. 

Selon elle, ces mêmes retrouvailles sont propices à des questionnements. «La nouvelle année est comme un marqueur, un repère du temps qui passe et d'une prise de conscience de nos actions dans le monde», précise-t-elle. 

Quel impact sur la santé mentale ? 

D'après Audrey Le Mérer, ce bilan annuel est bénéfique. En effet, il permet de «ressentir une coloration de notre vécu. Etait-ce une bonne année pour moi ? L'incidence reste éphémère sur notre santé mentale lorsque notre année s'est montrée quelque peu clémente. Toutefois, lorsque le bilan que nous faisons de façon quasi automatisée nous fait revivre des moments particulièrement douloureux, il nous devient plus difficile d'accueillir la nouvelle année qui arrive». 

Et pour cause : le moment des fêtes représente, à un niveau plus inconscient, «une régression, une part de notre enfance qui s'exprime, malgré nous et certaines attentes infantiles peuvent émerger et nous faire souffrir». 

«Je prends l'exemple d'une patiente qui depuis ses quinze ans ne passe aucune fête avec son père car il a refait sa vie, et à chaque fin d'année, secrètement (inconsciemment), elle attend ce moment où elle pourrait le retrouver à nouveau, comme lorsqu'elle était enfant», relate la psychologue. 

Les résolutions comme prise de conscience

Ainsi, au delà d'être de simples rituels et bonnes paroles, les résolutions peuvent s'apparenter à une tentative de réponse aux vécus problématiques, et agir comme moteur. «Il s'agit d'une projection positive dans un premier temps. Chez certaines personnes, cette projection les pousse à l'action, à agir dans le sens de leur solution estimée mais pour d'autres cela paraît insurmontable, intenable dans le temps long de l'année qui vient», précise la spécialiste. 

Les résolutions peuvent ainsi nous aider à «prendre conscience d'une problématique que nous n'avions pas encore guérie, surtout lorsque nous les partageons et que les réponses d'autrui nous confortent dans le bien fondé de notre résolution. Malgré les quelques moqueries que nous pouvons essuyer dès lors que nous exprimons nos "bonnes résolutions", l'entourage nous y encourage le plus souvent et cela peut suffire, parfois, à ce que nous nous décidions à mettre en œuvre notre propre changement», ajoute-t-elle. 

Mais le plus souvent, la «bonne résolution» du nouvel an est rapidement oubliée car elle n'apparaît que trop peu comme une «véritable prise de conscience, mais bien plus une image que l'on s'est faite de qui nous devons devenir selon des normes ou des objectifs extrinsèques, et souvent en dehors de nos besoins inconscients dont n'avons pas encore pris connaissance». 

le Coup de blues de fin d'année existe-t-il vraiment ?

Pour Audrey Le Mérer, la réponse est un grand «oui !». Et pour cause : «C'est une période propice à toutes les angoisses, à toutes les colères et à toutes les blessures ouvertes. Ce coup de "blues" est comme une levée partielle du déni qui opère dans l'année. Il faut bien entendre que nous avons, le plus souvent, des vies très chargées entre le travail, le couple, les enfants, la gestion du quotidien et des soucis qui émergent de partout ; nous n'avons que trop peu de temps et d'énergie disponibles pour prendre conscience de ce qui nous trouble intérieurement». 

Cela d'abord, car la fin d'année, qui symbolise le moment des fêtes, offre plus de temps, pour ralentir, voir sa famille. Mais aussi réfléchir, à ses souvenirs récents, «les précédents Noël en famille», ou plus anciens, «lorsque nous étions nous-mêmes enfants». 

Durant ce laps de temps, «la psyché est comme "autorisée" à laisser les affects liés à nos souvenirs venir à nous. C'est un moment où nous ne pouvons plus échapper à notre vie intérieure, à ce qui nous hante parfois depuis notre plus jeune âge et donc nous cherchons à oublier l'existence». 

Ce sentiment peut faire apparaitre le fameux coup de «blues» de fin d'année. Celle-ci marquant le temps qui passe, et le fait que les «blessures, lorsqu'elles n'ont pas été travaillées en thérapie, semblent intactes et toujours aussi souffrantes. C'est un découragement passager. Ce découragement peut, par ailleurs, être vecteur d'un insight (prise de conscience) et donner lieu à une résolution : commencer à se guérir», termine la psychologue. 

Ainsi, le temps des résolutions n'est pas toujours un moment agréable à passer. 

Et même si l'on pourrait penser que cette tradition est plutôt moderne, elle est pourtant vieille de plusieurs millénaires, près de 4.000 années pour être exact. À cette époque déjà, les civilisations faisaient de la nouvelle année une période de renouveau et de réflexion. 

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