CNEWS s'est livré à une enquête immersive au cœur des réseaux de livraison de cocaïne. Prix en chute libre, promotions et banalisation d’une drogue désormais largement consommée en France.
Dans la peau d'un consommateur. Pour réaliser l'un de ses sujets diffusés à l'antenne, CNEWS - se faisant passer pour un acheteur - est entré en contact avec l'une de ces centrales de livraison de drogues qui, dans les grandes villes, «coordonnent» des dealers chargés de transmettre des colis illicites. La réponse est rapide ; pas d'avertissement, pas de mise en garde, mais des promotions.
«Hey grosse promo caro et 3M, fonce exclusivement sur mon Whatsapp». Le message est codé : «caro» désigne la cocaïne, un produit illégal présenté comme une bonne affaire. Nous répondons, la conversation s'engage : «Pour ta première commande je te fais les deux caro à 100». Cent euros pour 2 grammes de cocaïne, c'est quasiment deux fois moins cher qu'il y a dix ans. Et cela entraîne une explosion du nombre de consommateurs : en 2023, plus d'un million de Français avaient consommé de la cocaïne, contre 600.000 en 2017.
«On peut tout à fait parler de banalisation. La cocaïne n'est plus considérée comme une drogue dure. C'est une drogue qui touche toutes les couches de la population pendant un moment donné c'était la drogue du jet-setteur, du plus riche et maintenant, avec les prix qui vont baisser, ça va toucher toute la population générale», examine Guillaume Davido, psychiatre et addictologue à l'hôpital Bichat.
Une production mondiale sans précédent
Aujourd'hui, selon l'Union européenne, la France est, avec les Pays-Bas, le pays qui consomme le plus de cocaïne en Europe. La conséquence d'une offre toujours plus abondante. Selon le dernier rapport des Nations Unies, la production mondiale localisée en Amérique latine a explosé, avec plus de 4.000 tonnes estimées en 2024, soit le double en seulement deux ans.
A cela s'ajoute la montée en puissance de narcotrafiquants français. «Il y a dix ans, les gangs, les organisations françaises étaient plutôt clientes des mafias implantées en Belgique et en Hollande. Aujourd'hui, les choses se sont inversées et on a, en France, des organisations criminelles suffisamment puissantes et professionnelles pour alimenter les pays étrangers. Il y a une inversion des choses qui fait que le positionnement des organisations criminelles françaises dans le paysage européen a profondément changé», détaille Frédéric Ploquin, auteur du livre «Les narcos français brisent l'omerta».
Face à l'ampleur du trafic, la justice dispose d'une nouvelle organisation. Le Parquet national anticriminalité organisée (PNACO) est entré en fonction le 5 janvier dernier.